Dans les milieux des cambistes, cette décote constante et continue du franc congolais est attribuée à la rareté des devises étrangères sur le marché. Aussi la monnaie RD-congolaise perd-elle, au fil des jours, un peu plus de confiance chez les consommateurs. Dans la logique d’une économie presque totalement extravertie comme celle de la RDC, cette dépréciation du franc congolais face à la devise américaine ne devait plus étonner. Dès lors que le pays produit peu, il ne peut, par conséquent, prétendre se constituer d’importants matelas de devise d’exploitation. Le franc congolais avait entamé cette dégringolade aux enfers depuis la deuxième quinzaine du mois de juin dernier, passant de 92 à 1225 FC.

Les cambistes rencontrés dans des bureaux de change du district de la Funa, dans la partie ouest de Kinshasa, se disent être considérablement perturbés par la rareté du dollar américain sur le marché. Selon ces changeurs de monnaie, il existe actuellement dans le marché des biens et services une forte demande du dollar américain par rapport au franc congolais. Les monnayeurs rapportent qu’il leur est difficile actuellement d’écouler leurs liasses en franc congolais. « Le dollar est tellement rare actuellement que brader un montant de 500 USD relève du miracle », a fait savoir un cambiste. L’on se demande si on ne va pas petit à petit vers la situation que connaît actuellement l’Angola en matière de devises étrangères.

Des changeurs de monnaie abordés n’ont pas visiblement eu des idées claires pour expliquer les raisons étant à la base de ce phénomène. Ils attribuent, pour la plupart d’entre eux, cette rareté du dollar américain par la méfiance qu’entretient actuellement la population vis-à-vis du franc congolais. L’instabilité de la monnaie locale amène la population à geler les devises au lieu de les brader. Les commerçants s’avèrent les premiers à payer le prix lourd de cette faible circulation du dollar américain sur le marché, d’autant plus qu’ils sont tenus à acheter les marchandises en dollar américain auprès des fournisseurs. Une situation qui fragilise les établissements. « Nous achetons actuellement nos marchandises à des montants de loin supérieurs à ce qu’on aurait dépensé si on achetait en dollar. Ce qui a pour corollaire la dégringolade de notre stock en marchandises, voire de nos capitaux », a déploré un commerçant.

Martin Enyimo