Le Dialogue politique attendu depuis une année pourrait démarrer au courant de ce mois de juillet, mais pourrait plus ressembler à un monologue, d’autant plus que la majorité d’opposants n’y prendra pas part. 

C’est confirmé! Le Dialogue politique convoqué par le président Joseph Kabila depuis presqu’un a maintenant va débuter au courant de ce mois de juillet 2016. C’est en tout cas ce qu’affirme, entre autres, le président de la Société Civile du Maniema, John Masimango, relayé par Radio Okapi.

C’est ce qui ressort, soutient-il, de la rencontre entre le Chef de l’Etat et son organisation, le samedi 02 juillet à Kindu, chef-lieu de la province du Maniema, où il a présidé, le jeudi 30 juin, le défilé marquant le 56me anniversaire de l’indépendance.

Selon la même source, Joseph Kabila a exhorté l’ensemble de ses concitoyens à soutenir le processus électoral, dont la relance va être marquée par le démarrage, à la fin de ce mois de juillet, par des opérations d’enrôlement dans la province du Nord-Ubangi. A cette même occasion, le Président de la République a recommandé à la Société Civile du Maniema de se positionner comme église au milieu du village, tout en martelant que les élections vont avoir lieu dans ce pays, quoi qu’il en coûte.

La controverse persiste

En parlant du Dialogue, le Chef de l’Etat pense naturellement à celui qu’il avait convoqué, par ordonnance présidentielle, peu avant la fin de l’année écoulée. Dans la foulée, il avait fait état de la mise en place imminente d’un Comité préparatoire de ce forum, dont la Co-médiation devait être assurée par un représentant de la Majorité Présidentielle et son collègue de l’Opposition.

Dans son entendement, c’est après une longue série de consultations avec la classe politique, la société civile, les institutions publiques nationales et provinciales, la diaspora…qu’il avait eu l’intime conviction que l’unique voie de sortie de la crise politique suscitée par le blocage du processus électoral était de réunir les filles et fils de ce pays autour d’une même table. A l’époque, il insistait sur le principe des échanges sans tabou au sujet de toutes les questions qui fâchent.

On se rappelle qu’en son temps, l’ordonnance présidentielle portant convocation du Dialogue avait suscité une levée de boucliers du côté de l’Opposition acquise à l’option de la participation à ce forum, à commencer par l’UDPS d’Etienne Tshisekedi. Dans leurs réactions,
plusieurs leaders de l’opposition pro-dialogue avaient fait savoir que Joseph Kabila n’avait pas qualité pour le convoquer, au risque de se retrouver à la fois juge et partie, et que cette prérogative revenait plutôt à un Facilitateur international, conformément à la Résolution
2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Comme pour donner partiellement raison à l’Opposition, la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Mme Nkozasana Zuma, avait chargé le Togolais Edem Kodjo d’une mission de sondage de toutes les parties prenantes congolaises à Kinshasa, avant de le confirmer, quelques jours plus tard, dans la fonction de Facilitateur.

Plus un monologue…

En dépit de cela, la controverse n’a toujours pas été évacuée. Joseph Kabila, que l’on croyait avoir souscrit au schéma d’un Dialogue parrainé par la Communauté internationale, ne semble pas du tout
disposé à tolérer ce qu’il considère comme une ingérence étrangère dans les affaires internes congolaises.

Pourtant,  l’Opposition désormais réunie sous le label du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement (cfr Conclave de Genval à Bruxelles), sous le pilotage d’Etienne
Tshisekedi, rejette totalement un Dialogue portant l’empreinte du Chef de l’Etat et s’en tient, jusqu’à nouvel ordre, à celui devant se dérouler sous la médiation d’Edem Kodjo mais sous le coaching des
Nations Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, de l’Organisation Internationale de la Francophonie et des Etats-Unis d’Amérique.

D’où, il y a lieu de douter du démarrage effectif du Dialogue en ce mois de juillet 2016, à moins que Joseph Kabila ne mette une croix sur les Conclavistes de Bruxelles, parmi lesquels se recrutent des leaders politiques tels qu’Etienne Tshisekedi, Charles Mwando Nsimba, Gabriel Kyungu, Gilbert Kiakwama, Olivier Kamitatu, Martin Fayulu, Jean-Claude Vuemba, Delly Sessanga… ainsi que leurs alliés Moïse Katumbi et Raphaël Katebe Katoto. Va-t-il prendre le risque d’ignorer des acteurs politiques dont les absences avaient transformé les Concertations Nationales (septembre-octobre 2013) en coquille vide ?

La tenue du Dialogue parait d’autant incertaine qu’Etienne Tshisekedi et ses partenaires du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au changement annoncent un grand meeting pour le dimanche 31 juillet à Kinshasa, avec au menu la restitution des travaux de Bruxelles et le rappel de leurs préalables à toute participation au Dialogue, à savoir sa convocation selon l’esprit de la Résolution 2277, le respect de la Constitution, l’organisation de la présidentielle dans les délais constitutionnels, la libération des prisonniers politiques, la réouverture des médias fermés, etc.

Avec Le Phare