D’incroyables révélations sur la traque des ADF par la Monusco

Le 29 novembre, une violente attaque faisant de nombreuses victimes dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a été attribuée au groupe musulman ougandais ADF.

Les armes tonnent dans la région d’Eringeti. Dimanche 29 novembre, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), des rebelles ont attaqué un poste de l’armée et de la police congolaises, une base de la mission de l’ONU (Monusco) et un hôpital.

Les assaillants étaient au moins une centaine, dont plusieurs femmes portant le voile islamique. « En termes de nombre, et en termes d’envergure de l’attaque, c’est sans précédent depuis des mois », confie le général français Jean Baillaud, commandant par intérim de la Monusco.

Le bilan fait état d’une vingtaine de morts parmi les combattants : une dizaine d’assaillants, dont trois femmes, quatre militaires et un casque bleu originaire du Malawi de la brigade d’intervention, chargée de lutter contre les nombreux groupes armés de l’Est.

Chez les civils, huit personnes ont été assassinées à la machette. « Quand on tue (…) un enfant de 2 ans, quand on achève des blessés dans un hôpital, quand on brûle un hôpital, c’est quoi ? C’est du terrorisme. Il n’y a pas d’autre mot », a déclaré à la presse le général Baillaud.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a condamné les exactions et réaffirmé la volonté de la Monusco de réduire les poches rebelles.

 

L’ADF, FINANCÉE PAR UN LUCRATIF TRAFIC DE BOIS

Les habitants plaidaient pour des offensives musclées ; la riposte de la force de maintien de la paix, qui a engagé ses hélicoptères de combat et l’armée, a été « à la hauteur de la barbarie » des rebelles, a estimé Feller Lutaichirwa, vice-gouverneur de la province du Nord-Kivu, qui s’est rendu dans la région avec le ministre de la décentralisation, Salomon Banamuhere.

Le mode opératoire des combattants rappelle celui des massacres ayant fait environ 450 morts depuis octobre 2014 dans le territoire de Beni, où se trouve Eringeti.

Ces tueries sont attribuées à la rébellion musulmane ougandaise des Forces démocratiques alliées (ADF), présente dans l’Est congolais depuis 1995 et placée en 2001 sur la liste américaine des organisations terroristes.

Son chef, Jamil Mukulu, est un chrétien converti à l’islam, arrêté en avril en Tanzanie, et extradé en septembre en Ouganda, son pays de naissance, où il attend son procès.

Notamment financée par un trafic de bois lucratif, l’ADF est très implantée au sein de la population locale. En 2005 et 2010, elle a été la cible d’offensives d’envergure et, depuis 2014, elle essuie régulièrement des frappes. Comment résiste-t-elle ?

DANS SES RANGS, DES SOMALIENS, DES KÉNYANS OU ENCORE DES TANZANIENS

L’ADF possède une « extraordinaire résilience qui tient à sa position géostratégique, son insertion dans l’économie transfrontalière et la corruption des forces de sécurité » congolaises et ougandaises, résumait, fin 2012, le groupe de réflexion International Crisis Group.

En outre, l’ADF, qui s’astreint au maximum à rester proche de la frontière ougandaise, manie l’art de la « mutation » afin de mieux s’adapter à ses ennemis, souligne le général Baillaud. Ses membres circulent en uniforme de l’armée ou en civil et sont capables de « s’imbriquer dans des opérations » des forces loyalistes congolaises.

Pour vaincre l’ADF jusqu’à la racine, « il va falloir de la patience » et, surtout, que la réponse militaire soit accompagnée de réponses politiques, économiques, sociales et internationales, insiste l’officier supérieur français.

Selon la Monusco, les corps des assaillants tués le 29 novembre révèlent que l’ADF compte dans ses rangs des Somaliens, des Kényans ou encore des Tanzaniens.

UNE STRATÉGIE DORMANTE

La société civile congolaise clame que les islamistes somaliens chebabs, auteurs d’attentats sanglants dans leur pays et sa région, collaborent avec l’ADF. « Mais aucune preuve n’atteste d’un tel lien », commentent pour leur part des experts de l’ONU, dans un rapport publié en octobre.

Reste que l’armée congolaise et la Monusco ont été surprises par la force de feu des rebelles. Ils ont tiré au mortier, au lance-roquettes, avec des mitrailleuses, et disposaient d’un stock impressionnant de munitions.

« Soit ils ont caché leur jeu » et ont adopté une « stratégie dormante », soit ils ont reçu des « renforcements », commente le général Baillaud. La thèse des renforts semble privilégiée. Ce qui laisse planer deux questions : qui ravitaille l’ADF, et pourquoi ?

 

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