Pour la première fois, la personnalité du président du parti est clairement remise en cause.

Rien ne va plus à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) où des sons discordants ne cessent de se faire entendre ces derniers jours. Le leadership d’Etienne Tshisekedi est déjà mis en cause par une frange des cadres de ce parti qui militent pour son remplacement. Le coup d’estocade porté contre le « lider maximo » toujours en convalescence à Bruxelles est venu de vingt-cinq cadres de l’UDPS installés essentiellement en Europe et au Canada. Leurs complaintes, ils les ont exprimées à travers un récent communiqué dirigé contre le vieil opposant (82 ans) qu’ils tiennent pour responsable de la léthargie dont souffre aujourd’hui l’UDPS. Ils stigmatisent les « différents actes et comportements répréhensibles et condamnables posés par le président du parti » tout en déplorant « l’attentisme des responsables de cette formation politique qui ont peur et refusent de voir cette réalité en face.

Cette réalité, d’après les frondeurs, se résument au remplacement d‘Etienne Tshisekedi plus que jamais indisponible et dont l’état de santé précaire n’est guère rassurant. Outre la distance prise par l’ex-challenger de Joseph Kabila à la présidentielle de 2011 par rapport aux activités du parti, les signataires du communiqué dénoncent également les tripatouillages des statuts par Etienne Tshisekedi, l’ingérence de sa famille biologique dans les affaires du parti et le manque de transparence et la mauvaise gestion des finances. En foi de quoi, ils annoncent la tenue d’un « mini-conclave à la mi-septembre », qui sera suivi d’un autre plus inclusif à Kinshasa pour « préparer le parti à affronter efficacement les prochaines échéances politiques ». En fait, les frondeurs pensent capitaliser ces moments pour requalifier le mode de fonctionnement du parti en mettant notamment en place des structures organisationnelles appropriées avec, à la clé, la désignation d’un leadership intérimaire et responsable censé conduire la période de transition jusqu’à l’organisation du Congrès.

Cette déclaration de vingt-cinq cadres de l’UDPS est une première dans ce grand parti d’opposition où la personnalité du leader est tenue pour sacrée. Selon certaines indiscrétions, il appert que les cadres signataires du document n’apprécieraient guère le rapprochement d’Etienne Tshisekedi vis-à-vis du pouvoir kabiliste comme en témoigne sa dernière prise de position favorable au dialogue. Ce qui, de leur point de vue, n’est rien de moins qu’une ouverture à la recevabilité de la candidature de Joseph Kabila pour un troisième mandat. Ce coup de gueule des cadres de l’UDPS intervient alors que le parti a déjà basculé dans le giron de Félix Tshisekedi qui en incarne désormais l’âme sans recueillir l’aval d’autres cadres du parti plutôt contestataires et en dehors de toute procédure. Reste à savoir comment vont réagir Félix et Etienne Tshisekedi à cette nouvelle crise qui secoue l’UDPS en interne…

Alain Diasso