Les apparences sont souvent très trompeuses. A première vue, Patrick Nguéma Ndong, ce métis de mère française, nourri à l’éducation occidentale, n’a rien d’un sorcier. Allure et manières occidentales, tchatche fluide…Mais dès qu’il commence à parler de ce qu’il aime (les sciences occultes) vous sentez tout de suite que l’homme a quelque chose. Une chose indescriptible et terrifiante à la fois.
Tard dans la nuit, dans cette chambre d’un hôtel balnéaire de Cotonou où nous avions rendez- vous, l‘homme a tout fait pour paraître normal et nous mettre à l’aise: un coup de fil à la fiancée restée au Gabon, quelques plaisanteries…Rien n’y fait. Dès qu’il commence à parler de sciences occultes, l’_expression de son visage change. Le mystérieux Patrick donne la “tétanisante” impression qu’à tout moment, il peut faire apparaître une sirène des eaux,un serpent ou n’importe quelle autre créature du monde des ténèbres. Heureusement, cette nuit-là, l’homme n’a pas voulu ou pu faire des démonstrations de sa puissance mystique.

Et l’entretien a pu aller à son terme. Pour vous permettre de découvrir cet homme qui a fait des études supérieures de lettres, de parapsychologie aux Etats-Unis. Il se prédestinait au métier de professeur de lettres. Finalement, c’est à la radio qu’il s’est intéressé , avec sa première émission Mythes et mystères créée en octobre 1984.

Que faites-vous à Cotonou ?Je suis à Cotonou pour participer au festival Lagunimages dont le thème cette année est : Sorcellerie, sciences et sacré. Les organisateurs m’ont fait venir en tant que spécialiste de l’ésotérisme africain pour animer des conférences, pour expliquer que la sorcellerie n’est pas seulement négative. Il y a des sorciers positifs qui font le bien.

Ah !
Oui, quand vous prenez le cas de la sorcellerie négative, c’est une connaissance dont l’initiation ne dure que quelques secondes. On transmet à une personne dont le fond est mauvais, tous les secrets de la sorcellerie. On peut vous faire manger un doigt humain qu’on a transformé en banane. Et la personne qui mange cette banane, si elle a un fond négatif devient sorcière . Si vous avez un fond positif, ça ne peut pas marcher.

Et vous-même, êtes-vous un sorcier ?
(Il prend un air très sérieux) Oui , on peut m’appeler sorcier, si on le prend dans le sens de sorcellerie, école de connaissance. Mais moi je me définis comme un sorcier positif. Je connais aussi les arcanes de la sorcellerie négative puisque je l’étudie. Et à force d’étudier les lois de l’invisible d’une manière rationnelle et scientifique, j’ai des pouvoirs qui égalent et qui dépassent parfois ceux des féticheurs, voilà.

Comment êtes-vous devenu sorcier ?
Mon grand-père, le père de mon père, était un très grand féticheur dans le nord du Gabon. Vous savez, quand vous avez un féticheur dans votre famille, automatiquement vous avez la sorcellerie dans votre sang. Il suffit d’une bénédiction pour que ça se réveille. Pour mon cas, je me rappelle qu’avant sa mort, mon grand-père m’a simplement soufflé sur la tête. J’avais 13 ans et depuis ce jour, je me suis principalement intéressé aux choses occultes. Mais pas dans le sens africain. Ma mère est Française, je suis un peu occidental alors j’étudie la sorcellerie de façon rationnelle pour comprendre comment ça marche. Je pratique aussi plusieurs cultes africains comme le culte de mamie Watta ( sirène, ndlr). Elle est mon esprit protecteur partout où je vais. Quand je suis arrivé ici à Cotonou, la troisième nuit, je suis allé saluer la mamie Watta de Cotonou qui est à quelques mètres de ma chambre d’hôtel. J’ai fait des sacrifices pour avoir sa bénédiction et sa protection.

Est-ce qu’il vous arrive de vivre une vie normale, loin des sciences occultes ?
Non, non,non! je ne peux pas (le ton est très ferme). Même le fait de rencontrer une personne dans la rue, je vois non seulement la personne physique, mais aussi ce que la personne apporte de mystique. Par exemple, si vous étiez venu avec de mauvaises idées, je ne vous aurais même pas reçu. A 30 mètres d’une personne, je sais déjà ce que la personne veut. Les esprits me parlent, on me souffle à l’oreille les intentions d’une personne que je rencontre. La normalité pour moi, c’est avoir un pied dans le monde des vivants et un autre dans le monde invisible, le monde des esprits.

Comment le mystique que vous êtes explique les nombreuses crises en Afrique ?
Par exemple, pour la crise en Côte d’Ivoire, un grand marabout africain m’a dit ceci en 1999, il y a cinq ans : «Patrick, dans cinq ans ça va exploser en Côte d’Ivoire parce que la tradition n’a pas été respectée. Le président Houphouët Boigny qui était un grand chef baoulé avait maîtrisé tous les totems de Côte d’Ivoire . Après sa mort, ceux qui lui succèdent ne connaissent pas ça, ils ne pourront pas garder le pays stable. En Afrique, on ne devient pas chef parce qu’on sort de l’université. Il faut aussi connaître les réalités occultes.» Voilà ce que disait ce grand marabout, dont je tairai le nom car il est très sollicité par les personnalités africaines, il y a cinq ans.

Quand les troubles arrivent, les gens donnent des explications économiques, sociales, politiques…Moi, je reste dans mon domaine et je sais qu’en Côte d’Ivoire, il y a quelque chose qui ne va pas dans le domaine ésotérique. Il y a des esprits protecteurs, il faut les honorer pour qu’ils continuent à protéger le pays. La plupart des vieux présidents africains connaissent les lois de l’invisible, je ne cite pas de nom parce que je ne suis pas là pour faire de la politique. Les nouveaux qui arrivent doivent soit déterrer les fétiches que les anciens ont laissés soit mettre leurs propres fétiches. Je ne dis pas qu’en Côte d’Ivoire, c’est forcément le cas. Il y a des problèmes politiques, une ingérence étrangère et tout ça. Mais si les esprits étaient plus calmes, ça ne s’agiterait pas comme ça. Ce ne sont pas uniquement les forces invisibles qui font la loi dans un pays, mais elles sont pour beaucoup dans l’installation d’une paix durable.

Savez-vous que vous inspirez la peur à ceux qui vous rencontrent ?
Oui, je sais. Il y a beaucoup de personnes qui ont peur de moi. Mais en général , les gens qui ont peur de moi sont ceux qui ont des choses maléfiques à cacher. Ils savent que je peux les dénoncer, voilà pourquoi ils ont peur. Vous savez, moi je suis très fort dans le culte de mamie Watta, ça va même jusqu ‘à l’apparition physique…

Y a-t-il des personnes qui vous tentent malgré tout ?
Au Gabon, il y a des gens qui ont essayé de me jeter des sorts.
Ils étaient tout simplement jaloux des pouvoirs que mon grand-père m’a laissés avant de mourir. Eux, ils voulaient ces pouvoirs-là pour faire de la politique. Pour cela, ils voulaient m’abattre mystiquement. Comme je suis blindé, le sort qu’ils m’ont jeté s’est retourné contre eux. Certains passaient sur un pont en voiture, la voiture a été jetée à l’eau et ils se sont noyés. D’autres étaient en avion, l’esprit voulait faire tomber l’avion dans l’océan mais il a vu qu’il y avait des innocents à bord, alors l’avion a pu se poser en catastrophe. Après ces gens qui m’en voulaient sont venus me demander pardon. Moi je peux leur pardonner mais la mamie Watta ne pardonne jamais. Celui qui m’attaque est un homme mort.

Vous marchez avec des béquilles en ce moment, qu’est-ce qui vous est arrivé ?
C’est une blessure que j’ai eu au karaté. J’ai commencé ce sport au lycée, en 1970. Je le pratiquais sans savoir que j’avais une déformation de la hanche. Pendant 34 ans, l’os s’est usé et récemment il s’est coupé. Donc maintenant j’ai une barre de fer à la place du fémur droit.

Finalement vos esprits ne sont pas si puissants que cela, ils n’ont pas vu le danger venir
(Il rit) Non! Ca c’est une chose purement physique…Mais je sentais qu’on me prévenais vaguement contre quelque chose. J’étais têtu, j’aimais trop le karaté et pour rien au monde je n’aurais arrêté . C’est peut être cela mon destin.

Vous arrive-t-il de demander des choses concrètes à vos génies, de l’argent par exemple ?
Dans le Coran, Dieu a dit à tous les djins, à tous les génies de se prosterner devant Adam, le premier homme. On adore Dieu, on n’adore pas les génies. Une mamie Watta pour moi, c’est une copine à qui je peux demander des services. Mais ce ne sont pas tous les services qu’il faut lui demander. Moi, par exemple je ne demande pas de l’argent. Je lui demande de me rendre brillant dans tout ce que je fais. Je ne cherche pas les pouvoirs mystiques pour m’enrichir. Je peux m’enrichir par le travail bien fait. D’ailleurs, Dieu demande qu’on gagne son pain à la sueur de son front. Mais s’il y a une urgence, s’il y a quelqu’un qui est malade et qu’il faut de l’argent immédiatement, je suis prêt à agir. Je peux demander de l’argent aux esprits même si je dois compenser cela par des années de ma vie.

Ah! c’est comme cela que ça se passe ?
Qu’est-ce que vous croyez ? Dans la vie, on ne fait rien pour rien. Les esprits aussi ne font rien pour rien. Quelqu’un qui utilise ses pouvoirs mystiques pour s’enrichir raccourcit sa vie. Les esprits apportent l’argent que vous leur demandé mais en échange, ils prennent des années de votre vie. Celui qui connaît mamie Watta qui est aussi la déesse de l’abondance peut s’enrichir follement, mais sa vie va en pâtir, je ne conseille pas cela. Je sais de quoi je parle parce que moi je connaîs le culte de mamie Watta sur le bout des ongles. Cela va même jusqu’à l’apparition physique. Elle peut même venir là, dans ce fauteuil, parler avec nous et vous répéter ce que je suis en train de vous dire (Il est presque minuit, l’atmosphère de la pièce devient soudain très glaciale, le silence devient plus profond).

Non, je n’y tiens pas! Et si on parlait de Dieu, vous parliez du Coran tout à l’heure…
Oui, je suis musulman. Je crois en Dieu. Mais je sais qu’en dessous de lui, il y a des êtres que les Arabes appellent djins, ce sont les génies. Je suis désolé mais dans le Coran , il y a des sourates qu’on peut utiliser pour appeler tel ou tel génie et ce n’est pas moi qui les ai inventées. Et puis, moi, quand je suis devenu musulman, j’étais déjà maître dans l’occultisme. Je regrette, je ne peux pas retourner à la base. Je sais ce que je fais, j’en prends l’entière responsabilité. Allah m’est témoin que je ne fais rien de négatif. Je reconnais qu’il y a Dieu au-dessus de tout. Je n’adore pas les génies, ce sont des copains à qui je peux demander des services. Dernière chose, la réligion n’amène pas à Dieu, c’est le cœur qui amène à Dieu. Ce n’est pas du tout la même chose.