Bancarisation de la paie : Matata Ponyo et son cabinet exemptés

Dans une enquête publiée récemment, le magazine Eco note qu’alors que les personnels de la présidence de la République et ceux des cabinets ministériels, voire les députés et sénateurs, passent dans les guichets des banques pour percevoir leurs salaires et émoluments, ceux du cabinet du Premier ministre Matata Ponyo seraient payés au comptant à la caisse de la primature.

Chantre de la bancarisation, artisan des performances macroéconomiques mondialement reconnues et récemment élevé au rang de Docteur Honoris Causa, Matata Ponyo se soustrait-il de l’obligation de transparence dans ce mode de paiement (bancarisation) qu’il impose pourtant aux autres ? Pour quel intérêt se prive-t-il de prêcher par l’exemple par la bancarisation de son propre cabinet ?

Ce sont là autant de questions qui ont suscité l’intérêt de l’enquêteur. Il est suivi dans ses inquiétudes et ce questionnement par toute l’opinion aussi bien congolaise qu’étrangère. Dans la recherche des questions à leurs inquiétudes, le magazine et toute l’opinion butent, en effet, à d’autres préoccupations qui peuvent bien justifier, selon eux, l’inexistence des traces bancaires pour les chantres de la bancarisation. « Est-ce pour dissimiler la pléthore ou échapper à tout contrôle et maitrise de la masse salariale ? », pouvait-on entendre.

Le paradoxe, note-t-on est inadmissible pendant que, selon le gouvernement, cette mesure de la bancarisation visait la maitrise de la masse salariale des agents et cadres de l’Administration publique ainsi que du personnel administratif et politique des institutions de l’Etat et le contrôle des effectifs autres fois gangrénés par l’existence des agents fictifs. La bancarisation serait, à en croire cet argumentaire, un mode de paiement transparent qui alimente la restauration du réseau financier.« Les élus du peuple, le personnel de la Présidence de la République, les professeurs d’universités, médecins, militaires…sont-ils différents des hommes de Matata ? Qu’est-ce qui peut bien justifier cette situation ? Autant c’est paradoxal, autant c’est inadmissible quand bien même l’opération n’est pas juridiquement contraignante », a appuyé l’enquêteur laissé perplexe par ce comportement.

Rigoureux pour la main des autres

L’opinion trouve inadmissible de constater que la primature se soustraie de la bancarisation des salaires de son personnel dans un contexte où même les cabinets ministériels s’y conforment. Matata Ponyo n’a pas pu prêcher par l’exemple, pour des raisons « faciles » à deviner mais qui lui sont propres.

Pour l’analyste, le Premier ministre semble être rigoureux pour la main des autres mais pas pour ses propres mains car faire intervenir la paie des salaires de l’ensemble du personnel par les services de la primature ferait revenir le gouvernement à la case de départ, laissant planer les doutes sur les effectifs réels et la hauteur des salaires réels du personnel de chantre de la bancarisation et contredit, a fini par avouer l’enquêteur, la volonté maintes fois exprimée par le Premier ministre de réussir le processus de bancarisation et de combattre avec la dernière énergie la pratique des listes fictives et la manipulation des billets de banque par les agents payeurs. « Si pour les autres, la bancarisation de la paie permet d’afficher dans le monitoring les effectifs exacts, pourquoi pas la Primature en tant que centre d’impulsion de cette opération ? La réponse à cette question soulève la problématique des effectifs réels du cabinet du Premier ministre », pouvait-on lire dans la suite de ces révélations.

Parlant des effectifs, cette enquête note également un flou car, à l’en croire, si pour le directeur de cabinet, ses deux adjoints ainsi que les quatorze conseillers principaux, un décret officiel a été rendu public, pour les autres membres du cabinet, les traces ont été difficiles à trouver. « Le site officiel de la primature où les décrets du Premier ministre sont publiés, il n’existe aucune trace. Quoi de plus normal de ne pas connaître le nombre exact de ces effectifs », a regretté l’enquêteur.

Mais cette étude n’a pas hésité, citant certains analystes avertis qui ont pu comptabiliser l’effectif du personnel employé par le Premier ministre pour avancer un chiffre pas « en deçà de six cents agents payés chaque mois par le Trésor public aux frais des contribuables congolais » et dont le barème salarial n’est pas connu. « De quoi se faire une idée sur la hauteur de la masse salariale, du reste, non bancarisée », a-t-il appuyé.

Il y a, en effet, des comportements qui, à vrai regarder, révèlent les ambitions poursuivies par certains actes et dans ce cas, même un aveugle peut voir qu’il y anguille sous roche. Mais, pendant que les véritables et lucides économistes se plaignent de la situation du panier de la ménagère, qui ne préoccupe plus certaines personnes dirigeantes, c’est ce genre de comportement que le pays subi pendant plusieurs années.

Des révélations ont été dernièrement faites sur un coulage des salaires du fait de la bancarisation. Le Trésor public aurait perdu, dans le seul secteur de la santé et sous réserve d’autres provinces non visitées par les enquêteurs, plus de deux milliards de francs congolais. À cette allure, rassure-t-on, le scandale s’annoncerait pire, si l’on étend cette étude sur tous les secteurs, même et surtout chez des personnes non bancarisées. Selon cette logique, le dialogue annoncé ne sera pas voulu par beaucoup de personnes, chacun selon ses convictions. Mais, pour les autres, il sonnera la fin des haricots !

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire