Si ce n’est le nombre des passagers de cette embarcation (58 au lieu de 67) et les quelques opposants frondeurs qui ont accepté ce ticket, vu comme celui de la félonie du côté de l’opposition, le président congolais n’a, en réalité, que reconduit  l’appareil qui dirigeait jusque-là la RDC. Entre l’équipe de Samy Badibanga et celui de Bruno Tshibala c’est mutatis mutandis, comme 2 frères siamois. La montagne n’a pas daigné accoucher. Qu’est ce qu’on pouvait attendre d’un premier ministre Bruno Tshibala «dissident» de l’opposition qu’une équipe acquise au président Kabila.

Soit on a donné l’illusion du changement en ajoutant un zeste de frondeurs, à l’image des Jean Pierre Lisanga Bongangu (relations avec le parlement) Emery Okondji (postes et télécommunications), certes,  8 titulaires de strapontins passent à la trappe, mais ceux qui attendaient le grand chamboulement (d’ailleurs, nul n’y croyait) en sont pour leurs frais, car c’est croire que des chiens font des chats, que de penser que le chambardement allait avoir lieu. Car un premier ministre «hors accord» c’est-à-dire nommé en violation du modus vivendi «miracle» de la Saint-Sylvestre ne pouvait que s’entourer de ministres de même acabit. D’où l’absence d’éléments du Rassemblement et même certaines personnalités proches de Tshibala. Un mois d’attente pour ça !

Les postes-clés sont restés dans son escarcelle. Les mêmes têtes qui pilotaient les moteurs principaux de la RDC sont toujours aux commandes. Le poste de Premier ministre, dévolu à  Tshibala, risque dans ces conditions, de n’être qu’un masque derrière lequel se cache le président congolais. Les opposants qui ont accepté sauter à l’arrière du camion gouvernemental ne sont par conséquent, que de faire-valoir, des acteurs d’une scène de théâtre dont le metteur en scène n’est personne d’autre que le fils de Laurent Désiré Kabila. On reprend les mêmes et on continue, du vieux pour faire du neuf en somme. Mais, sur quoi poursuit-on ?

Dans ces conditions, que vaut vraiment cet attelage sur la route de la sortie de crise en RDC ? Avec des jointures non cimentées par les poids lourds de l’opposition, ceux qui sont capables de paralyser le pays sur un simple mot d’ordre, ceux derrière qui se masse une masse critique de la population congolaise, le rafiot congolais pourra-t-il voguer longtemps sur le fleuve Congo ? Sans compter que ceux qui sont proches de l’ancien cadre de l’UDPS ne sont pas présents ? Il est difficile d’y croire.

En effet, à 48 heures du rapatriement annoncé du corps souffre-douleur d’Etienne Tshisékédi avec le ravivement de la polémique sur son lieu de sépulture qui aura occasionné des déboires à l’architecte belge adjudicataire du marché de la construction du mausolée, au siège de l’UDPS, à 48 heures de ce retour du cercueil à problème, Kabila a donc décidé de poursuivre allègrement avec quasiment la même équipe, avec les mêmes desseins.  Il piétine du même coup, le cadavre non encore enterré de son principal et farouche opposant. Il écarte et déchire  l’accord de la Saint-Sylvestre que la CENCO s’est échinée à faire aboutir. Il marche sur les efforts de ces hommes en soutane et montre par là même, le peu de respect qu’il accorde à leur implication.

Ses desseins ne sont donc plus cachés (comme s’ils l’avaient jamais été) : de la transition en panne, Kabila s’en fout,  de la situation au Kasaï qui semble faire son affaire, Kabila s’en moque, des marches, sit-in, opérations «villes mortes», Kabila s’en soucie peu comme de ses premiers souliers. Le gouvernement de Tshibala I aura pour principale feuille de route la suivante: œuvrer, manœuvrer donc pour que Kabila obtienne son «second glissement» et de plus en plus les échéances électorales surtout la présidentielle de décembre 2017, ressemblent à un mirage. A l’embrouillamini politique, s’ajoutent l’impréparation de l’administration électorale et l’insécurité, toutes choses qui font que même les plus optimistes des Congolais sont à présent habités par le doute sur un éventuel vote. Et Kabila demeure toujours le seul ayant toutes les cartes en main. C‘est quasiment une pré-victoire dans un tel jeu de Poker menteur.  Le cœur battant, le président congolais en fin de bail constitutionnel, croit voir s’entrebâiller un grand boulevard qui conduit au renouvellement de son mandat présidentiel, interdit. Kabila prépare son énième coup de force. Cette fois, ce sera la bonne ou la dernière.

Ahmed BAMBARA