D’incroyables révélations sur la mort de Ben Laden

Le journaliste américain Seymour Hersh a fait des révélations étonnantes concernant les conditions dans lesquelles l’ex-chef d’al-Qaïda a été localisé puis tué. Problème, son récit, très spectaculaire, présente de nombreuses incohérences et contradictions.

Depuis dimanche, l’enquête du très prestigieux journaliste américain Seymour Hersh est largement reprise par les médias du monde entier,dont L’Express. Et pour cause, selon lui, la version officielle de la mort d’Oussama Ben Laden serait un tissu de mensonges. Ce long récit (en anglais), explique que derrière la version officielle se cache une conspiration américano-pakistanaise. Les deux pays auraient, contrairement à ce qui a toujours été affirmé, travaillé ensemble pour retrouver Ben Laden et le corps de l’ex-chef d’al-Qaïda n’aurait pas été jeté à la mer, mais éparpillé dans la montagne.

Des révélations fracassantes qui, malgré la brillante carrière et réputation de Seymour Hersh, ont laissé de marbre certains de ses confrères américains. Le très sérieux Vox (en anglais) dresse une liste de raisons pour lesquelles le lecteur est en droit de douter de cette « enquête ».

Seulement deux sources, et « pas de premier choix »

Premier problème, et pas des moindres, Seymour Hersh ne base son enquête que sur deux sources principales. La première est Asad Durrani, qui, s’il a été chef du renseignement Pakistanais, a quitté cette fonction en 1992, il y a près de 23 ans.

La deuxième est anonyme et présentée par l’enquêteur comme « un haut responsable du renseignement à la retraite » qui était « bien informé sur la présence de Ben Laden à Abbottabad« . « Bien informé, mais pas exactement ce qu’on peut appeler un acteur-clé du drame », tacle Vox.

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Ses deux autres sources « d’appoint » sont des consultants « anonymes » vaguement désignés comme des insiders.

Aucun document officiel, aucune preuve irréfutable

Deuxième problème, plus grave encore, Seymour Hersh ne produit aucune preuve irréfutable. Aucune source de premier choix, donc, mais pas non plus de documents secrets qui viendraient appuyer ses accusations. « Or, il n’y aucun raison de croire que les sources citées par Hersh aient été liées de près ou de loin à l’affaire. Pourtant, leur parole n’est jamais remise en cause », s’étonne Vox.

Une enquête parfois incohérente

Pour terminer, Vox pointe du doigt un dernier problème encore plus gênant: l’enquête en elle-même présente des incohérences et des contradictions.

Seymour Hersh explique par exemple que la véritable histoire de la mort d’Oussama Ben Laden s’articule autour d’un accord secret entre le Pakistan et les États-Unis. Les premiers auraient accepté que l’ex-leader d’al-Qaïda Ben Laden soit tué sur leur territoire en échange d’une aide financière et militaire des États-Unis. Sauf qu’après l’opération américaine, « c’est précisément l’inverse qui s’est passé », rappelle Vox. « Non seulement l’aide américaine a diminué, mais la coopération américano-pakistanaise en Afghanistan est en chute libre. »

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Admettons que la version de Seymour Hersh soit exacte. Pourquoi alors les Pakistanais ont officiellement condamné l’intervention américaine alors que, selon le journaliste, ce sont eux qui ont insisté pour que la solution d’un « faux raid » soit choisie. Pourquoi ont-ils « puni » les Etats-Unis en révélant publiquement le nom d’un agent de la CIA? Pourquoi, enfin, choisir une option -le « faux raid »- aussi humiliante pour leur pays?

D’autres incohérences mineures sont pointées par Vox. Parmi elles, celle à propos des « fausses preuves ». Selon Hersh, Ben Laden était prisonnier des services secret pakistanais depuis 5 ans et les preuves de son implication dans al-Qaïda présentées par les États-Unis étaient « fabriquées ». Un argument étrange quand on sait que le numéro deux de l’organisation terroriste lui-même –Ayman Al-Zawahiri– a reconnu que ces preuves étaient exactes.

Des enquêtes de moins en moins solides ces derniers temps

Pour finir leur contre-enquête, les journalistes de Vox visent enfin directement Seymour Hersh. « Il y a dix ans, Hersh était l’un des journalistes d’investigation les plus respectés sur la planète. Dumassacre My Lai en 1969 au scandale d’Abou Ghraib en 2004″, ses enquêtes ont souvent défrayé l’actualité internationale.

« Mais, dernièrement, son travail est devenu de plus en plus spectaculaire et de moins en moins crédible », accuse Vox, citant ses derniers articles expliquant que les forces spéciales américaines sont en fait dirigées par l’Opus Dei ou que les attaques chimiques en Syrie étaient pilotées par la Turquie. Des accusations qui n’ont jamais été appuyées par d’autres journalistes, voire ont été « démontées ».

« La manière dont il présente son enquête sur la ‘vraie’ mort de Ben Laden laisse penser qu’elle subira le même sort », conclut Vox, qui note d’ailleurs que son travail n’a pas été publié dans le New Yorker -le journal qui emploie Hersh- mais dans la London Review of Books.

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