Comme le laboureur du prévenant M. La Fontaine trois siècles avant lui, Mobutu Sese Seko, sentant venir la mort avait appelé à son chevet tous ses proches pour leur communiquer ses denières volontés.
En cette précise occurrence, Bobi Ladawa son épouse, Fangbi son beau-frère et frère de cette dernière, Mobutu Kongolu alias Saddam Hussein, Manda Mobutu, Nzanga Mobutu et Jean-Pierre Bemba son gendre avaient formé le dernier carré des proches parents à avoir écouté et pris acte des dernières volontés de celui qui, faute de maîtriser les événements de la vie, s’était tout de męme résigné à les subir, la mort dans l’âme ! Seti Yale, le discret mais combien efficace et envahissant argentier du maréchal et son fidèle homme de main avait également assisté à cette lugubre veillée d’arme autour de l’ancien maître du Zaïre devenu candidat au trépas ! Pour la circonstance et à l’instar du laboureur de la fable, ce dernier avait tenu à ses proches les propos sybillins que voici, qui éclairent d’un jour nouveau la situation de guerre que vit la République démocratique du Congo depuis quatre ans.

« Je m’étais résolu à mourir en tant que président en titre de la République, leur avait-il dit. Hélàs, les circonstances en ont décidé autrement : ce méchant Kabila m’a dépossédé de mon pouvoir et, ce faisant, il nous a contraints à finir nos jours en exil. Au moment oů je vous parle, a-t-il renchérit, il ne me reste encore que quelques jours, voire quelques heures avant de mourir en tant que ex-président de la République ! C’est intolérable, c’est inadmissible : vous devez venger ce déshonneur ! Vous devez récupérer notre pouvoir, corriger les erreurs là oů j’ai pu les commettre, afin de pérenniser la main mise de ma lignée sur le pouvoir dans ce pays »! C’est à peu de chose près le discours « ante mortem » que le maréchal du Zaïre aurait tenu à Rabat lorsqu’il a senti la terre se dérober sous ses pieds.

J-P Bemba plutôt que Mobutu Kongolu !

Les déboires endurés dans ces lointaines contrées d’exil, les errances incessantes d’un coin à l’autre de l’Afrique ou quelques fois de l’Europe n’ont attiré aux dinausores du système mobutiste que des sentiments de mépris sinon d’indifférence affichée, à cause de toutes les turpitudes dont ils se sont rendus coupables tout au long d’un règne désastreux qui n’en finissait pas de tirer en longueur. La situation créée par la fuite du dictateur et de ses hommes avait réjoui le peuple qui a été paupérisé à souhait par ces vautours. D’ailleurts, le peuple congolais qui boit aujourd’hui jusqu’à la lie le calice de la misère rempli par ces hommes estiment que ceux-ci méritent bien le sort qui est devenu le leur, comme par un juste retour des choses ! Mais, aussitôt que la route de l’exil a été empruntée par les prédateurs du parti-Etat, ce peuple était malheureusement loin de se douter que Mobutu et les siens avaient projeté de reconquérir le pouvoir perdu, et que le testament de Rabat contenait les germes de la perpétuation de ses malheurs !

Pour cette sale besogne d’accomplissement des dernières volontés du macchabée présidentiel, on attendait le sinistre capitaine « Saddam Hussein ». Hélàs, on a plutôt vu venir Jean-Pierre Bemba, lié au défunt par les liens de l’alliance en raison de son mariage avec l’une des filles que Mobutu a eue en seconde noce avec Bobi Ladawa.

Cette usurpation de rôle n’avait pas rencontré, semble-t-il et non sans raison, l’assentiment d’un grand nombre de ressortissants de la province de l’Equateur – et le Cardinal Frédéric Etsou est du nombre, dit-on, qui redoutaient que leur province ne devienne un vaste champ de combats, à tout le moins le théâtre de probables exactions, vols, viols et tueries inimaginables de leurs filles, femmes et mères. D’autant plus que l’exécuteur testamentaire des dernières volontés de Mobutu avait pris la liberté d’obtenir le parrainage du président ougandais Yoweri Museveni pour arriver à ses fins. On sait aujourd’hui que les sages Equatoriens n’avaient pas totalement tort dans leurs prémonitions. En effet, la soldatesque de Mobutu récupérée par Jean-Pierre Bemba à Brazzaville oů elle s’était réfugiée après l’entrée à Kinshasa des troupes de l’Afdl, en a fait voir de vertes et de pas műres aux populations locales qu’elle a eues à rencontrer sur son passage dans les zones sous son occupation ! Certes, le leader du Mlc se croit investi de la mission de restaurer le mobutisme, ce qui du reste justifie la nombreuse présence autour de lui des anciens dignitaires du régime défunt, mais l’appât du gain facile consécutif aux pillages effrénés des ressources naturelles trouvées en Ituri a davantage aiguisé sa frénésie pour la reconquęte du pouvoir maréchaldesque, afin de le distribuer aux anciens thuriféraires de Mobutu, aujourd’hui dans le manque.

Mal payés quand ils peuvent l’ętre quelques fois oů cela a pu se faire, les soldats de Jean-Pierre Bemba traînent derrière eux la sale réputation de tueurs et de violeurs invétérés. On les a vus à l’oeuvre tout récemment en République Centrafricaine, plus exactement à Bangui oů ils sont allés à la rescousse du pouvoir vacillant du président Ange-Félix Patassé: les dégâts qu’ils y ont commis sont à la mesure de la renommée qu’ils se sont faite. Et ce sont ces criminels de grand chemin que le Mlc s’appręte à apporter dans la corbeille de la réconciliation nationale, pour fusionner dans ce que d’aucuns voudraient voir devenir la future armée congolaise! On doit pouvoir craindre, sans peur de se tromper, que rien qu’à penser à ce schéma sur le plan militaire, on peut déjà savoir de quoi demain sera fait dans ce pays oů certains croient détenir sur eux le titre de propriété cadastrale sur la République démocratique du Congo. Les J-P. Bemba et certains barons impénitents du mobutisme en sont de ceux-là ! Mais il leur sera difficile de rallier le peuple à leur myopie politique, Accord global et inclusif ou pas !

Parce qu’il est avéré que derrière cet Accord se cachent bel et bien des agendas politiques qui n’augurent nullement d’un printemps calme pour ce pays. Loin s’en faut !