De retour à Beni, après une rencontre avec le Président Yoweri Museveni au Guest House du « Mweya safari lodge » du Parc national Reine Elisabeth dans le district de Kasese en Ouganda, le Président Joseph Kabila a tenu un meeting au cours duquel, il a fait le point sur ce tête-à-tête, le premier depuis 2013 avec son homologue ougandais. « J’ai dit au Président de l’Ouganda que nous voulons la paix comme il a aussi la paix dans son pays », a indiqué le chef de l’Etat jeudi 4 août au cours de ce meeting.

Les pourparlers de « Mweya safari lodge » entre les deux chefs d’Etats avaient pour objectif de consolider les relations bilatérales entre leurs pays voisins afin d’éradiquer les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques-Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF), un groupe terroriste Ougandais opérant dans l’Est de la RDC.

Le président Kabila fut reçu par Museveni plus tôt dans la matinée au poste frontalier Ougando-Congolais de Mpondwe à Bwera, dans le District de Kasese avant de se diriger pour les pourparlers bilatéraux au Guest House du « Mweya Safari lodge » du Parc National Reine Elisabeth.

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S’exprimant en Kiswahili, à l’issue de cette rencontre, le Président Museveni a promis de soutenir la République Démocratique du Congo afin de parvenir à mettre fin à la lutte contre ces rebelles islamistes « qui demeurent encore une menace à la sécurité des deux pays. » L’homologue ougandais du président Kabila s’est déclaré « prêt comme d’habitude » à déployer l’armée ougandaise pour organiser des poursuites contre les poches des milices du groupe rebelle ADF en RDC.

Au cours de leur rencontre, les deux chefs d’Etat ont notamment décidé de l’échange des informations entre leurs pays sur le mouvement des personnes qui quittent l’Ouganda pour créer l’insécurité au Nord-Kivu. « Nous sommes partis voir nos voisins qui nous ont invités et nous avons parlé de la paix et de la sécurité dans la province du Nord-Kivu. […] Nous nous sommes mis d’accord qu’ils vont commencer à travailler avec nous pour nous donner toutes les informations sur les mouvements de ceux qui traversent la frontière de l’Ouganda pour déstabiliser la RDC », a résumé Joseph Kabila au cours de son meeting à son retour à Beni.

Lors de la conférence de presse qui s’est tenue dans un lodge du parc national Queen Elisabeth, le président Museveni s’est engagé à démanteler les réseaux de recrutement des ADF en Ouganda, mais sans donner de date butoir.

C’est déjà une « avancée significative » selon Julien Paluku, le gouverneur de la province du Nord-Kivu, qui faisait partie de la délégation gouvernementale. « Parce que c’est la première fois que dans des réunions bilatérales le président ougandais a noté qu’il y a des réseaux qui opèrent sur le territoire ougandais et qui alimentent les rebelles ADF sur le sol congolais », précise-t-il.

Coopération des services de renseignement

13942623_1236456306378245_1321000669_nLe président ougandais a aussi très clairement écarté la possibilité d’une opération conjointe entre les armées ougandaises et congolaises. Une meilleure coopération entre les services de renseignement des deux pays devrait néanmoins être mise en place, a assuré Yoweri Museveni.

Et elle devrait commencer dès la semaine prochaine, avance Julien Paluku : « il a été convenu qu’une réunion mixte soit tenue entre services de renseignement à Kampala la semaine prochaine pour qu’on puisse échanger des informations sur les capturés ougandais qui sont en RDC de manière à retracer la filière ougandaise. »

La question du retour des ex-rebelles du M23

Les deux chefs d’Etat ont aussi évoqué la question du retour de quelques 730 anciens rebelles du M23 restés en Ouganda depuis le cessez-le-feu en 2013. Yoweri Museveni a dit avoir eu des assurances de la part du président Kabila sur le respect des termes de l’accord de paix signé en 2013.

Les autorités congolaises vont d’ailleurs envoyer des délégations dans les semaines à venir pour tenir des discussions avec les anciens M23, ainsi qu’avec les plus de 200 000 réfugiés congolais en Ouganda. Le but : débuter une campagne de rapatriement.

Une question incontournable entre les deux pays, rappelle le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku. « On a exploré la question des éléments du M23, qui tardent à revenir au pays malgré la loi d’amnistie qui a été votée par le Parlement, pour que finalement tous ces éléments du M23 qui pullulent en Ouganda puissent s’inscrire dans la logique de la paix sinon d’être arrêtés s’ils continuent à piloter quelque machine de guerre à l’intérieur du territoire ougandais. »

Coopérations bilatérales

13898647_1236456339711575_1333670578_oJoseph Kabila et Yoweri Museveni ont également discuté de l’électrification de certaines villes et cités du Nord-Kivu et de l’Ituri à partir de l’Ouganda voisin. « La deuxième chose importante dont nous avons parlé c’est l’électrification de Kasindi à partir de l’Ouganda. Mais nous ne voulons pas que le courant se limite seulement à Kasindi. Nous voulons que Beni, Butembo et Bunia soient également électrifiés à partir de l’Ouganda. Nous avons discuté et ensemble, nous avons trouvé un accord », a indiqué le chef de l’Etat congolais. Les deux leaders ont aussi abordé le problème du commerce transfrontalier et du tourisme puisque les 2 pays partagent, avec le Parc National Virunga et le Parc National Reine Elisabeth, une attraction touristique majeure.

« Dès que le fichier électoral est disponible, il y aura élection »

Par ailleurs, Joseph Kabila a évoqué au cours de son meeting à Beni la question des élections, en invitant les habitants à se préparer pour les opérations d’enrôlement des électeurs. Concernant les élections en RDC, le président congolais a déclaré à la presse présente que les gens ont une fausse perception sur la capacité du pays à organiser des élections : « Nous avons organisé des élections en deux occasions. Et celles-ci ont toujours été organisées par une Commission Électorale indépendante ».

« Mais pour les organiser, nous avons besoin de la révision du fichier électoral des électeurs et des enrôlements », a-t-il expliqué. « Nous avons commencé l’enrôlement sur les fichiers électoraux. Cela prendra du temps, mais aussitôt que le fichier électoral est disponible, nous aurons une élection. »

MMC