C’est une allocution très attendue que Joseph Kabila prononcera ce lundi 14 décembre devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès.

Il s’agit de son ultime discours sur “l’état de la nation”. Depuis le mois de juin 2013, date de la publication du livre d’Evariste Boshab «Entre la révision de la Constitution et l’inanition de la nation», le locataire du Palais de la nation joue au chat et à la souris avec l’opinion. Une opinion qui le suspecte, plus à raison qu’à tort, de vouloir briguer un troisième mandat malgré l’interdit constitutionnel. Une opinion qui espère que l’allocution de ce lundi sera l’occasion pour l’actuel chef de l’Etat de faire une « déclaration forte » de nature à décrisper l’atmosphère socio-politique.

Que va dire Joseph Kabila ce lundi 14 décembre ? C’est la question qui taraude les esprits. Personne n’ose parier sur les thèmes que va aborder le Président sortant. Un Président qui n’a jamais assimilé la règle d’or selon laquelle, un bon discours est tout avant une rencontre entre les idées de l’orateur et les attentes de l’auditoire.

Depuis son accession à la magistrature suprême, il y a bientôt quinze ans, le «raïs» donne l’impression qu’il n’a jamais été à l’écoute des aspirations de la masse. Il a ainsi habitué l’opinion congolaise à des discours soporifiques où il est question d’un Congo plus rêvé que réel. Un Congo à forte croissance macro-économique où coulent le lait et le miel. Et pourtant, les «vrais gens» broient du noir.

Lors de son message à la nation, fin juin dernier, à l’occasion de la commémoration du 55ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance du Congo, Joseph Kabila avait déçu. Et pour cause, l’homme avait parler de tout sauf de ce que les citoyens voulaient entendre. Il rata ainsi l’occasion d’apaiser les esprits en redonnant l’espoir.

A la surprise générale, l’orateur s’est longuement attardé sur les consultations qu’il a amorcées avec les « forces vives » en vue de la tenue d’un «dialogue». Un dialogue pour quoi faire ? « J’ai donc engagé la Nation sur la voie des consultations et, éventuellement, du dialogue afin qu’ensemble, Majorité, Opposition et Société civile, puissent convenir des voies et moyens permettant de surmonter des obstacles qui jonchent la marche vers la troisième série d’élections générales, voulues libres, transparentes et crédibles et aussi apaisées par notre peuple qui avait été privé d’élections démocratiques pendant les 45 premières années de notre indépendance », déclarait-il.

Il a épinglé à cette occasion quatre «obstacles». Primo : le calendrier électoral. Secundo : le financement des opérations électorales. Tertio : l’enrôlement des nouveaux majeurs. Quarto : la sécurisation du vote.

Les observateurs les plus impartiaux peinent à s’expliquer l’activisme dont fait montre le Président sortant à s’occuper de manière pour le moins suspecte aux élections prévues en 2016 alors qu’il ne sera pas éligible.

Se fondant sur le deuxième alinéa de l’article 211 de la Constitution (« La Commission électorale nationale indépendance est chargée de l’organisation du processus électoral notamment de l’enrôlement des électeurs, de la tenue du fichier électoral … »), les mêmes observateurs d’objecter que le calendrier électoral, l’enrôlement des nouveaux majeurs relèvent de la compétence de la CENI. Celle-ci jouit d’ailleurs de la personnalité juridique.

Lors des élections de 2006 et 2011, aucun dialogue n’a été convoqué. Pourquoi le faire maintenant alors que le président en exercice est fin mandat ? Le financement et la sécurisation du processus électoral n’incombent-ils pas au gouvernement central ?

Depuis le mois de mai dernier, un seul sujet est au centre des conversations dans les milieux congolais : le « dialogue ». Aux quatre coins du pays, des marches de soutien sont organisées pour Joseph Kabila . Peut-on imaginer le président Barack Obama, dont le mandat prend fin en novembre 2016, inviter le peuple américain à des discussions afin de préparer des “élections apaisées”? Peut-on imaginer le même scénario pour le Français François Hollande? Comparaison n’est pas raison? Allons donc!

A douze mois de l’expiration du second et dernier mandat de “Joseph Kabila”, celui-ci ne tient debout que grâce à ces “béquilles”. A savoir, la garde présidentielle, l’Agence nationale de renseignements, la police et quelques magistrats véreux du genre Flory Kabange Numbi.

Que voit-on? “Joseph Kabila” et le système qu’il incarne sont vomis par la population. Une population qui assiste à une montée en puissance de l’intolérance politique. Les arrestations et détentions arbitraires ne se comptent plus. Les droits et libertés sont chaque jour restreints. Il y a comme un retour à l’unanimisme. Le retour à la « pensée unique » que les Zaïrois d’alors avaient rejetée lors des consultations populaires organisées de janvier à mars 1990 par le Président Mobutu Sese Seko. Ce rejet avait été renouvelé lors des travaux de la Conférence nationale souveraine (1991-1992).

Ce lundi 14 décembre 2015, Joseph Kabila a l’ultime occasion de redorer son image ternie par l’incurie, les manœuvres dilatoires et autres calculs politiciens dont le but se limite à rester au pouvoir. Rien que pour le pouvoir.

Il s’agit pour Joseph Kabila de trouver les mots justes pour dire aux Congolais qu’il a compris leur aspiration à une autre politique. A un autre destin. Et que son rôle, d’ici au mois de novembre 2016, va se limiter non seulement à maintenir la paix civile mais aussi à mettre à la disposition de la CENI les moyens nécessaires pour l’organisation des élections libres et transparentes.

A défaut de suivre cette démarche empreinte de noblesse et de sagesse, «Joseph Kabila» se condamne à quitter le pouvoir dans le déshonneur. « Lorsque le pouvoir suit l’opinion, il est fort ; lorsqu’il la heurte, il tombe », a pu dire Alfred de Vigny.

Baudouin Amba Wetshi
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