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Henri Mova: “Un président ça ne se remplace pas comme ça”

Report des élections, référendum, transition en RD Congo, autant de sujets abordés dans l’interview que le Secrétaire général du PPRD a accordée à RFI. A ces questions, Henri Mova croit dur comme l’airain, dans ses réponses, que le débat devrait être clos, quant à l’interprétation renforcée de l’article 70 de la constitution par la Cour constitutionnelle.

RFI : Est-ce que l’élection présidentielle se tiendra avant le 19 décembre prochain comme le prévoit la constitution ?

Henri Mova : Je ne pense pas que je sois la bonne personne à répondre à cette question. Il y a une institution à savoir le CENI qui ne s’est pas encore vraiment prononcée. Mais, elle a donné quelques avis techniques qui nous démontrent que le délai serait difficilement tenable dans la mesure où pour la révision du fichier électoral, elle a besoin de 16 mois au moins et nous sommes au mois de juillet. Donc, c’est au-delà du mois d’août 2017 qu’elle pourra disponibilser un fichier qui soit fiable.

Donc le plus probable c’est qu’il y aura glissement du calendrier.

Pour ce terme qui peut être aujourd’hui galvaudé mais ça veut tout simplement dire qu’il est possible qu’on ait un report d’élections comme il en ait le cas pour beaucoup de pays. Dans la quasi totalité de tous les pays du monde, devant quelques difficultés techniques, météorologiques ou de retard de calendrier, on peut reporter une élection d’un jour ou jusqu’à quelques années.

Pourquoi l’année passée le gouvernement n’a-t-il pas donné à la CENI les moyens financiers que celle-ci réclamait pour préparer les élections ?

La CENI n’a pas eu que des problèmes d’ordre financier. Son calendrier ou ses deux calendriers publiés ont été rejetés par l’opposition qui n’en voulait pas. D’abord parce qu’il n’était pas global et puis il était trop global à la fin. Mais, qu’à cela ne tienne, maintenant il est question de réunir la classe politique autour d’un consensus afin que la suite soit plus heureuse et que les erreurs du passé sont largement partagées par tous les acteurs du processus électoral ; autant de l’opposition, du gouvernement, de la société civile et tout le monde a sa part de responsabilité.

S’il n’y a pas d’élections avant le 19 décembre qui présidera la transition après cette date ?

D’abord, la notion transition, je crois que c’est une introduction politicienne dans l’affaire. L’article 70 de notre constitution prévoit que le chef de l’état en poste reste. Cette option était renforcée par l’interprétation que la cour constitutionnelle a donnée de cet article 70. En principe donc, le débat devrait être clos.

Selon la constitution, le mandat présidentiel ne dure que cinq ans et pas un jour de plus. Si le président restait au pouvoir au-delàs de 19 décembre est-ce qu’il ne commettra pas comme dit l’opposition « un coup d’état » ?

Vous en êtes encore à discuter de l’interprétation de l’article 70 faite par la cour constitutionnelle. Le mandat présidentiel est de cinq ans. Mais, celui qui est en place continue jusqu’à ce qu’il fasse la remise et reprise avec un autre. Un président ça ne se remplace pas comme ça. L’orque la cour rallait, tout le monde se tait.

Au terme de cet éventuel glissement, il y aura donc une élection présidentielle. Est-ce que le président Joseph Kabila se retirera du pouvoir comme l’oblige la constitution qui lui interdit de briguer un troisième mandat ?

Le chef de l’état est à son deuxième mandat à l’issu duquel il n’a pas le droit de se représenter et il n’entend pas le faire. Il n’a pas voulu changer la constitution comme les autres l’ont fait. La culture démocratique est entrain de s’imposer dans ce pays. Le président est respectueux de ce cadre là.

En même temps, votre adjoint Emmanuel Ramazani préconise un référendum constitutionnel en faveur d’un troisième mandat.

Non. Il ne l’a pas dit comme ça. Il a parlé du référendum qui pourrait porter sur n’importe quoi. Donc, le référendum n’est pas à l’ordre du jour. Mais, il est constitutionnel. Si le peuple en décide de l’opportunité, il le fera et nous nous inclinerons devant cette volonté.

Les Etats-Unis viennent de décider de sanctions contre le général Kanyama, le chef de la police de Kinshasa pour atteintes aux droits de l’homme. Est-ce qu’un bras de fer entre Kinshasa et Washington ne risque pas de vous coûter cher ?

Nous ne sommes pas en bras de fer avec qui que ce soit. La volonté première était de faire des sanctions sur plusieurs personnalités et en entrainant toute la communauté internationale à travers l’ONU notamment à l’Union européenne. Il faut peut être considérer que c’est un échec de cette politique des faucons, des extrémistes qui voulaient mettre à terre toute solution pacifique à travers le dialogue politique.

Depuis qu’il est passé à l’opposition, votre ancien camarade Moïse Katumbi a beaucoup d’ennuis. Ces derniers temps, il a été condamné à 3 ans de prison pour litiges immobiliers et il risque la peine de mort dans une autre affaire. Pourquoi cet harcèlement judiciaire ?

Vous voyez que votre question est déjà tranchée quand vous dites « harcèlement judiciaire ». S’il est vrai, comme vous dites, que c’est du harcèlement judiciaire, c’est condamnable. Mais, à ma connaissance, une question avec un privé qui est d’ailleurs de nationalité grecque, qu’est-ce que cela à voir avec le processus politique en RDC. Pour l’autre affaire, on n’a pas encore tranché et il faut en dire le moins possible dans la mesure où si c’est ailleurs, on pourrait être appelé à témoigner parce qu’on aura dit un mot de plus.

Moïse Katumbi a du sortir du pays pour raisons médicales. Le jour où il va rentrer est-ce qu’il risque pas d’aller en prison ou pas ?

Je ne sais pas. Je ne suis pas juge. Pourquoi cette focalisation sur une personne et qui, d’ailleurs, est dans l’opposition de très récentes dates.

Ces procès qui lui tombent sur la tête, n’est-ce pas que Moïse Katumbi est un gêneur et que vous essayez de vous débarrasser d’un rival ?

Bien au contraire. Je vous ai dit qu’il était notre camarade il n’y a pas une année. Donc, je ne comprends pas toutes les vertus que vous lui trouvez juste quand il a traversé la rivière. Il n’y a aucun acharnement, je voudrais vous dire.

N’avez-vous pas peur de sa popularité ?

Qu’est ce que ça signifie ? Sa popularité de Berlusconi ou de Barnard Tapie pour être chef d’état en France. Gérer un pays, ce n’est pas question de popularité. Vous savez que c’est énormément de compétence et énormément de tensions à supporter jusqu’aux gaz lacrymogènes ou à d’autres choses. Donc, Moïse Katumbi, parce que vous m’obligez à dire son nom est entré en politique par la volonté du chef de l’état Joseph Kabila. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il chercherait sa mise à mort politique.

RFI/MMC