Quand le FBI demandait à Martin Luther King de se suicider

En 1964, le FBI envoie une lettre haineuse à Martin Luther King le traitant de « complet imposteur », de « boulet », de « diable, une bête anormale ».

Une lettre haineuse envoyée par le FBI à Martin Luther King en 1964 et rendue publique dans son intégralité, dénonçait le pasteur comme « un diable, une bête anormale » et menaçait de révéler ses infidélités, vraisemblablement pour le pousser au suicide.

La lettre anonyme était tapée à la machine à écrire. Le Sénat américain avait confirmé une dizaine d’années après qu’elle émanait du FBI.

Elle était sensée faire croire qu’elle avait été envoyée par un militant du mouvement des droits civils, faisant notamment référence à « nous, les Noirs ».

« Complet imposteur », « boulet », « diable », « bête anormale »

Cette lettre particulièrement virulente d’une page envoyée au champion des droits civiques en 1964 le traitait de « complet imposteur », de « boulet », de « diable, une bête anormale ».

Ce document a été rendu public pour la première fois dans son intégralité par le « New York Times »  et grâce à Bervely Gage, historienne à Yale, mercredi 12 novembre. La lettre surtout illustre l’hostilité de la police fédérale américaine, dirigée alors par l’implacable J. Edgar Hoover, vis à vis du mouvement des droits civiques et de Martin LutherKing.

Selon le journal, la lettre avait été écrite par un adjoint de Hoover, William Sullivan, et envoyée à MLK accompagnée d’un enregistrement audio prouvant que le pasteur avait une liaison extra-conjugale.

« Ecoute-toi, dégoûtant, animal anormal », l’enjoint notamment cette lettre. « Tu as été enregistré, tous tes actes d’adultère, tes orgies sexuelles, depuis longtemps. Ce n’est ici qu’un petit échantillon ».

Selon David Garrow, le biographe du prix Nobel, la lettre serait même arrivée à son domicile accompagnée d’un colis remplis de cassettes de ses ébats, que sa femme aurait ouvert, pensant tomber sur des enregistrements de ses discours.

Si cette histoire de liaisons n’a pas trouvé preneur à l’époque dans les médias, il serait difficile d’imaginer aujourd’hui un journal refuser de la diffuser, estime Beverly Gage. De son côté, l’actuel directeur du FBI James Comey garde une copie de ces cassettes, apparemment pour se rappeler de ce qu’il ne faut plus faire.

« Il ne te reste plus qu’une chose à faire »

La lettre poursuit : « Il ne te reste plus qu’une chose à faire, tu sais ce que c’est », apparemment une exhortation au suicide.

Lorsqu’il a reçu cette missive, Martin Luther King a rapporté à un ami que quelqu’un voulait le tuer.

« Tu ne peux pas croire en Dieu et agir comme tu le fais », accuse encore la lettre.

Celle-ci met en lumière combien le FBI était devenu paranoïaque sous la férule de J. Edgar Hoover, dont le nom a été choisi pour baptiser le grand bâtiment abritant aujourd’hui les locaux du FBI à Washington.

Hoover estimait que Martin Luther King était influencé par les communistes et, en retour, MLK accusait Hoover de ne pas pouvoir mettre fin aux violences contre les Noirs dans les Etats ségrégationnistes du Sud.

L’année précédente, en 1963, Martin Luther King avait prononcé son plus célèbre discours, son fameux « I have a dream » (« J’ai fait un rêve »), à Washington à l’occasion d’un immense rassemblement.

Cette grande marche avait ouvert la voie au Civil Rights Act en 1964, qui avait rendu hors la loi les principales discriminations raciales. Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968 à Memphis à l’âge de 39 ans.

Avec AFP

 

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