Kabila sur les traces de Sassou

Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Ngouesso a d’abord organsié un référendum constitutionnel avant de préconiser un dialogue, alors du côte « Zaïrois », Joseph Kabila prône un dialogue, avant une éventuelle modification de la constitution.

Le président Joseph Kabila veut engager un dialogue politique devant inclure toutes les composantes à savoir la majorité, l’opposition et la société civile. Ce dialogue s’articulera autour de cinq points essentiels à savoir la révision ou pas du fichier électoral, la révision du calendrier électoral, la sécurisation du processus et la mise en place d’une sorte de code de bonne conduite, le financement des élections et enfin le rôle de la communauté internationale de la part de laquelle le président ne veut « pas d’ingérence », même s’il n’exclut pas, le cas échéant, « le recours à une facilitation internationale ». Et comme il a les idées suffisamment claires sur son propre chronogramme, il souhaite engager ce dialogue « d’ici la fin du mois de novembre ».

Le maître de Kinshasa fait des pieds et des mains pour se maintenir à la tête de l’Etat congolais

Initiative noble et louable s’il en est, du moins si l’objectif du président Kabila est de rechercher un consensus, pour éviter à son peuple, les tourments que d’autres peuples ont vécus, suite à l’insuffisance du dialogue entre protagonistes de la scène politique. Mais quand on observe les réserves d’une partie de l’opposition qui ne voit pas la nécessité d’un tel dialogue, et l’insistance d’une autre sur la participation de la communauté internationale, il y a lieu de croire qu’il y a non seulement un déficit de confiance entre Kabila et son opposition, mais aussi que Kinshasa est en train de réunir les ingrédients de la crise de Brazzaville, juste de l’autre côté du fleuve Congo. En cela, Kabila serait sur les traces de Sassou qui avait, lui aussi, commencé par un dialogue prétendument inclusif ayant abouti à son fameux référendum qui lui a permis de sauter tous les verrous constitutionnels qui l’empêchaient de briguer un troisième mandat. Oui, la question de fond qui divise aujourd’hui les Congolais, est bien celle de l’avenir politique du président Kabila, à l’issue de son deuxième et dernier mandat constitutionnel en 2016. Pour l’opposition, « si Joseph Kabila annonce qu’il ne se présente pas et qu’il respectera la Constitution, la situation va immédiatement se décrisper ».Dans ces conditions, pas besoin de dialogue. Mais tout porte à croire que le maître de Kinshasa fait des pieds et des mains pour se maintenir à la tête de l’Etat congolais, au-delà de ses deux mandats. Surtout que certains de ses pairs africains ont réussi leur passage en force, avec les conséquences que l’on sait. Il y a donc des signes qui ne trompent pas. En effet, depuis que la maladie de la « tripatouillite » est entrée dans le cercle des chefs d’Etat en Afrique, beaucoup ne font rien pour se protéger de « la maladie du troisième mandat ». Bien au contraire, certains préfèrent s’exposer au mal quand ils ne le recherchent pas de façon frénétique. Ces chefs d’Etat s’engagent alors sur les chemins périlleux des révisions constitutionnelles, dans une mise en scène nauséeuse qui ne les gêne pas le moins du monde aux entournures. Sont de ceux-là,  le Burundais Pierre Nkurunziza qui ne s’est même pas embarrassé d’un quelconque dialogue et plus récemment le Congolais Denis Sassou Nguesso qui a poussé le ridicule jusqu’à se faire voter une amnistie pour se consacrer une impunité totale. Sans oublier le Rwandais Paul Kagamé qui, en ce moment dans les starting-blocks, attend de leur emboîter le pas.

C’est le destin de la RDC qui se joue avec l’amorce de ce dialogue politique que veut engager le président Kabila

Et si, comme tout porte à le croire, Kabila doit s’engager sur le même chemin, l’on peut aisément prédire que son dialogue débouchera sur une impasse et qu’il sera ensuite fait appel à l’arbitrage du peuple. Ce serait la seconde étape du processus de son maintien au pouvoir et il y a lieu de parier que ce maintien sera réalisé. Car, généralement en Afrique, on n’organise pas des élections pour les perdre. En témoigne le score stalinien de 92,96%  avec un taux de participation de 72% selon les chiffres officiels, obtenu par son aîné Sassou Nguesso à « son » récent référendum, malgré la forte abstention et le peu d’engouement des électeurs. Ce n’est pas pour rien que les Burkinabè n’ont même pas laissé de chance au référendum de se tenir. L’exilé d’Abidjan s’en serait certainement tiré avec un plébiscite, malgré la foule immense de Burkinabè  qui manifestait son hostilité à son projet de maintien au pouvoir. Blaise Compaoré, c’est sûr, serait aujourd’hui encore confortablement assis dans son fauteuil à Kosyam. Et une fois le forfait accompli, l’utilisation excessive de la force publique aurait droit de cité. Sans oublier les menaces et autres pressions de toutes sortes sur les leaders de l’opposition et de la société civile. C’est ce qui s’est passé hier à Kinshasa, avec cette répression qui s’est abattue sur une centaine de manifestants hostiles à la volonté de Kabila de se maintenir au pouvoir. En tout état de cause, c’est le destin de la RDC qui se joue avec l’amorce de ce dialogue politique que veut engager le président Kabila.  Au vu du désastre que vit le Burundi et de l’avenir incertain du Congo Brazzaville, il faut souhaiter que ce dialogue en RDC soit véritablement inclusif et sincère, et qu’il permette aux Congolais de s’entendre sur l’essentiel en dégageant un consensus pour sauver la République. Mais si Kabila cherche à ruser avec son peuple, la communauté internationale doit se préparer à jouer les pompiers de service, car, c’est connu,  les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

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