La séance plénière de l’Assemblée Nationale consacrée à l’examen du projet de loi électorale a connu, hier lundi 12 janvier 2015 pendant plus d’une heure, une forte animation provoquée par des coups de sifflets et chants en provenance du camp des députés de l’Opposition.

A l’ouverture de la séance par le président de la chambre basse du Parlement, Aubin Minaku, les téléspectateurs branchés sur le « direct » de la chaîne nationale, la Radiotélévision Nationale Congolaise (RTNC), étaient loin de penser à la stratégie de torpillage imaginée par l’Opposition parlementaire.

En effet, après son mot d’introduction, le président du Bureau de l’Assemblée Nationale a demandé au Vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, de prendre place dans l’hémicycle, en compagnie de plusieurs de ses collègues membres du gouvernement…en prélude à la présentation de l’économie du « Projet de loi modifiant et complétant la loi n°06/006 du 9 mars 2006 telle que modifiée par la loi n°11/003 du 25 juin 2011 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales ».

Dès qu’il a fini de décliner l’unique point inscrit à l’ordre du jour, un concert de sifflets ayant pour animateurs des députés de l’Opposition a démarré dans la salle des Congrès du Palais du Peuple. En dépit de l’invitation d’Aubin Minaku aux cameramen et photographes de s’approcher du groupe des chahuteurs et de les filmer afin qu’ils puissent être clairement identifiés, les concernés n’ont pas fléchi. Au contraire, ils se sont présentés aux preneurs d’images, à visages découverts, soufflant de plus belle dans leurs petits gadgets.

On a alors constaté un mouvement des policiers vers les détenteurs des sifflets, prêts à charger. Craignant du grabuge, Aubin Minaku leur a intimé l’ordre de ne bousculer personne. Quelques minutes après, certains députés de la Majorité ont quitté leurs sièges et tenté d’arracher des sifflets à leurs collègues de l’Opposition et à les évacuer de force de la salle. Des coups de poings et des chaises ont fendu l’air. Une fois de plus, le speaker de la chambre basse du Parlement les a exhortés au calme. Toutefois, quelques échauffourées ont été enregistrées.

Le concert des sifflets continuant de plus belle, Aubin Minaku a menacé de suspendre la séance et de la faire reprendre, le lendemain, sous l’empire du Règlement Intérieur, entendez l’évacuation de la salle de quiconque tenterait de perturber la plénière. Mais, une vive protestation est venue des rangs des députés de la Majorité, qui ont juré que sifflets ou pas, l’examen du projet de loi électorale devait avoir lieu séance tenante. « Leo Ndo leo » : tel était aussi le mot d’ordre dans ce camp politique.

Un peu énervé, le président de l’Assemblée Nationale a promis d’attendre le retour au calme pour relancer la machine. Mais, avant de passer à l’acte, il s’est exprimé en lingala, prenant à témoin les Kinoises et Kinois sur le chahut provoqué par les députés de l’Opposition, sous prétexte que le projet de loi électorale viserait une révision constitutionnelle. Il a martelé, toujours en lingala, que la Majorité n’avait nullement l’intention de réviser la Constitution et que la vérité allait éclater le 26 janvier, à la clôture de la session extraordinaire.

Le message de Boshab dans une ambiance de carnaval

A tous ceux qui étaient scandalisés par le spectacle du jour, le président de l’Assemblée Nationale a fait savoir que les sifflets, les chants, les danses, le pugilat étaient aussi l’expression de la démocratie. Après environ trente minutes de flottement, ayant noté que les sifflets et chants aux airs de « leo njo leo » ne cessaient toujours pas, Aubin a finalement invité le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, à intervenir dans une ambiance de carnaval. Malgré les sifflets et chants, Evariste Boshab a pris la parole pour brosser les grandes lignes du projet de loi électorale ficelé par le gouvernement. De prime abord, il a tenu à apaiser les esprits en soulignant que le gouvernement n’était nullement habité par l’intention de modifier la Constitution.

A l’en croire, le texte de l’exécutif visait à rendre le processus électoral plus transparent, à doter les entités de base d’élus choisis par le peuple, à normaliser le cycle électoral par le renouvellement des mandats des institutions fonctionnant en marge de la loi, à corriger les faiblesses des cycles électoraux de 2006 et 2011, à intégrer effectivement le genre dans la compétition électorale, à faire respecter les délais d’affichage des listes électorales et des résultats des scrutins, à faciliter l’accès des témoins dans les bureaux de votes.

Il est aussi question d’organiser l’enregistrement permanent des électeurs, de renforcer la traçabilité des résultats des votes, les pouvoirs du ministère public et la sanction pénale contre les dérapages, de rendre plus efficace la procédure administrative, d’augmenter les frais de dépôt des candidatures en vue de barrer la route des urnes aux aventuriers, etc.

Retrait des siffleurs en plein débat général

Avant de lancer le débat général, Aubin Minaku a une fois de plus sollicité l’indulgence des députés de l’Opposition afin qu’ils cessent de siffler. Il s’est même adressé aux quatre présidents des groupes parlementaires de l’Opposition, à savoir Bamporiki, Lenga, Makila et Badibanga pour tenter d’obtenir l’arrêt des coups de sifflets. La démarche ayant échoué, il a été obligé de donner la parole aux intervenants, en plein brouhaha.

Puis au beau milieu du débat, Minaku ayant trop gelé leur motion d’information sur les incidents du matin dans le périmètre du stade des Martyrs et du Palais du peuple, les députés de l’Opposition ont décidé de vider la salle, permettant du coup à l’hémicycle de retrouver le calme. Les préoccupations des députés de la Majorité Présidentielle, totalement acquis au projet du gouvernement, n’ont nullement bousculé Evariste Boshab, très à l’aise dans ses réponses.

Kimp