Selon des sources aéroportuaires à Kinshasa, l’administrateur général de l’ANR (Agence nationale de renseignement), Kalev Mutond, a pris dans la soirée du mardi 11 août un vol de la compagnie aérienne SN Brussels à destination de la capitale belge. But : s’entretenir avec le président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba. Il serait question de la mise sur pied d’un «gouvernement de transition».

A en croire les mêmes sources, le député national Samy Badibanga Ntita, chef du groupe parlementaire UDPS & Alliés aurait pris, le même mardi soir, un vol d’Air France. Destination : Paris.

«Samy et Kalev ont évité de prendre le même aéronef de peur d’attirer l’attention de certains passagers. Cette précaution n’a pas empêché ceux qui les ont croisés à N’Djili de deviner qu’ils se rendaient tous les deux chez Tshisekedi à Bruxelles». Celui qui apporte ces précisions est un confrère proche de la Majorité Présidentielle. L’homme clame la main sur le cœur avoir gardé son esprit critique. Selon lui, la démarche de Kalev est modérément appréciée au sein de la Majorité Présidentielle. L’émergence, depuis le mois de mars, d’un groupe de «frondeurs» témoigne d’une majorité fissurée qui n’affiche plus qu’une cohésion de façade.

Selon des sources, les «services d’études stratégiques» de la Présidence de la République auraient remis à Joseph Kabila un «mémo» lui conseillant de «prendre la main tendue» d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Objectif : engager un dialogue politique. «Ce mémo indique clairement, souligne une autre source, que la finalité de cette concertation doit être la mise sur pied d’un gouvernement de transition». Dans cette hypothèse, le poste de Premier ministre devrait revenir «à Etienne Tshisekedi ou une personne de sou choix», assure-t-on.

Joseph Kabila et les «durs» de son régime ne seraient plus «impressionnés» par les «rappels au respect de la Constitution» du département d’Etat américain. «Les faucons du régime kabiliste considèrent le Burundais Pierre Nkurunziza comme un modèle de référence, voire un «modèle de résistance» à suivre face à l’Occident. L’option serait levée en faveur de la politique du «fait accompli» par la mise en place d’un «gouvernement de transition». Cette équipe pourrait avoir le loisir de modifier la Constitution en faisant sauter tous les verrous qui empêchent l’actuel chef de l’Etat à garder son fauteuil après décembre 2016. Un pari pour le moins risqué.

C’est un secret de Polichinelle de relever qu’il existe désormais une sorte d’« axe Kinshasa-Bujumbura». Les jusqu’au-boutistes des deux régimes, se consultent régulièrement. Ils échangent des «informations stratégiques».

Selon certains observateurs, l’entêtement de Nkurunziza proviendrait d’un «soutien discret» de la Chine et de la Russie de Vladimir Poutine, deux pays dirigés par des personnages qui sont loin d’être des lauréats de Prix Nobel de démocratie et du respect des droits humains. N’empêche. Une occasion pour Beijing et Moscou de faire un pied de nez à l’Occident. On rappelle que la Chine populaire et le Burundi ont établi des relations diplomatiques depuis le 23 décembre 1963.

Le «pro-dialogue»

Dans sa «feuille de route» publiée en date du 14 février 2015, le président de l’UDPS propose ce cadre comme lieu de règlement de la crise née des élections chaotiques du 28 novembre 2011 «par la voie d’un dialogue politique». Pour lui, ces pourparlers devraient être également l’occasion de « définir un nouveau cycle électoral de manière consensuelle». Un avis qui est loin de trouver grâce aux yeux d’une importante frange de la population. Une population qui considère que Joseph Kabila doit achever son second et dernier mandat et procéder le 19 décembre 2016 à une «passation civilisée de pouvoir» avec son successeur.

Le samedi 8 août, la diaspora congolaise de Belgique a vécu une «fracture» sous la forme d’une double manifestation sans précédent. D’une part, les partisans du dialogue défendu par Etienne Tshisekedi. Et de l’autre, les activistes politiques mieux connus sous l’appellation «combattants», opposés à tout ,4ontact avec le régime de Kinshasa.

Les «pro-dialogue» étaient réunis dans une salle du «Passage 44», au centre de Bruxelles. Pour eux, 1’UDPS tient à ces pourparlers pour mettre en place des garanties de nature à prévenir la réédition des erreurs commises lors des consultations politiques de 2011. Ces garanties tournent notamment sur la «fiabilisation» du fichier électoral et l’enrôlement de nouveaux majeurs.

Dans son message publié en date du 27 juin dernier à l’occasion du 5 5ème anniversaire de l’indépendance, Etienne Tshisekedi avait sollicité une «médiation internationale» pour arbitrer ce nouveau dialogue inter-congolais. Il prévenait la population «Et si, de mauvaise foi ou en cas d’atermoiements funestes, le dialogue est, encore retardé, je n’hésiterais pas à m’en remettre à vous pour qu’ensemble, nous puissions nous approprier notre destin commun ».

Les « anti-dialogue »

Ouvrons la parenthèse. Dans une déclaration faite le mercredi 5 août, la Dynamique pour l’Unité d’Action de l’Opposition qui regroupe lés partis politiques, les regroupements politiques et les groupes parlementaires de l’opposition ainsi que les associations de la société civile et de la diaspora, réunis à la Paroisse Notre Dame de Fatima, ont réitéré leur «opposition» à un «dialogue» qu’ils qualifient d’«inopportun» et «inutile». Ils «condamnent fermement l’initiative d’une quelconque réunion préparatoire dudit dialogue». «Nous exigeons le respect de la Constitution de la République par la tenue des élections présidentielle et législatives, le 27novembre 2016, et la passation pacifique et civilisée du pouvoir, le 20 décembre 2016», ont-ils clamé. Pour eux, les élections locales, urbaines et municipales doivent être reportées après 2016. Fermons la parenthèse.

Pendant que les «Tshisekedistes» étaient réunis dans la salle précitée, les «combattants » eux faisaient du chahut dans la rue. Pour eux, tout dialogue avec Joseph Kabila serait pour celui-ci l’occasion d’obtenir le fameux «glissement» du calendrier électoral. Pour ces activistes, les participants à une telle rencontre ne pourraient résister à la tentation du partage des postes dans le cadre d’un «gouvernement de transition».

Il est clair que la position défendue par le leader de l’UDPS est loin de faire l’unanimité dans son propre camp. En dépit de sa popularité – qui reste indéniable – en tant que leader politique, «Tshitshi» fait flics pour la première fois à une véritable contestation. Lui arrive- t-il d’avoir de moments de doute?

Dans une interview accordée, fin juillet, à Congoindependant, Docteur François Tshipamba Mpuila, ne disait pas autre chose

«Voilà pourquoi nous devons boycotter le dialogue. Un dialogue qui n’est qu’un prétexte pour donner à Joseph Kabila un «ballon d’oxygène» pour ne pas parler de «béquilles». Ma plus grande crainte est d’apprendre un de ces jours que le président Tshisekedi a été amené par les courtisans qui l’entourent pour rencontrer Kabila. Une telle rencontre ne pourrait que faciliter le «glissement». Nous devons faire échec à tous les subterfuges destinés à conduire au glissement du calendrier électoral. Il faut barrer la route à ce dialogue qui tient lieu de dernière «planche du salut» pour Joseph Kabila…

Après les contacts infructueux amorcés, dès le 2 mai dernier, par Kalev Mutond avec les responsables des partis politiques les plus significatifs en l’occurrence l’UDPS, l’UNC et le MLC, Joseph Kabila a pris ce «dossier» en mains. Depuis le 8juin, il «consulte» à titre «préliminaire» les «forces vives». But la tenue d’un Dialogue politique. Au-delà de toutes ces «gesticulations», disent des observateurs, une seule question hante l’esprit de Joseph Kabila et celui des «super faucons» de son entourage. Cette question se déclame comme suit : que faire pour conserver le pouvoir d’Etat au-delà du 19 décembre 2016 ? Mercredi 12 août, le député national Samy Badibanga Ntita était aux abonnés absents tant à Kinshasa qu’à Bruxelles. Coïncidence ?

Par Baudouin Westhi

In www.congoindependant.com