Le Pape François sauvera-t-il Denis Sassou Nguesso, le fossoyeur du Cardinal Biayenda ?

Pour une fois, très certainement, privé de ses habituelles vacances à Marbella, notre Dictatueur concentre toute son attention sur deux évènements à venir : les prochains Jeux Africains à Brazzaville et la visite du Pape François au Centrafrique.

Pour le premier, son pire défi sera de museler la presse internationale. A défaut de pouvoir faire taire les journalistes, il achètera vraisemblablement les médias qui les emploient. Mais, même avec tous les moyens financiers dont il dispose, cela ne sera pas évident. Comment cacher les contrastes entre l’immense richesse de quelques-uns et l’immense pauvreté de tous les autres ? De plus, comment son interdiction de tout rassemblement de plus de trois personnes, héritée de l’apartheid sud-africain, pourra s’accommoder de l’ambiance festive qui va de pair normalement avec ce genre d’évènement… ?Et pour terminer, l’organisation pécétiste sera-t-elle à la hauteur requise pour un bon déroulement de ces jeux ? Rien n’est moins sûr !

Hélas, les voyages d’un pape à l’étranger sont minutieusement programmés longtemps à l’avance et rien ne pourrait venir en modifier le déroulement. La seule exception connue, qui vient en confirmer la règle, fut le pèlerinage de Jean-Paul II en Afrique, du 2 au 12 mai 1980. Il devait le conduire au Zaïre, au Kenya, au Ghana, en Haute Volta (avant qu’elle ne devienne le Burkina Faso) pour se terminer en Côte d’Ivoire. Celui qui avait réussi alors ce tour de force, cet exploit, fut le marxiste Denis Sassou Nguesso. Il avait été aidé alors par ses lobbyistes français et italiens, mais aussi par le déjà incontournable et très influent Archevêque de Bangui (1970-2003) : Monseigneur Joachim N’Dayen.

Pourtant, trois années s’étaient à peine écoulées depuis les assassinats, de mars 1977, de militaires et de civils dont ceux de Marien N’Gouabi et d’ Alphonse Massemba- Débat. La mort du Cardinal Emile Biayenda, enterré vivant, relevait davantage du sacrifice humain et du rite mystique ; signal de la prise de pouvoir du Mal sur le Bien et du plongeon de tout un pays, guidé par l’envoyé du diable, au plus profond des ténèbres.

Jean Paul II avait-il relevé le défi d’exorciser Denis Sassou Nguesso, comme le Cardinal Emile Biayenda avait réussi à remettre Marien N’Gouabi dans la voie de la foi au début de 1997 ? Rappelons-nous que la République Populaire du Congo, pays communiste avait seulement établi le 1er Janvier 1977 des relations diplomatiques avec l’Etat du Vatican.

Trente cinq années se sont écoulées depuis que le Pape Jean Paul II avait consenti à faire un détour de quelques heures à Brazzaville, un 5 mai 1980. Elles n’ont pu arrêter ni même ralentir le cycle infernal dans lequel notre Congo martyrisé a été pris au piège. Pourtant le Pape polonais avait eu le courage d’aller à la rencontre des assassins du Cardinal et de les braver. Mais ce Saint Père comme tous les autres religieux, civils et militaires, n’a su prendre la véritable mesure des pouvoirs diaboliques de Denis Sassou Nguesso ni du rôle qu’il joue dans la prolifération du Mal dans son pays, en Afrique et dans le reste du Monde.

Le  voyage du Pape Francesco à Bangui était donc, depuis longtemps, espéré et attendu à… Brazzaville. Sassou Nguesso dans son illumination de recevoir un jour le prix Nobel de la Paix, qu’il pense pouvoir acheter avec l’argent qu’il vole à l’Etat, œuvre sans cesse à la venue du souverain pontife sur le lieu du martyr du Cardinal Emile Biayenda. Il ne s’agit pas seulement pour le dictatueur de se blanchir de toute responsabilité dans ce crime abominable ; il veut également recevoir la reconnaissance papale pour ses interventions crapuleuses d’incendiaire et de corrupteur de toute la classe politique centrafricaine dans un semblant de paix qui sera toujours bancale tant qu’il restera à la tête du Congo.

L’apogée de cette visite serait alors une messe célébrée dans le nouveau stade construit à crédit par la Chine pour les Jeux Africains. Une gifle qu’il pensera infliger « au demi-kenyan », Barack Obama, comme il l’appelle, et au président François Hollande dont il souhaite ardemment l’échec en 2017 ; tous deux exigent de Sassou Nguesso qu’il respecte sa Constitution et qu’il quitte le pouvoir en 2016.

L’incurie romaine ainsi que les habituels relais corrompus devraient la permettre en s’appuyant sur l’amnésie du  sacrilège, la cécité dans le pardon face à la culpabilité véritable et la surdité aux appels lancés de toutes parts à couper tous les liens avec la créature diabolique qui sévit en Afrique Centrale.

Ainsi, ignorants ou crédules, cupides ou intéressés, du côté français s’affairerait l’Abbé de la Morandais, très proche de Vincent Bolloré toujours reconnaissant pour le Port de Pointe Noire et le CFCO qu’il a reçus de Sassou Nguesso ; côté italien l’incontournable et mouillé jusqu’au cou dans la dictature congolaise, Claudio Descalzi, patron d’ENI, avec son semble-t-il maintenant obligé Matteo Renzi, Premier Ministre italien. Ce dernier aurait-il avec ses homologues français, Manuel Valls, et belge, Charles Michel, constitué une association « des jeunes premiers ministres admirateurs de vieux dictateurs africains » ?  Tous ont leurs entrées et relais au Vatican et entretiennent l’espoir de voir le Pape François fouler la terre congolaise au côté de Denis Sassou Nguesso ; la même terre qui ôta la vie de notre Cardinal en l’étouffant et avec le même homme qui était alors présent sur les lieux de son calvaire la nuit du 22 mars 1977.

Nul ne peut présumer de ce qui sera dit à Bangui durant le prochain séjour du Pape François. Sera-t-il suffisamment informé et prévenu pour ne pas remercier le pyromane-pompier du conflit centrafricain, Denis Sassou Nguesso ? Mais ne pas le glorifier et ne pas se rendre à Brazzaville ne sera pas suffisant : cela fait plus de trente huit ans maintenant que le souvenir lumineux du Cardinal Emile Biayenda lutte contre l’oubli, lui qui a voulu s’ériger par son sacrifice comme un rempart à la barbarie pour le salut de ses frères et de sa patrie.

Bien avant que Monseigneur Barthelemy Batantu, Archevêque de Brazzaville, introduise à Rome, en 1996, la cause en béatification et en canonisation du Cardinal Emile Biayenda, le Pape Jean-Paul II, dans son discours à la Cathédrale Sainte-Anne de Brazzaville le 5 mai 1980, avait reconnu de fait l’évidence de celles-ci. Point besoin d’aller fouiller dans les archives poussiéreuses du Vatican, le miracle d’internet s’accomplit chaque jour. Extrait :

Dans l’histoire du Congo se sont dressés déjà des témoins fidèles, fidèles à leur Dieu, fidèles au message évangélique, fidèles à l’Église universelle et à l’enseignement du Pape. Je veux rendre grâce aussi pour eux tous, et spécialement pour l’exemple laissé par le cher et vénéré Cardinal Emile Biayenda. Sa disparition tragique vous a fait pleurer un père. J’ai pleuré moi-même un frère très aimé. Je viens le pleurer et prier ici, sur sa tombe, au milieu de vous, avec vous, sûr que si le Christ a désiré qu’il fût désormais auprès de lui, c’est que sa place était prête pour l’éternité, et qu’il peut ainsi mieux encore intercéder pour vous et pour sa patrie. En ce sens, son ministère pastoral se poursuit à votre service. Béni sois-tu, Seigneur, de nous avoir donné ce Pasteur, ce fils de là Nation Congolaise et de l’Église, le Cardinal Biayenda!

Les mots du regretté Jean-Paul II, « sûr que si le Christ a désiré qu’il fût désormais auprès de lui, c’est que sa place était prête pour l’éternité » résonnent encore dans la Cathédrale brazzavilloise comme une promesse non tenue. Et sa prière «…qu’il peut ainsi mieux encore intercéder pour vous et pour sa patrie »  pour s’accomplir semble suspendue à sa canonisation.

« En ce sens, son ministère pastoral se poursuit à votre service. Béni sois-tu, Seigneur, de nous avoir donné ce Pasteur, ce fils de là Nation Congolaise et de l’Église, le Cardinal Biayenda! »

Plus que jamais le peuple congolais a besoin de la lumière du Cardinal Emile Biayenda. Elle doit sortir de l’oubli dans laquelle on la contient, sciemment ou inconsciemment, depuis trop longtemps. Martyr avant  Monseigneur Oscar Romero et avant le  Père Jerzy Popieluszko, il attend toujours de les rejoindre et d’entrer dans la grande lumière du martyrologue romain avec la canonisation promise, nous venons de le lire, par Jean-Paul II.

Cardinal Emile Biayenda Santo Subito. Cela n’a que trop tardé ! L’injustice n’est pas seulement congolaise. Cardinal Emile Biayenda Santo Subito, l’injustice est ressentie à l’échelle de l’Afrique Centale. Cardinal Emile Biayenda Santo Subito, l’injustice est supportée par le continent noir, « trop noir ? », tout entier.

Massimo Taparelli d’ Azeglio, un Premier Ministre italien du 19èmesiècle disait : « A un gouvernement injuste le martyr est plus nocif que le rebelle. » Le Peuple congolais a plus que jamais besoin de son « Martyr » reconnu et canonisé.

Cardinal Emile Biayenda Santo Subito ! Le Pape François ne saurait sauver Denis Sassou Nguesso, le fossoyeur du Cardinal Emile Biayenda !

Rigobert OSSEBI

(Extrait de congo-liberty)

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