« La Belgique doit présenter des excuses pour son passé colonial », affirme une députée belge

Zoé Genot est députée au parlement de la région de Bruxelles-Capitale pour le compte du parti écologiste belge « ECOLO ». Ce dernier a déjà introduit deux résolutions sur la reconnaissance du passé colonial belge. Zoé Genot, quant à elle, est l’auteure de la résolution 3570 qui propose de condamner la colonisation, la spoliation, le travail forcé et la ségrégation raciale. La résolution propose également un plan mémoriel, ainsi que la réalisation d’une étude scientifique relative aux responsabilités de l’Etat belge, sur le modèle de celle réalisée par « La Belgique docile », en rapport avec la persécution des Juifs en Belgique pendant la seconde guerre mondiale. 

Les Dépêches de Brazzaville : votre parti a introduit deux résolutions pour que la Belgique assume son passé colonial. Concrètement, que souhaitez-vous que la Belgique puisse assumer dans ce passé ?

Zoé Genot :  j’avais suivi au parlement fédéral tout le travail qui a été fait sur la responsabilité de la Belgique en rapport avec la Shoah. Les administrations belges ont collaboré aux exactions de la deuxième guerre mondiale et c’est un sujet un peu tabou. C’est à la suite de ce travail que je me suis dit qu’il y a d’autres volets de notre mémoire où nous avons une responsabilité en tant qu’Etat et où nous n’avons pas fait ce travail d’histoire, de reconnaissance de cette histoire et de son acceptation officielle. Et comme cela a été fait pour la Shoah, qu’il y ait des excuses qui soient présentées par rapport à ce qui s’est passé. C’est une façon de se réconcilier avec son histoire.

En parlant d’histoire, vous voulez parler des crimes commis par la Belgique dans ses colonies ?

Nous avons eu une histoire assez fantasmée. En ce qui me concerne, je n’ai eu aucun cours d’histoire qui parlait de ce que l’on avait fait dans les colonies et même pas un seul qui évoquait la colonisation de manière positive. On n’en parlait pas dans les discours d’histoire. On en a entendu parler de manière légère avec des discours du style nous les petits belges avons  aidé ce grand pays, nous leur avons apporté l’instruction, la santé, avons construit des routes, etc. C’étaient les images que j’avais dans ma tête avant que je ne commence à lire le sujet. J’ai été alors très choquée et je me suis rendue compte que par rapport aux autres puissances coloniales, nous avions été bien pire. Il n’y avait pas d’enseignement mixte, pas d’université par peur de l’émergence d’une élite congolaise… Cela a été une grande déconvenue pour moi parce que je ne connaissais absolument pas cette façon de gérer le pays. On parlait de l’époque de Léopold II mais on ne se rendait pas compte que même lorsque l’Etat belge avait repris les leviers du pays, l’exploitation par la violence et par l’esclavage avait continué. Le livre « Congo » de David Van Reybrouck, qui a contribué à vulgariser le travail effectué par plein d’autres historiens, a aussi permis de populariser en Belgique la face noire de la colonisation. C’est une facette très méconnue et je m’en rends compte depuis que j’essaie de rendre publiques toutes les exactions qui ont été commises. Mais cela reste un sujet sensible. L’objectif premier est donc de remettre en cause la politique que la Belgique avait menée à cette époque.

Dans la dernière résolution introduite par Ecolo, vous préconisez la mise en place d’une recherche internationale…

Dans le cas de ce qui avait été fait pour la Shoah, ce sont les historiens belges qui avaient traité de notre histoire. Mais, au regard de la sensibilité du sujet actuel, il est très important qu’il y ait des historiens belges, congolais ainsi que d’autres nationalités, notamment les Anglais, dont on sait qu’ils ont énormément travaillé sur le sujet. Cela permettra d’être sûr d’avoir une vision globale de ce qui s’est passé.

Vous parlez également de la déclassification des archives. Dans combien de temps estimez-vous que ce travail global de recherche pourrait-être fait ?

Ce sera un énorme travail si on le fait de manière exhaustive. Néanmoins, on peut relativement avancer rapidement sur certains sujets, parce que beaucoup d’historiens congolais, belges ou anglais ont déjà travaillé sur la question. L’intérêt de déclassifier toute une série de documents, qui se trouvent principalement au Service public fédéral (SPF) Affaires étrangères, est que l’ensemble des historiens pourrait se pencher dessus et faire avancer la réflexion de manière beaucoup plus fine. Savoir notamment comment les entreprises ont interagi, quels types d’instructions étaient donnés à nos fonctionnaires, etc. Il y avait quand même une conscience dans l’administration belge de la façon dont le pays était géré à l’époque. Il y a donc une mine d’informations que les historiens pourraient consulter.

Qu’est ce qui justifie cet intérêt d’Ecolo pour la reconnaissance de la Belgique de ce passé colonial ?

On s’est appuyé, entre autres, sur le travail d’un mouvement associatif qui avait rencontré tous les partis en leur disant que la Belgique n’avance pas sur la reconnaissance de son passé colonial, contrairement à d’autres pays. En Belgique, rien ne bouge sur le sujet même au niveau des cours d’histoire. La démarche de cette association a permis de nous rappeler l’importance du sujet. Cela nous a paru totalement légitime. Nous avons milité pour la reconnaissance par la Belgique de sa responsabilité par rapport à la mémoire juive. C’était donc logique que de demander à la Belgique de s’inscrire dans la même démarche quant à son histoire coloniale. Nous souhaitons que la résolution soit discutée au niveau du parlement national et simultanément, nous souhaitons inscrire cette matière dans l’enseignement au niveau de la fédération Wallonie Bruxelles.

Patrick Ndungidi
Adiac-Congo

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