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Cacophonie au sein du Rassemblement

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La quiétude paraît avoir quitté, depuis quelque temps, les allées du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement dont les membres ne semblent plus partager un même idéal de combat politique puisqu’écartelés entre des intérêts divergents. Alors que le Premier ministre Samy Badibanga s’active à constituer, via d’intenses consultations, la prochaine équipe gouvernementale qui sera chargée de conduire la transition jusqu’à la tenue effective des élections à l’horizon 2018, au Rassemblement, c’est déjà le branle-bas. Entretemps, la perspective d’ouverture qu’offre le premier ministre vis-à-vis de cette plate-forme de l’opposition non signataire de l’accord politique issu du dialogue serait au centre de l’enjeu, les uns et les autres n’émettant pas sur la même longueur d’ondes par rapport à une participation éventuelle au gouvernement.

Un document attribué à ce regroupement politique mis récemment en ligne et relayé par divers sites sur le Net confirmerait l’acceptation par Étienne Tshisekedi et ses pairs d’une probable cohabitation avec Joseph Kabila pendant la transition. Deux cadres du Rassemblement, en l’occurrence, Christophe Lutundula et Bwassa Butsumba respectivement président de la commission de stratégie et rapporteur au sein du Rassemblement, seraient les signataires dudit document. Celui-ci est un condensé des réponses de cette frange de l’opposition aux pistes de solution de crise telles que proposées par les évêques catholiques dans le cadre de leurs récentes consultations.

Une gestion commune du pays

Il ressort de ce document qui se  trouverait déjà sur la table du chef de l’État que le Rassemblement ne fait plus du départ de Joseph Kabila d’ici le 19 décembre une exigence infranchissable. Bien au contraire, la plate-forme proposerait une gestion commune du pays durant « une transition de très courte durée » avec Joseph Kabila comme président de la République, quitte à ce que ce dernier renonce publiquement et solennellement à briquer un troisième mandat. « Il s’agit des contre-propositions plus réalistes que nous adressons à la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco en réponse à celles de la majorité », a indiqué sous le sceau de l’anonymat un membre du Rassemblement tout en confirmant l’existence du document susdit qui traduit une certaine évolution dans le chef de ce regroupement politique. Le Rassemblement, à travers ce mémorandum, suggère la tenue des élections présidentielle et législatives en septembre 2017. Les élections provinciales devraient également avoir lieu en décembre de la même année. La plate-forme propose la mise en place d’une «période intérimaire», qui « ne peut pas dépasser douze mois à compter du 20 décembre 2016 ». Sur le sort du président de la République, ce regroupement de l’opposition indique être «ouvert aux discussions avec les signataires de l’accord de la cité de l’UA»; allusion faite à l’accord politique signé à la fin du dialogue en octobre dernier à Kinshasa.

D’autres sources allèguent que le Rassemblement serait même prêt à faire partie du gouvernement d’Union nationale en gestation avec, en tête de liste de ce qui ressemble fort à une révolution de Palais, Willy Mishiki, le président de l’Union des nationalistes qui a réussi à embarquer dans sa mouvance une trentaine des membres. Cependant, le document controversé quoique portant le logo du Rassemblement est contesté dans son authenticité par Étienne Tshisekedi et plusieurs ténors de la plate-forme qui dénoncent un montage, ou mieux une supercherie tendant à déstabiliser leur mouvement. Le Conseil des sages que dirige le vieil et irréductible opposant ne reconnaît pas ledit document dont il déclare ignorer totalement le contenu tout en indiquant ne s’être jamais réuni pour en discuter. Félix Tshisekedi a fait savoir sur Twitter que « le Rassemblement n’a fait aucune offre de partage du pouvoir avec la Kabilie». Une façon pour la plate-forme de désavouer les signataires de ce document qui, d’après elle, se seraient auto-éjectés pour rejoindre les rangs de la « kabilie ». L’on explique, du côté du Comité des sages tout en admettant avoir écrit à la délégation des évêques catholiques, qu’il s’agit plutôt des propositions qui plantent le décor des négociations directes et techniques entre le Rassemblement et la majorité présidentielle sur fond d’acceptation du principe de la cohabitation pendant la transition.

Toutefois, la condition que pose le Rassemblement est la renonciation par Joseph Kabila, à qui il est proposé le statut de sénateur à vie, d’un troisième mandat et que cela soit transcrit de manière claire dans l’accord politique réaménagé. Des exigences, somme toute, difficiles à avaler par la majorité présidentielle qui s’en tient à l’accord politique issu du dialogue qui pose les bases d’une transition pacifique du pays et auquel elle invite l’opposition non signataire à y adhérer moyennant quelques amendements sans toucher le fond de ses dispositions.

Alain Diasso

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