Etienne Tshisekedi bientôt à Kinshasa!

Cadre de la première heure, Secrétaire général adjoint chargé des questions politiques et juridiques, et porte-parole de l’UDPS, Bruno Tshibala évoque la situation qui règne dans son parti et des enjeux politiques de l’heure, notamment les démarches en vue du Dialogue national.

Toutes les analyses politiques concordent quant aux tumultes qui plombent la marche de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) en ce moment où bouillonne le microcosme politique national alimenté par l’épouvante de l’inexorable marche du pays vers les élections de 2016, mais aussi les enjeux de la mise en place de nouvelles provinces, l’organisation des élections à la base, etc.

L’UDPS, c’est aussi l’exclusion du Président Etienne Tshisekedi du parti, et l’impression d’un cafouillage dans la marche du parti dont la position est livrée par plusieurs langues à la fois.

Pour en savoir davantage, la Nouvelle République a approché, pour ses nombreux lecteurs, Bruno Tshibala, Secrétaire général adjoint chargé des questions politiques et juridiques, et porte-parole du parti.

Entretien

La Nouvelle République : Quelle est la santé du parti, aujourd’hui terrassé par une crise profonde ?

Bruno Tshibala : Il n’y a pas de crise au sein de l’UDPS ; il faut reconnaître tout simplement l’agitation de quelques aigris qui n’ont pas digéré le mouvement des cadres opéré par la direction du parti dans le cadre du fonctionnement normal de ses structures.

Les 25 signataires de la fameuse lettre de la prétendue révocation du Président Etienne Tshisekedi ne sont pas de hauts cadres du parti, ils relèvent du département Extérieur de l’UDPS et ont eu de problème avec la Direction de l’UDPS.

Ils ont alors choisi cette formule pour exprimer leur aigreur dont la matrice est de n’avoir pas été reçue par le Président du parti, en séjour médical en Belgique.

L’UDPS serait-elle hostile à l’expression d’un point de vue différent en son sein ?

De toutes les façons, quel que soit le problème, il existe un cadre approprié élaboré par les statuts pour exprimer ses préoccupations. Dans le cas d’espèce, le IIème Congrès du parti prévu en décembre prochain se prête à recevoir toutes les doléances en rapport avec la marche du parti.

Les 25 ont déjà décrété l’exclusion du président du parti, ne craignez-vous pas que cette crise soit fatale pour l’UDPS ?

Ecoutez, l’article 26 des statuts a déjà réglé la question. Il stipule qu’en cas de démission, empêchement définitif, expiration du mandat…c’est un directoire, composé du Secrétaire général du Parti du Président de la Convention démocratique de notre parti, qui convoque les 30 jours le congrès pour statuer sur la question.

Les 25 parlent de mini-conclave. C’est prévu dans quel texte légal? Il est malhonnête d’affirmer que le Président Tshisekedi ne contrôle pas la situation ; le parti se porte très bien, le président aussi.

D’ailleurs, il a repris avec les activités sportives, notamment la marche (jogging) et la boxe sur sac.

Le Président Tshisekedi a repris le jogging et la boxe sur sac

Pourquoi l’UDPS ne tolère-t-elle pas la contradiction, notamment sur la question du Dialogue politique en gestation ?

Il faut respecter l’esprit du parti, surtout lorsqu’il s’agit d’une question de haute portée politique.

C’est depuis décembre 2011 que le président avait sollicité la résolution par le dialogue, de la crise qui vient de naître.

Comme il l’a rappelé lors de son message à la Nation à l’occasion des 55 ans d’indépendance du pays, le dialogue est inscrit dans l’ADN des Congolais. C’est le moyen loyal par lequel on règle les conflits éventuels qui naissent au sein de la communauté.

Par ailleurs, l’UDPS avait adopté la Non-violence comme le conducteur de son combat politique; nous restons donc attachés au dialogue politique, sous médiation internationale, pour régler le conflit en cours et trouver un consensus en vue d’un processus électoral apaisé.

Comment jugez-vous alors la position des autres ?

La question est simple qu’est-ce qu’ils proposent comme alternative, ceux qui sont opposés au dialogue? Il n’y a pas que ces 25 frondeurs, il y a aussi ceux qui se réclament de l’opposition interne, ceux que nous qualifions d’opposition de la chaise pleine à résultat zéro ».

Vous vous accrochez  à la médiation internationale. N’est-ce pas offrir aux Occidentaux l’opportunité de pénétrer jusque dans nos chambres ?

Nous avons une analyse différente. Nous pensons que lorsque deux frères sont en conflit, recourir à une personnalité neutre serait une vertu, une garantie de sécuriser et de préserver les intérêts des deux parties. Ici nous suggérons de recourir à un Africain.

Ne pourra-t-on pas le récuser une fois ses intérêts profonds menacés par la justice du médiateur ?

Cette fois-ci, la situation est différente. Il y a un camp du pouvoir, avec le Président Joseph Kabila en tête, et un camp d’opposition, avec Etienne Tshisekedi comme guide pour palabrer.

Tel que vous schématisez, quelle est la place des autres partis politiques de l’Opposition dans le jeu politique qui doit conduire au dialogue?

Les autres ne comprennent pas l’origine de la crise actuelle.

Tout est par des élections de 2011. Vous savez, c’est Vital Kamerhe, pas l’UDPS, qui est allé  contester la victoire du Président Joseph Kabila à la Cour suprême de justice. Il existe une jurisprudence en cette matière. Au plus fort de la crise angolaise, Monsieur Edouardo Dos Santos s’est retrouvé en Zambie face à Jonas Savimbi, sans la présence d’autres acteurs politiques qui existaient pourtant. Il en est de même de Monsieur Denis Sassou Ngouesso qui avait pris langue directement avec Bernard Kolelas.

Il est question de bien situé l’origine de la crise et d’y appliquer la thérapeutique appropriée.

Quelle est alors la place de la société civile et d’autres forces sociales attendues pour ce dialogue ?

Il faut retenir qu’il y a bipolarité dans ce jeu. La société civile est partagée entre les pro pouvoir et les pro opposition; il en est de même des regroupements des femmes, des mouvements religieux. Chaque force sera ainsi coptée par le camp auquel elle s’identifie; le jeu sera facile.

Qui donne le vrai point de vue de l’UDPS. Il y aurait amalgame avec Félix Tshisekedi, maman Marthe…

C’est Bruno Tshibala, ayant remplacé Joseph Kapika. Affirmer que Maman Marthe veut interférer dans les affaires du parti, cela relève des rumeurs.

Elle se limite à ce qu’elle peut faire en tant qu’épouse, quand bien même elle est membre du parti.

Soyons honnêtes, Etienne Tshisekedi n’est pas un homme malléable, influençable à souhait; la famille biologique du Président n’est pas aussi puissante qu’on le croit. Félix Tshisekedi s’exprime en tant que secrétaire national en charge de la diplomatie.

Comment entretenez-vous les relations avec les autres partis et surtout, comment comptez-vous gérer les ambitions des uns et des autres?

La gestion des alliances est très importante, chacun compte; il faut préciser cependant que chacun doit se garder de la gloutonnerie.

Le Sénat, les Assemblées provinciales ont eu à glisser… le dialogue ne conduira-t-il pas à un autre glissement ?

Nous sommes stricts sur le respect des délais constitutionnels.

Dans l’intérêt  du pays, il ne serait pas bon de déboucher sur le glissement, qui se présente comme la confiscation du pouvoir.

Nous croyons que l’alternance va servir de sève à la jeune démocratie congolaise; nous espérons une passation civilisée de pouvoir en 2016.

Quelle considération avez-vous pour les élections à la base ?

Nous acceptons les élections à la base, mais il persiste une interrogation quant à leurs conditions. Les élus à sortir de ces élections auraient-ils été budgétisés dans le canevas de 2015 ? C’est plusieurs milliers de personnes supplémentaires à payer régulièrement; nous pensons que le retard est consommé, pour autant, nous dévons nous garder d’enjamber des étapes. Il importe de commencer par budgétiser.

Votre opinion sur la mise en place de nouvelles provinces ?

Qui trop embrasse, mal étreint. Il ne faudrait pas qu’en voulant résoudre un problème, on en crée d’autres. On est allé trop vite, on enjambe des étapes. N’oubliez-pas, en dehors des réalités, il n’y a pas de politique qui vaille !

A quand remonte votre adhésion à l’UDPS ?

Je n’ai pas adhéré à l’UDPS, je fais partie de la poignée des fils du pays qui ont pris leur courage en mains pour fonder le parti en 1982.

J’appartiens à la catégorie de non parlementaires qui ont fait jonction avec les 13 parlementaires signataires de la lettre ouverte de décembre 1980 adressée à Mobutu.

Vous avez lutté pendant des années, même au moment où le pouvoir de Mobutu était au top, n’aviez vous pas peur d’y laisser votre peau ?

Je suis un homme de convictions attaché à des principes laborieusement élaborés.

Pour moi, lorsqu’il y a lutte, il y a sacrifice et la mort est chose fréquente. Mourir pour la cause du peuple, pour l’intérêt du peuple, c’est donner à la mort sa vraie signification.

Ça fait 35 ans que je suis au combat sans craindre ce qui peut m’arriver; je suis un combattant de la liberté et de la cause du peuple.

Auriez-vous de modèles ?

Mandela, Tshisekedi, Jaurès, Olof Palme, Mitterrand et De Gaule.

Auriez-vous un mot de la fin ?

Je salue la renaissance de la Nouvelle République, un journal de qualité technique supérieure qui renvoie aux quotidiens européens et de l’Afrique occidentale.

De mieux en mieux, je salue votre option d’avoir ouvert vos colonnes aux deux camps : pouvoir et opposition.

Tshibambe et Angeny/La Nouvelle République

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