A Bruxelles, Tshisekedi dit « non » à Saïd Djinnit!

Saïd Djinnit n’a pas réussi à plier l’inoxydable Etienne Tshisekedi. L’UDPS est restée intransigeante sur les préalables à la tenue du dialogue convoqué par le président Kabila. Elle campe sur ses positions antérieures en rapport avec l’organisation, l’accompagnement et le suivi de la communauté internationale, en conformité avec l’accord-cadre d’Addis-Abeba de février 2013 qui fixe l’étendue de l’intervention des Nations unies dans la tenue d’un dialogue politique en RDC. A l’UDPS, le ton est une fois de plus monté d’un cran, assorti de nouveaux préalables !

A Kinshasa , un ballotage s’observe concernant la tenue du dialogue politique. Et pour cause ? L’élargissement du front opposé à cette initiative inscrite dans l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Même les parties qui y étaient favorables dès le début ont réservé une fin de non-recevoir à cette initiative que le président Joseph Kabila avait endossée en convoquant le 28 novembre 2015 le « dialogue politique national inclusif ».

Pour justifier sa rétractation, l’UDPS d’Etienne a reproché à Joseph Kabila de s’être arrogé le rôle de juge et partie. Elle renie à ce dernier le droit de définir l’ordre du jour du dialogue et d’en donner une quelconque orientation. En plus, l’UDPS a fait remarquer que le chef de l’Etat, dans son discours à la nation le 28 novembre 2015, a « sciemment refusé de s’engager à respecter la Constitution, notamment pour ce qui est du nombre et de la durée des mandats présidentiels et du respect de l’alternance à l’issue de son deuxième et dernier mandat en 2016 conformément à l’article 220 de la Constitution ».

Dès lors, le spectre d’une impasse se profile à l’horizon. Ces reproches contenus une déclaration de l’UDPS datée du 1er décembre 2015 avait poussé la Majorité au pouvoir à perdre son sang-froid. Dans sa dernière conférence de presse, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, n’avait pas hésité à relever des « contradictions » au niveau de l’UDPS.

Il était donc temps que les Nations unies, qui sont également signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba de février 2013, interviennent en sapeur-pompier. De New York, le secrétaire général de l’Onu tente de sauver le chavirement de du dialogue. Pour y arriver, Ban Ki-moon avait dépêché à Kinshasa son envoyé spécial dans la région des Grands Lacs, l’Algérien Saïd Djinnit. But : essayer, dans la mesure du possible, de rapprocher les points de vue de principales parties au dialogue.

Dans la capitale congolaise, le diplomate onusien a consulté la plupart des acteurs politiques. Toutefois, certaines parties se sont montrées réticentes à l’initiative du secrétaire général de l’Onu. Au nombre de celles-ci le G7. Cette plateforme, qui comprend les 7 partis qui ont quitté dernièrement la Majorité présidentielle (MP), a décliné l’invitation de l’émissaire du secrétaire général des Nations unies au motif qu’elle demeure hostile à toute forme de dialogue, quand bien même celui-ci serait placé sous l’égide la communauté internationale.

L’UDPS campe sur ses positions

Après avoir contacté les parties congolaises à Kinshasa, l’envoyé spécial de Ban Ki-moon devait rentrer à New York pour remettre son rapport à son patron. Mais, sur le chemin du retour, il a fait une escale à Bruxelles. Rien de surprenant quand on sait c’est ici que séjourne depuis plusieurs mois Etienne Tshisekedi, président de l’UDPS. Il avait besoin de faire un tour complet de principaux protagonistes de la crise congolaise.

Saïd Djinnit savait que la tâche ne sera pas facile pour lui à l’étape de Bruxelles. Lundi 7 décembre 2015, il a forcé la porte de l’UDPS dans la capitale belge. Pendant deux heures dans les locaux de l’Union africaine, il a conféré avec le secrétaire national aux Relations extérieures, Félix Tshisekedi, le président du groupe parlementaire, le député Samy Badibanga, et deux proches collaborateurs du président Tshisekedi qui vivent avec lui à Bruxelles.

Comme il fallait s’y attendre, ceux-ci n’ont pas facilité la tâche de l’émissaire de Ban Ki-moon. Au contraire, ils ont rehaussé le niveau de la barre. « L’UDPS ne se sent pas concernée » par le dialogue convoqué par le président Kabila, ont réitéré les plénipotentiaires du lider maximo. Ils ont signifié, sans fioritures, au délégué du secrétaire général de l’Onu qu’à l’UDPS, le dialogue qui tient est celui convoqué et piloté par la communauté internationale.

En clair, l’UDPS estime que le rôle du médiateur est « crucial ». La définition du rôle dévolu au médiateur ou facilitateur « sera déterminant » pour ce parti de l’Opposition qui estime que le facilitateur doit jouer son rôle en amont et en aval. « C’est au facilitateur de mettre en place le comité préparatoire, jouer le rôle central dans la préparation, l’organisation, l’exécution des décisions qui en sortiront », a déclaré un cadre parmi ceux qui avaient pris part à cette réunion marathon.

Comme ordre du jour envoyé à Ban Ki-moon, l’UDPS a monté les enchères en proposant que les points suivants soient absolument inscrits : l’élaboration du calendrier électoral, la correction du fichier électoral suivant les recommandations de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), d’une part. Elle veut aussi qu’il soit dégagé les responsabilités sur le plan technique de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) de même que celles du gouvernement sur le plan politique pour n’avoir pas respecté les prescrits des bilans pluriannuels que lui-même avait élaboré et exécuté sur les élections.

Saïd Djinnit a écouté suffisamment, posant des questions de clarification là où il le fallait. Il a expliqué sa mission telle que tracée par le secrétaire général de l’ONU qui l’a dépêché auprès des acteurs politiques congolais. Il a indiqué que le G7 avait refusé de le rencontrer, en déclinant son invitation. Il leur également déclaré que la Dynamique de l’Opposition lui a signifié son refus de participer à ce dialogue. Toutefois, sa mission consistait donc à rallier un maximum de participants suivant le vœu exprimé par Ban Ki-moon. Il leur a signifié également que le délai lui accordé par le secrétaire général de l’ONU court jusqu’au vendredi prochain, avant qu’il ne tire les conséquences qui s’imposent.

Par LP

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