Nobel de la Paix 2014 : Malala rattrapée, Mukwege relégué

Le prix Nobel de la paix 2014 a finalement été accordé à la jeune pakistanaise Malala Yousafzai et à l’indien Kailash Satyarthi. Pour Dénis Mukwege, « on attendra encore », dixit la Lucha.

La jeune militante pakistanaise Malala Yousafzai a fini par décrocher le prix Nobel de la paix 2014 qu’elle partage avec Kailash Satyarthi, un autre militant indien du droit des enfants. Si la challenger de Denis Mukwege à l’édition 2013 a été repêchée cette année, il faudra attendre encore pour « l’homme qui répare les femmes », estime une militante de la Lucha, un mouvement citoyen de Goma au Kivu.

Les deux lauréats ont été choisis par le comité parmi une liste 278 candidats « pour leur combat contre l’oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation », a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. En 95 prix remis à 128 lauréats, c’est la 29e fois que le prix Nobel de la paix est remis conjointement à deux personnes.

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Kailash Satyarthi, militant indien des droits des enfants (Ph. AFP)

Pour rappel, Malala Yousafzai s’est fait connaître du grand public début 2009, à 11 ans, par son témoignage intitulé Journal d’une écolière pakistanaise sur un blog en ourdou de la BBC. Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle dénonce les violences des talibans qui après avoir pris le contrôle de la vallée de Swat en 2007, incendient les écoles pour filles et assassinent leurs opposants. Elle apparaît alors en larmes dans une vidéo et dit vouloir devenir médecin. Lors de l’occupation talibane, sa famille quitte la région et se sépare. Elle sera de nouveau réunie en juillet 2009, après la seconde bataille de Swat. Après la reprise de la vallée par l’armée pakistanaise lors de la seconde bataille de Swat en mai 2009, elle est reconnue comme une héroïne, et son école pour filles est renommée en son nom. Son père, Ziauddin Yousafzai, est également connu pour ses prises de position anti-talibane et a soutenu une intervention de l’armée dans sa région. Le 10 décembre 2012, il est nommé conseiller spécial de l’ONU pour l’éducation.

Le 12 juillet 2013, Malala Yousafzai parlait de l’accès à l’éducation pour les filles, à la tribune de l’ONU. Elle y déclare notamment que « Les extrémistes ont peur des livres et des stylos. Le pouvoir de l’éducation les effraie. ». Ce plaidoyer a été salué par des ovations du public.

Le Docteur Denis Mukwege est gynécologue à l'hôpital de Panzi, en République démocratique du Congo, où il soigne les femmes victimes de violences sexuelles.
Docteur Denis Mukwege, Gynécologue et défenseur des droits de l’homme RDCongolais (Ph. AFP)

Quant à l’effet que cela aurait eu si c’était Denis Mukwege, « cela aurait réellement été positif », estime la Lucha. Pour ce mouvement citoyen de Goma, capitale provinciale du Nord Kivu, « Il ne faut pas non plus surestimer l’importance de ce prix». « Si nous [RDCongolais, ndlr] étions 100 mille à avoir le courage et l’engagement de Denis Mukwege, il ne fait aucun doute que le Congo se porterait mieux, peu importe la reconnaissance mondiale », réitère le militants de ce mouvement citoyen qui soutient que le prix Nobel ne parviendra jamais à leur rendre hommage à tous les militants, héros dans l’ombre et acteurs du changement de toute la planète.

Au revers, il ne faut pas sous estimer le fait que ce sont les médias puissants de ceux-là même qui attribuent le prix Nobel et d’autres prix qui font et défont leurs héros et leurs proies, à l’instar des célébrités comme Malala.

Pour rappel, Denis est un médecin et militant des droits de l’homme RDCongolais, mieux connu pour son rôle dans la prise en charge des femmes victimes des viols au Kivu. Malgré un travail bien rémunéré en France, en 1989, il choisit de retourner au Congo pour s’occuper de l’hôpital de Lemera, dont il devint médecin directeur. En 2014, trois prix et une médaille lui ont été décernés : il s’agit du « 2014 INAMORIE’s ethics prize » (Japon-États-Unis), du prix Primo Lévi (Italie) du prix Solidaris de l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles et de la médaille de l’académie royale des sciences d’outre-mer.

Mc. Héritier Kapitene

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