A l’occasion, Augustin Matata Ponyo a indiqué que s’il accepté de participer à cette cérémonie en l’honneur de la bonne gouvernance en RDC, c’est parce qu’il est convaincu que ” le chemin de l’émergence et du développement passe inexorablement par la bonne gouvernance dans le domaine public. Une conviction que le chef du Gouvernement a partagée, le 21 octobre courant, avec les étudiants de l’université William Booth, à l’occasion du vernissage de son livre consacré à la corrélation entre ” la qualité des institutions, le mode de gouvernance et le progrès économique en RDC”.


Devant un auditoire composé d’éminentes personnalités, Augustin Matata Ponyo a affirmé que ” la bonne gouvernance engendre des institutions de qualité, lesquelles déterminent le niveau du développement. ” Son vœu le plus cher pour son pays, a-t-il insisté, ” est que la bonne gouvernance puisse devenir le leitmotiv de tout responsable public ou privé, un pacte républicain, un véritable contrat social autour de l’intérêt général, en vue d’asseoir un indéniable vouloir agir collectif et ainsi reculer les murs de la pauvreté et du sous-développement. “
Le Premier ministre de préciser : ” les performances économique exceptionnelles réalisées par la RDC procèdent notamment de la qualité relative des institutions bien que celles-ci demeurent encore fragiles “.
Aussi, a-t-il invité les gestionnaires et mandataires à s’engager chacun à son niveau en faveur d’un leadership fort et de la bonne gouvernance. ” Car, il s’agit pour tous ceux qui détiennent une parcelle de responsabilité et de pouvoir d’action dans la sphère publique, privée, associative, politique, législative ou encore judiciaire d’œuvrer en faveur de la population pour consolider notre vouloir vivre collectif… “, s’est exprimé Augustin Matata Ponyo.


Le chef du gouvernement a indiqué que ” faire de la bonne gouvernance, partout au monde, c’est donc chercher à s’opposer à des intérêts de groupes parfois puissants bénéficiaires des rentes de situation. C’est donc naviguer à contre-courant. Mais la recherche de la bonne gouvernance est à la fois noble et exaltante. Elle fait profiter les bénéfices de l’action publique à la majorité de la population. ” Pour mieux se faire comprendre, Matata donne des exemples concrets. ” Lorsque nous initions la bancarisation de la paie publique en 2011, d’aucuns menacent de mettre la ville de Kinshasa à feu et à sang.

Des intimidations nous sont proférées. Nous ne paniquons pas et les fonctionnaires finissent par toucher l’intégralité de leur rémunération par la banque, sans aucun prélèvement effectué au profit de la minorité. Aussi, des millions des dollars américains qui disparaissaient chaque mois lors de la paie sont récupérés par le Trésor public “, a rappelé Matata. Précisant que c’est avec ces ressources que des écoles, des hôpitaux, des centres de santé, des universités…ont été construits ou réhabilités. ” C’est toujours avec ces fonds que nous avons acquis des bus, des avions, des locomotives neuves, des voitures de voyageurs neuves… “, a assuré le Premier ministre Matata.


Les actions du Chef du Gouvernement ont donc fini par taper à l’œil de l’Observatoire des Performances Publiques de l’UNPC qui a associé son nom au Prix de la Bonne gouvernance qu’il a créé le 20 octobre courant.
Selon le président de l’UNPC, Kasonga Tshilunde, plusieurs raisons sont à la base de ce choix. Notamment le fait qu’il ait donné un contenu et un prestige à la Primature que nul autre avant lui n’avait fait. Depuis qu’il est là, Matata a également fait des avancées significatives dans la gouvernance du pays tant sur le plan du cadre macroéconomique que celui des infrastructures de base en dépit du fait que cet élan de progression est aujourd’hui enrayé par la conjoncture économique mondiale peu favorable. Pour le président de l’UNPC, ce Prix constitue ” une manifestation de reconnaissance de la nation dont nous avons la charge de former et de transporter l’opinion.


Invité spécial à cette cérémonie, le Représentant spécial adjoint du Sg de l’ONU et Coordonnateur Résident du Système des Nations-Unies, Mamadou Diallo, a fait un témoignage plus qu’élogieux sur la personne du Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, auprès de qui il aura beaucoup appris.
Lire ci-dessous, l’intégralité de la communication du Premier ministre.
Didier KEBONGO

Allocution du Premier ministre, chef du Gouvernement


Distingués invités, en vos titres et qualités respectifs, Mesdames et messieurs,
Je voudrais tout d’abord remercier l’Union Nationale de la Presse du Congo, UNPC en sigle, son président et tous les responsables des organes de presse qui ont bien voulu organiser cette cérémonie dédiée à la promotion de la bonne gouvernance dans notre pays. Je remercie aussi tous ceux qui ont accepté de participer à cette rencontre dont l’objet principal est le lancement officiel du prix de bonne gouvernance qui porte mon nom.


Avant de commencer mon propos, je tiens à rendre hommage à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Joseph KABILA KABANGE qui nous a permis d’exercer pendant près de 7 ans des plus hautes charges publiques et d’appliquer avec son appui, la bonne gouvernance dans l’exercice de nos fonctions.


Pour être sincère, j’ai refusé la première demande qui m’a été adressée par l’UNPC. Elle consistait, en substance, à m’offrir un diplôme d’honneur ou d’excellence pour les performances auxquelles j’ai contribué dans le domaine de la bonne gouvernance depuis le ministère des finances jusqu’à la Primature.


Pourquoi ai-je refusé un tel diplôme alors que d’habitude l’on s’empresse de l’accepter pour en tirer des dividendes professionnels ou politiques ? En réalité, tout au long de mon parcours professionnel en tant que dirigeant, du Bureau central de coordination, BCECO en sigle, à la Primature, en passant par le ministère des Finances, je n’ai jamais accepté d’être primé. Je me suis toujours interrogé sur l’adéquation entre cette myriade des prix d’excellence décernés aux gestionnaires publics et la déliquescence avancée du portefeuille de l’Etat.


Comment peut-on décerner un diplôme de bon gestionnaire au responsable d’une entreprise en faillite déguisée qui enregistre plusieurs mois d’impayement des salaires ?
Comment peut-on plébisciter un chef d’entreprise ou d’institution qui excelle dans la réalisation des objectifs périphériques ou secondaires largement relayés par la presse en lieu et place de l’objectif principal assigné à son entreprise ou institution ?


Comment enfin peut-on octroyer un prix d’honneur à un responsable qui organise lui-même toute la manifestation jusqu’au coût de l’impression du diplôme qui lui est attribué ? Au fond, loin d’être une cérémonie d’honneur, la plupart de ces rencontres laissent penser à un type de théâtre autobiographique cynique où l’auteur est à la fois le metteur en scène et l’acteur principal à primer.


Qu’à cela ne tienne, je dois saluer la ténacité et la volonté de l’UNPC dont les responsables, loin de se laisser décourager par mon premier refus, sont revenus” à la charge cette fois-ci avec un concept nouveau et porteur pour faire la différence. Il ne s’agit plus de m’attribuer un diplôme d’honneur, mais de créer un prix incitatif à la bonne gouvernance. Prix qui sera délivré à partir de l’année prochaine à des gestionnaires, mandataires et autres responsables nominés sur base des critères rigoureux, transparents et vérifiables par un comité de sélection hautement professionnel.


Félicitations donc à l’UNPC pour ce saut qualitatif !


Mesdames et Messieurs, Distingués invités,


La démarche initiée par l’UNPC part du constat que les progrès économiques et sociaux remarquables enregistrés au cours de ces dernières années par notre pays, sous le leadership du Président de la République, Son Excellence Joseph KABILA KABANGE, procèdent des réformes courageuses visant notamment l’amélioration de la gouvernance.


Comme j’ai eu d’ailleurs à le souligner à plusieurs occasions, surtout lors des conférences dans les universités congolaises et africaines, l’équation pour la réduction de la pauvreté met en corrélation deux variables fondamentales explicatives, à savoir : le leadership et la gouvernance. La réduction de la pauvreté (RP) = Leadership fort (LF) + Bonne gouvernance (BG).


La bonne gouvernance se révèle être l’une des clés sans lesquelles aucun pays ne peut accéder au cercle prisé et fermé du monde développé. En réalité, l’écart entre les pays développés et ceux en développement est dû notamment au différentiel de gouvernance.
II importe de souligner que le chemin de la bonne gouvernance que j’ai décidé d’emprunter dès 2003, lorsque je suis nommé Directeur général du Bureau central de coordination, est un chemin plein d’embûches et d’obstacles. Dans son livre intitulé ” Le courage dans la politique “, le président John Kennedy en parlant des obstacles sur la voie du progrès, n’a-t-il pas écrit avec raison, je cite : ” Tout le monde veut le progrès. Mais le progrès requiert du changement, et le changement reste impopulaire “. Fin de citation.


Faire de la bonne gouvernance, partout au monde, c’est donc chercher à s’opposer à des intérêts de groupes parfois puissants bénéficiaires des rentes de situation. C’est donc naviguer à contre-courant. Mais la recherche de la bonne gouvernance est à la fois noble et exaltante. Elle fait profiter les bénéfices de l’action publique à la majorité de la population.


Dès mon entrée au gouvernement comme ministre des finances en février 2010, j’ai engagé des réformes qui ont visé, d’une part, la mobilisation accrue des recettes afin de limiter les pertes de revenus publics et, d’autre part, la rationalisation des dépenses pour une meilleure distribution des ressources collectées, en veillant à ce que les destinataires puissent en bénéficier réellement.


Mais, pour y arriver, il faut du courage, de la détermination, voire de la passion. Les exemples sont certes légion au terme de près de sept ans -de responsabilités publiques aux Finances et à la Primature. Mais j’en citerai trois : la lutte contre la corruption, la mise en œuvre de la TVA et de la bancarisation de la paie des fonctionnaires et agents publics.


S’agissant de la lutte contre la corruption, dès le départ au Ministère des finances, j’ai décidé de mettre fin à un système officieux de prélèvements opérés sur la plupart des paiements publics effectués au profit des fournisseurs de l’Etat. Ces prélèvements s’appelaient communément ” commissions ” ou ” pourcentage ” et variaient entre 10 et 30%, voire plus, du montant payé ou alors, ils prenaient la forme de rétrocessions qualifiées d’” Opérations retour “.


Très peu de gens ont cru à la réussite de cette décision qui s’opposait à des pratiques qui s’étaient presque institutionnalisées dans la chaine de la dépense. Mais, nous y sommes arrivés, non sans peine. Nous avons ainsi exorcisé ce temple des finances publiques du démon de la corruption, en réalité du sous-développement, qui le hantait et qui était à la base du détournement d’une bonne partie des fonds publics.


En 2014, un redressement fiscal de près de 800 millions de dollars américains est adressé à la plus grande industrie minière de notre pays, Tenke Fungurume Mining. L’entreprise recourt à l’arbitrage de la Primature qui, après examen minutieux du dossier, rétablit l’équité et la transparence. Un procès-verbal en bonne et due forme est dressé. L’entreprise TFM ne doit rien payer. De 800 millions à zéro dollar américain ! La bonne gouvernance a triomphé.


Lorsque nous lançons la réforme de la TVA en 2012 au ministère des finances en remplacement de l’impôt sur le chiffre d’affaires (ICA) devenu désuet et contre-productif, le marché des biens et services est en ébullition. Les prix des produits de première nécessité flambent et le taux d’inflation a atteint 4,25% en deux mois, soit entre janvier et février 2012.


Les puissants lobbies politiques et économiques font pression et demandent l’annulation pure et simple de la réforme.Nous persistons et la réforme est appliquée jusqu’aujourd’hui. Elle a ainsi permis de canaliser vers le Trésor public des dizaines de millions de dollars qui s’évaporaient au profit d’un groupe d’individus en défaveur de la majorité de la population.

Lorsque nous initions la bancarisation de la paie publique en 2011, d’aucuns menacent de mettre la ville de Kinshasa à feu et à sang. Des intimidations nous sont proférées. Nous ne paniquons pas et les fonctionnaires finissent par toucher l’intégralité de leur rémunération par la banque, sans aucun prélèvement effectué au profit de la minorité. Aussi, des millions des dollars américains qui disparaissaient chaque mois lors de la paie sont récupérés par le Trésor public.


Ce sont ces fonds, fruit de la bonne gouvernance, qui ont permis de contribuer davantage au programme de reconstruction lancé par le Chef de l’Etat depuis 2001. C’est avec ces ressources, que nous avons construit ou réhabilité des écoles, des hôpitaux, des centres de santé, des universités, des routes bitumées ou en terre, des aérogares. C’est toujours avec ces fonds que nous avons acquis des bus, des avions, des locomotives neuves, des voitures de voyageurs neuves, etc.


Comme vous pouvez vous en rendre compte, la bonne gouvernance dans la gestion de la chose publique n’est pas une option à lever, bien au contraire, elle est une obligation qui s’impose à nous dès lors que nous voulons faire avancer l’agenda du développement économique.
Le secteur public a besoin d’être aussi bien géré que le secteur privé. L’entreprise privée réussit parce qu’elle applique des règles universelles de bonne gestion connues de nous tous.


La mauvaise gouvernance engendre le sous-développement tandis que la bonne gouvernance favorise le développement. L’histoire de la gouvernance et du progrès des nations rappelle celle de la semence et de la récolte racontée dans la sainte bible depuis la nuit des temps. En effet, avec la même qualité, certaines graines ont été plantées dans la bonne terre et d’autres sur des roches. Les premières ont produit de la bonne récolte et les secondes n’ont pas donné satisfaction.


Si l’on veut obtenir la bonne moisson sur la seconde partie, la roche doit être cassée et la bonne terre, symbole de la bonne gouvernance, doit y être répandue pour recevoir des bonnes graines.
Si j’ai accepté de participer à cette cérémonie en l’honneur de la bonne gouvernance dans notre pays, c’est parce que je suis convaincu que le chemin de l’émergence et du développement passe inexorablement par la bonne gouvernance dans le domaine public. J’ai eu à partager cette conviction avec les étudiants de l’université William Booth, le vendredi 21 octobre dernier à l’occasion du vernissage de mon livre consacré à la corrélation entre la qualité des institutions, le mode de gouvernance et le progrès économique en RDC. En effet, la bonne gouvernance engendre des institutions de qualité, lesquelles déterminent le niveau du développement. Il se dégage de cette étude scientifique que les performances économiques exceptionnelles réalisées par la RDC procèdent notamment de la qualité relative des institutions bien que celles-ci demeurent encore fragiles.


Mon souhait le plus ardent est que ce prix pour la bonne gouvernance qui porte mon nom fasse la différence et se démarque du clientélisme et du populisme qui ont toujours caractérisé l’octroi des prix dits d’excellence dans notre pays. J’invite donc l’UNPC à retenir les critères les plus rigoureux et transparents pour la sélection des récipiendaires. Le comité de sélection devra être constitué des professionnels, non seulement de la presse, mais aussi des organisations publiques et privées de réputation irréprochable. Ma fondation, la ” FONDATION MAPON “, pourra aussi y participer, en appui à la recherche de l’objectivité et de l’émulation.


J’invite aussi les opérateurs économiques à contribuer à la constitution du fonds devant soutenir ce nouveau prix. En effet, la bonne gouvernance contribue à l’amélioration du climat des affaires indispensable à l’éclosion d’un secteur privé prospère. Soutenir la bonne gouvernance dans le secteur public, c’est aussi soutenir la prospérité de ses propres affaires.
Tout en vous rassurant de mon soutien ferme à cette initiative, je me vois dans l’obligation de me réserver le droit de retirer mon nom du prix, si les procédures et critères de son attribution portent atteinte à sa crédibilité et à son honorabilité.


Je terminerais par inviter les gestionnaires et mandataires à s’engager chacun à son niveau en faveur d’un leadership fort et de la bonne gouvernance. Car, il s’agit pour tous ceux qui détiennent une parcelle de responsabilité et de pouvoir d’action dans la sphère publique, privée, associative, politique, législative ou encore judiciaire d’œuvrer en faveur de la population pour consolider notre ” vouloir vivre collectif “, fondement de toute nation, selon l’expression consacrée par Ernest Renan.
Ainsi, mon vœu le plus cher pour notre pays, est que la bonne gouvernance puisse devenir le leitmotiv de tout responsable public ou privé, un pacte républicain, un véritable ” contrat social ” autour de l’intérêt général, en vue d’asseoir un indéniable ” vouloir agir collectif ” et ainsi reculer les murs de la pauvreté et du sous-développement.
Je vous remercie de votre aimable attention.