Aux yeux de Martin Kobler, Représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en République Démocratique du Congo et de Tom Perriello, Envoyé spécial du président américain dans la région des Grands Lacs, les législatives et la présidentielle de 2016 sont plus importantes. Kinshasa l’entend-t-elle de cette oreille ? Décryptage.

Deux propos identiques, mais prononcés à des milieux différents. Le mercredi 25 août, à la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis, Tom Perriello, envoyé spécial de Barack Obama dans la région des Grands Lacs a insisté qu’il est important que les deux élections les plus importantes se tiennent dans un climat apaisé et pacifique, conformément au délai du calendrier électoral de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le même jour, au cours de la conférence de presse hebdomadaire de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUCO), Martin Kobler, Représentant spécial de Ban Ki-Moon en République Démocratique du Congo a, lui aussi, utilisé les mêmes mots : « Il est très important que les deux élections se tiennent » conformément au délai édicté par le calendrier électoral. En effet, le discours de la communauté internationale reste inchangé au regard de l’alternance politique en RDC. Le successeur de Russ Feingold a campé sur la position de son prédécesseur, à savoir : le respect de la Constitution. Pour lui, cela est un élément extrêmement important pour tout pays. Les élections, dans l‘entendement américain, ne se limitent pas seulement au jour du vote. Elles sont plutôt un processus complet dont toutes les étapes doivent être – scrupuleusement respectées. Et Martin Kobler, de son côté, de tacler : «Notre position est très claire. Les législatives et la présidentielle doivent être respectées en 2016 ». Un discours que Kinshasa n’entend visiblement pas de cette oreille.

Car, depuis quelques mois, certains partisans de la mouvance présidentielle, y compris des officiels, prônent le troisième mandat de Joseph “Kabila. Sous peu, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, ministre en charge des Relations avec Parlement revenait d’une croisade médiatique internationale où il a distillé le discours d’un troisième mandat de Joseph Kabila. Une déclaration qui a sus cité un tollé général au sein de de l’opinion nationale et internationale.

Depuis près d’un mois, la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC) a lancé une sorte de campagne médiatique pour sonder l’opinion sur les réalisations de l’actuel locataire du Palais de la Nation, ouvrant par fois la brèche sur un impératif de le voir continuer ses œuvres. Une attitude qu’a fermement condamnée l’Association africaine des droits de l’homme (Ashado). Son président, Jean-Claude Katende, a même adressé une lettre ouverte au chef de l’Etat pour dénoncer une instrumentalisation des médias publics par les partisans du troisième mandat et également dire son opposition à son éventuel troisième mandat, jugé anticonstitutionnel.

Pendant ce temps, à la Ceni, les choses semblent tourner à rond. Le calendrier électoral sur lequel la communauté internationale mise, risque d’être atomisé. Cette institution prévoit déjà de convoquer les partenaires politiques ainsi que la Société, civile pour étudier la possibilité d’élaborer un nouveau calendrier. Un éternel recommencement qui, le Jour-J, risque de mettre le pays devant un fait accompli. «C’est la stratégie du pourrissement », lancent certains opposants politiques.

Au regard du tableau peint par les récents évènements « pro-troisième mandat », l’autorité morale de la Majorité présidentielle n’aurait visiblement pas encore intériorisé les appels au respect du délai de la présidentielle couplée aux législatives du 28 novembre 2016. A moins que le temps et les évènements à venir fassent changer d’avis au Raïs.

Par CONGO NOUVEAU