S’il est vrai que le pouvoir a réussi à arracher l’accord politique issu du dialogue de la Cité de l’Union africaine maintenant le président Kabila au pouvoir jusqu’en avril 2018 ainsi que l’octroi de la primature à l’Opposition politique, il est aussi que le Rassemblement qui a boycotté ledit dialogue, tient mordicus à la tenue d’un nouveau dialogue voulu inclusif. Pour cela, il multiplie des stratégies, notamment l’organisation des marches pacifiques et des meetings.

Interrogé par AfricaNews, Augustin Kabuya, secrétaire général adjoint à la communication et porte-parole de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS- d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, affirme qu’en dépit de l’interdiction décrétée par le gouverneur de la ville de Kinshasa, le meeting du Rassemblement prévu ce samedi 5 novembre 2016 aura bel et bien lieu. Raison évoquée: «Nous sommes dans un régime d’information et non celui d’autorisation». L’interdiction des réunions de l’Opposition est considérée comme une stratégie des dirigeants en place de s’accrocher au pouvoir. «La grande préoccupation qui guide notre démarche est la sortie honorable du président Kabila du pouvoir puisque ses proches ne l’y aident pas. Il est entouré des gens qui se nourrissent sur son dos et ne lui disent pas la vérité en face de manière à respecter les règles du jeu», confie le lieutenant du sphinx de Limete. Entretien.

Monsieur le porte-parole, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement projette un meeting le samedi 5 novembre 2016. Mais l’autorité urbaine s’y oppose en rappelant sa décision prise au lendemain des émeutes sanglantes qui ont émaillé la marche pacifique de l’Opposition réprimée les 19 et 20 septembre derniers. Etes-vous prêts à vous incliner devant cette décision et reporter votre meeting?

Non. Nous ne sommes pas des anarchistes. Nous agissons en conformité avec notre Constitution. Si le gouverneur de la ville de Kinshasa s’attelle à prendre des mesures impopulaires, il manque à ses responsabilités. A moins que le gouverneur n’ait en tête l’idée de violer la Constitution comme sa famille politique en a l’habitude. En consultant notre Constitution, il est clairement indiqué que nous ne sommes pas dans un régime d’autorisation, mais plutôt celui d’information. C’est-à-dire que lorsqu’un parti ou regroupement politique veut organiser une manifestation politique publique, il en informe l’autorité compétente. Et ce, pour permettre à cette dernière de savoir ce qui se passe dans sa juridiction et de prendre en conséquence toutes les mesures sécuritaires nécessaires. La loi ne dit pas que le parti politique concerné doit au préalable obtenir l’autorisation de cette autorité pour agir. D’ailleurs d’ici là, nous mettrons à la disposition des médias la correspondance que nous -UDPS- avons adressée à l’autorité de la ville de Kinshasa pour la mettre au courant de ce meeting. C’est notre droit légitime reconnu par la Constitution.

L’Hôtel de ville entend prévenir les dérapages comme les plaies des émeutes du 19 et 20 septembre 2016 saignent encore. Comme le climat politique reste davantage tendu dans le pays et que le pire est à craindre au cas où une activité politique de grande envergure comme la vôtre serait organisée dans la capitale, la décision de l’autorité urbaine ne mérite-t-elle pas d’être soutenue?

Croyez-moi, nous allons tenir notre meeting. L’UDPS et le Rassemblement n’ont jamais troublé l’ordre public quand ils organisent leurs activités. Bien au contraire, c’est le régime en place qui instrumentalise les forces de défense et de sécurité pour nous empêcher de nous exprimer et ce, en violation flagrante de notre Constitution. Si le pouvoir ne nous provoque pas en infiltrant notre manifestation, il n’y aura pas de trouble. Souvenez-vous lorsque le président Etienne Tshisekedi est rentré au pays le 27 juillet 2016  après un long séjour à l’étranger, tout s’est passé dans le calme. Même le meeting qu’il a organisé le 31 juillet 2016 sur le boulevard Triomphal et auquel des millions de Kinoises et de Kinois ont pris part s’est déroulé sans heurts. Tous les militants de l’Opposition ont respecté le mot d’ordre de ne troubler en aucun cas l’ordre public. Comment pouvez-vous penser un seul instant que ces mêmes militants qui ont fait montre d’un comportement civique exemplaire qui leur a valu des éloges par brassées puissent, sans transition, changer de comportement pour s’engager dans les voies de fait ? C’est dans les stratégies du pouvoir en place de ne pas laisser éclater la démonstration de force d’Etienne Tshisekedi que de telles mesures impopulaires sont prises.

Le gouvernement a déjà averti tout le monde que les forces de défense et sécurité seront déployées pour empêcher à Kinshasa toute manifestation publique dans le souci d’éviter des émeutes. Qu’allez-vous faire dans ce cas?

Nous n’allons pas nous laisser intimider par qui que ce soit. Le meeting sera bel et bien organisé. Si le gouvernement décide de nous attaquer, ça sera au vu et au su de tous. Dans ce cas, il sera tenu responsable de tout dérapage qui découlerait de sa volonté manifeste d’étouffer dans l’œuf une manifestation politique dont il a été pleinement informé par les organisateurs. Ce qui confirmerait la thèse selon laquelle, le pouvoir en place tenterait de réinstaller la dictature dans notre pays. Rien n’est à craindre car nous allons recourir à l’article 64 de notre Constitution.

Comment accueillez-vous la visite de la délégation des membres du Conseil de sécurité de l’ONU à Kinshasa le 11 novembre prochain?

Cette visite est la bienvenue. Notre pays traverse un moment de crise politique aigüe qui nécessite l’intervention des organes censés promouvoir la paix et assurer la sécurité internationale. Si l’ONU ne prend pas garde à la situation critique que vit la RD-Congo, l’Afrique centrale en général risquerait de basculer dans la violence. C’est une initiative à encourager parce que cette délégation a l’opportunité de palper du doigt et de s’imprégner de la situation réelle de la RD-Congo en prenant langue avec les différents acteurs impliqués dans cette crise en vue de scruter les voies et moyens susceptibles d’endiguer la violence dans notre pays.

Que vous inspire le fait que l’un des membres du Rassemblement, Willy Mishiki, ait signé l’Accord politique issu du dialogue tenu à la Cité de l’Union africaine que vous avez boycotté?

Nous devons être sérieux envers nous-mêmes et notre peuple. Willy Mishiki n’est pas membre du Comité des sages du Rassemblement. Les gens qui ont signé le document de Genval, sont bien connus et vous constaterez que son nom n’y figure pas. Mishiki est membre de la plateforme politique «Les Alliés d’Etienne Tshisekedi». Chaque plateforme a délégué un membre au Comité des sages. Pour l’UDPS, c’est le secrétaire général adjoint Bruno Tshibala, Charles Mwando Nsimba pour le G7, Laurent Batumona pour sa plateforme, y compris pour les Alliés d’Etienne Tshisekedi, etc. Subitement, Mishiki va rallier l’Accord au nom du Rassemblement alors qu’il ne l’engage pas. Pour preuve, il réclame la primature, une demande qui ne cadre en rien avec la position du Rassemblement. Nous connaissons très bien Willy Mishiki. Il a opéré son choix et doit cesser de parler au nom du Rassemblement, car il n’en a pas qualité.

Le Rassemblement a déposé un nouveau cahier des charges à la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- en perspective du nouveau dialogue qui mettra autour d’une table les signataires de l’Accord issu du dialogue de la Cité de l’Union africaine sous la médiation d’Edem Kodjo et le Rassemblement. Qu’y-a-t-il de nouveau dans ce document?

Du fait que nous continuons à réclamer le vrai dialogue prouve à la face du monde que le Rassemblement est dans la logique de la non-violence en vue de faire respecter notre Constitution. Notre attitude bat en brèche toutes les allégations distillées dans les médias par le pouvoir au sujet d’une insurrection planifiée par le Rassemblement. La grande préoccupation qui guide notre démarche est la sortie honorable du président Kabila du pouvoir puisque ses proches ne l’y aident pas. Il est entouré des gens qui se nourrissent sur son dos et ne lui disent pas la vérité en face de manière à respecter les règles du jeu. L’histoire renseigne que chaque fois qu’on arrive à la fin du mandat présidentiel, l’Opposition est contrainte d’exercer de fortes pressions pour que le pouvoir organise des élections. Et il les organise toujours en sa faveur. Souvenez-vous qu’en 2006, il a fallu que l’UDPS dise: «le 30 juin à minuit tout s’arrête» pour que les élections soient organisées en novembre. Le même scenario s’est répété en 2011: «le 20 décembre 2011 tout s’arrête». Voici qu’en 2016, les choses n’ont pas évolué. Et à chaque échéance évoquée, le pouvoir tue la population qui réclame pacifiquement la tenue des élections pour se conformer à la Constitution. C’est vous dire que notre démocratie chavire. Nous devons tout faire pour la sauver. En 2006, il y a eu la présidentielle à deux tours ; en 2011, la présidentielle à un seul tour et en 2016 rien du tout. La Majorité présidentielle est déterminée à tuer notre démocratie et nous ne devons pas la laisser faire. C’est ça la lutte que mène le Rassemblement.

Propos recueillis par Octave MUKENDI