Le Papa François pourrait démissionner!

François est un étonnant personnage. Ombrageux du temps où il était archevêque de Buenos Aires, en Argentine, il est devenu un pape souriant, amical, sympathique ! Sa popularité dépasse largement les frontières de l’Église catholique. Pour bien des croyants, et même quelques athées, il incarne l’espoir, la promesse d’une Église moins « tribunal » et plus accueillante.

Mais cette promesse de François est-elle réaliste ? Pour David Willey, correspondant de la BBC au Vatican depuis 1971, le jeune pontificat de ce pape ressemble à un champ de bataille où s’affrontent la modernité et la tradition, la renaissance et le déclin, l’avenir et la fin d’une institution deux fois millénaire.

David Willey est un témoin privilégié de ce moment crucial où se joue peut-être l’avenir de l’Église catholique. Son ouvrage The Promise of Francis : The Man, the Pope, and the Challenge of Change (Simon & Schuster) n’est pas seulement une biographie de Jorge Mario Bergoglio, devenu François. Avec des anecdotes et des détails révélateurs, c’est toute une mise en perspective des enjeux du pontificat de François que l’auteur nous offre. Il nous annonce même que ce pape pourrait démissionner et retourner en Argentine.

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David Willey (Photo: William Gray Harris)

Croyez-vous que les cardinaux étaient conscients du choix qu’ils faisaient en votant pour Bergoglio en mars 2013 ?

Je crois que c’était un choix délibéré. L’Église était alors dans une situation chaotique ; il y avait le scandale des prêtres pédophiles, les histoires de la banque du Vatican, la crise des vocations. C’était un moment de grand désarroi. Alors, en un sens, les cardinaux avaient peut-être une certaine idée du personnage qu’ils avaient élu. Mais ils n’avaient certainement pas prévu l’ampleur de la tempête qui allait frapper l’Église !

Des cardinaux m’ont dit qu’on avait voté massivement pour lui. L’un d’eux a même parlé d’« unanimité »… Tous ont dit qu’ils avaient opté pour le changement. Mais avaient-ils compris qu’ils votaient pour un étranger au Vatican ?

En refusant dès le début de prendre les appartements pontificaux, François a bien fait savoir qu’il était un outsider. Il a préféré établir son quartier général et son appartement à l’ombre de la basilique Saint-Pierre, à l’auberge Sainte-Marthe, où logent ceux qui sont de passage au Vatican. C’est un symbole important, cette séparation physique qu’il impose entre lui, ses conseillers et la curie, le gouvernement de l’Église.

Les tensions qu’on a vues au synode sur la famille, en octobre, illustrent à quel point le pape n’est pas sur la même longueur d’onde que certains autres leaders de l’Église.

Il y a des catholiques qui trouvent que François va trop loin, qu’il est en train de désacraliser ou banaliser la fonction de pape. François vous répondrait qu’il ne désacralise en rien la papauté. C’est un homme pieux qui prie beaucoup, qui offre quotidiennement des homélies sur des questions religieuses. Et c’est un homme qui est demeuré branché sur la vie quotidienne. En Argentine, il menait une vie simple, il utilisait les transports en commun, il était très près des gens ordinaires.

Il a une pensée originale ! C’est un jésuite. Il favorise une profonde réflexion plutôt que des décisions hâtives. Surtout, il privilégie une approche humaine, sans juger ceux qui transgressent les règles établies, contrairement à ses prédécesseurs. Car François est un pape conciliant, il veut garder les gens dans l’Église plutôt que de les exclure.

Après l’élection de François, je suis allé dans les bidonvilles de Buenos Aires pour voir si les relations publiques du Vatican n’avaient pas mis en scène un personnage fictif, Bergoglio le pape des pauvres. Plein de gens m’ont parlé de lui avec une affection sincère et surprenante. J’ai compris que François ne ressemble en rien aux papes qui l’ont précédé.

François s’exprime comme aucun pape avant lui, de manière très colorée et vivante. Avec des idées simples que tous comprennent et qu’il peut marteler. Et il ne se gêne pas pour critiquer vertement devant tout le monde des leaders de l’Église : il leur a dit qu’ils étaient des hypocrites, qu’ils faisaient dans le commérage. Il utilise un langage que nous n’avions jamais entendu au Vatican, où on est habitué à un langage pompeux, où on cache ses véritables intentions dans de longues phrases. Lui garde les gens assis sur le bout de leur chaise. C’est très excitant de le voir faire au Vatican !

Ce qui explique pourquoi certains membres de l’Église se passeraient de François ! Il y a quelques semaines, des pétitions pas très bienveillantes à son endroit circulaient. L’une d’elles supplie même François de ne pas ouvrir la porte aux catholiques divorcés et remariés. Plus de 800 000 personnes l’ont signée, dont bon nombre de cardinaux et d’évêques.

On vit à l’époque des médias sociaux, qui permettent de s’exprimer plus facilement. Cette pétition est appuyée par des catholiques traditionalistes qui ont peur que François change les enseignements de l’Église. Mais il y a aussi des millions de catholiques divorcés et remariés qui souhaitent des changements, qui espèrent que François trouvera une manière de leur redonner leur place dans l’Église.

Aucune décision n’a encore été prise. Mais je crois que les gens seront surpris par ce que François prépare. Il veut se montrer accueillant envers ceux qui ont vécu un divorce. Il veut qu’ils puissent choisir de continuer leur vie avec un nouveau partenaire s’ils le désirent et, dans tous les cas, qu’ils ne se sentent pas rejetés. C’est un changement radical dans l’attitude de l’Église. Il sait que si l’Église ne change pas d’attitude — et je ne parle pas de changer l’enseignement de l’Église, mais bien de changer d’attitude —, ce sera la fin.

Il aura bientôt 80 ans. Le temps presse.

Compte tenu de tout ce que les cardinaux savent aujourd’hui, est-ce qu’ils voteraient encore pour ce déroutant François ?

Je crois qu’ils voteraient autrement. Il faudra surveiller le prochain conclave. Ce sera la mère de tous les conclaves ! Le choix du successeur de François sera critique pour l’avenir de l’Église. Si les cardinaux choisissent de revenir en arrière, le déclin de l’Église se poursuivra. Cependant, s’ils poursuivent avec un pape dans la lignée de François, on pourra assister à des changements radicaux nécessaires à la survie de l’Église catholique.

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Les Jésuites et le discernement

François est le premier jésuite à devenir pape. En principe, les Jésuites ne doivent pas rechercher de telles fonctions. Mais dans des cas exceptionnels, après en avoir discuté avec les autorités de leur communauté, ils peuvent, par exemple, devenir évêques ou archevêques.

On dit que les Jésuites représentent l’élite de l’Église catholique. Ce sont des intellectuels rigoureux et ils ont fondé des établissements d’enseignement réputés. Ils pratiquent le discernement, qui favorise la réflexion profonde plutôt que les décisions impulsives. Ils font souvent allusion aux exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, qui utilisait ce terme pour parler de l’art de faire des choix conformes à l’Évangile.

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Les chantiers de François

Printemps-été 2013

• Commission d’enquête sur les finances du Vatican (dans lesquelles on a découvert beaucoup de confusion et quelques scandales).

• Groupe de sept cardinaux pour aider à planifier une réforme de la curie romaine (le gouvernement de l’Église).

• Commission pour réformer l’Institut pour les œuvres de religion, la banque du Vatican.

Automne 2013

• Sondage à l’échelle de la planète catholique pour comprendre ce que les fidèles pensent de la famille aujourd’hui.

Octobre 2014 et 2015

• Deux synodes sur le thème de la famille en moins d’un an ; ceux-ci ont révélé de profondes divergences au sein de l’élite catholique

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