M23: Comment Kagame a perdu la bataille contre Kabila

NOVEMBRE 2013. L’armée de la République démocratique du Congo a mis en déroute au Nord-Kivu les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, qui ont capitulé

Les faits – A la suite d’une vaste offensive dans la province du Nord-Kivu, l’armée congolaise a repris tous les bastions du M23. Une victoire pour le président Joseph Kabila qui compte maintenant poursuivre son offensive contres les autres groupes de rebelles et miliciens retranchés dans l’Est de son territoire. Toute paix durable passera toutefois par un accord global avec les puissances voisines.

Les Congolais fêtent leur armée. A Kinshasa, des affiches et des T-shirt arborent le même message « FARDC, Eloko Ya Makasi (Ndlr : Forces armées de la RDC, une armée forte). Cela fait 35 ans que les troupes régulières n’avaient pas vaincu une rébellion sur leur territoire. A l’époque, les soldats du président-général Mobutu, avec l’aide marocaine et occidentale, avaient remporté la guerre du Shaba contre des séparatistes katangais appuyés par l’Angola et Cuba. Ces derniers jours, l’armée nationale a mis en déroute les rebelles du Mouvement du 23-mars (M23) qui ont annoncé, le 5 novembre, leur reddition et la volonté de porter dorénavant leurs revendications sur le plan politique. Une victoire rendue possible grâce une réorganisation l’armée congolaise et l’appui de la brigade d’intervention onusienne (composée de soldats sud-africains, tanzaniens et malawites) qui a pilonné l’ennemi retranché au Nord-Kivu, aux confis des frontières rwandaise et ougandaise. Cette victoire ouvre la porte au règlement d’un long conflit régional même si elle ne met pas fin à toutes les rebellions et milices dans l’Est du Congo. La RDC, vaste territoire plus de quatre fois plus grand que la France peuplé de 72 millions d’habitants, est en proie à de fréquents troubles souvent pilotés par les puissances voisines alléchées par les ressources de son sous-sol.

Le M23 a été créé en avril 2012 à la suite d’une mutinerie d’ex-combattants de la rébellion tutsi congolaise réintégrés dans l’armée régulière, trois ans plus tôt. Le gouvernement les accusait de se payer sur la bête et avait décider de les muter. En octobre 2012, les Nations unies ont accusé le Rwanda et l’Ouganda – qui l’ont toujours nié – de leur fournir une aide militaire pour des raisons essentiellement économiques. La région des deux Kivu est riche en pétrole, or, cassitérite et coltan. On retrouve ce dernier minerai dans les téléphones portables fabriqués en Chine ou en Allemagne. Une bonne partie de la production est écoulée via les pays frontaliers.

En octobre et novembre 2012, le Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, a mené une intense activité diplomatique à Paris, Bruxelles et Berlin. Résultat : les Européens ont suspendu une partie de leur aide au Rwanda dont le budget annuel dépend pour près de 40 % de cet appui extérieur. Le chef du gouvernement s’est aussi rendu à New York et Washington en février 2013 pour convaincre les institutions de Bretton woods et les Américains de lâcher Kigali. De son côté, la France a porté une résolution devant le Conseil de sécurité, adoptée le 28 mars 2013, donnant un mandat offensif à la force onusienne. L’implication personnelle de Ban Ki-moon a été importante sur ce dossier. Côté américain, explique un proche du Premier ministre congolais, « Hillary Clinton et Susan Rice (NDLR : les anciennes secrétaire d’Etat et ambassadrice auprès de l’ONU) soutenaient Kigali. L’arrivée de John Kerry au département d’Etat en février a changé la donne. Paris est parvenu à convaincre les Etats-Unis de retirer leur soutien au Rwanda ». Il était devenu difficile pour Washington d’appuyer un partenaire dont tous les rapports internationaux dénonçaient les entreprises de déstabilisation de leur voisin. Autres arguments qui ont pesé : l’opération onusienne coûte chaque année plus d’un milliard de dollars. Les troubles à l’Est pénalisent les efforts de reconstruction du Congo qui a retrouvé une croissance de plus de 7 %. La Maison Blanche a remplacé Susan Rice par Samantha Power et nommé un nouvel envoyé spécial pour la région des Grands Lacs. Dernièrement, elle a suspendu son aide militaire à Kigali pour l’année 2014.

Sur la scène africaine, le Rwanda et l’Ouganda se sont aussi trouvés isolés à la suite d’une offensive diplomatique des pays de l’Afrique australe, particulièrement de l’Afrique du sud. Jacob Zuma, le président sud-africain, a engagé son armée en RDC et joué de toute son influence auprès de l’Union africaine, dont la Commission est dirigé par son ex-femme. Cela a permis d’isoler Paul Kagamé et Yoweri Museveni, le président ougandais. Un retour gagnant pour Pretoria. En visite le 4 novembre à Kinshasa, Zuma a signé un accord portant sur la fourniture de la moitié de l’électricité produite par le futur barrage d’Inga III. Les Sud-Africains devraient installer prochainement une usine d’engrais en RDC.

Pour la communauté internationale, l’enjeu est dorénavant d’assurer une paix durable dans la sous-région. Les dirigeants de quinze pays africains se sont réunis lundi et mardi à Pretoria pour un sommet qui s’est penché sur la situation dans l’est du Congo. Paris, New York, et Pretoria cherchent maintenant à obtenir la signature d’un accord global impliquant les pays de la région (RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi…) et prévoyant un arrêt des soutiens aux mouvements rebelles, l’engagement à lutter contre les groupes armés et à respecter les souverainetés nationales. De son côté, l’armée congolaise compte poursuivre ses offensives contre les différents mouvements rebelles de l’Est, particulièrement les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, des combattants hutus), et des milices opérant sur son territoire comme les Maï-Maï. Cette reconquête passe par la poursuite des efforts de reconstruction d’une armée composite, en proie à une indiscipline récurrente et dont les combattants tusti ne veulent pas quitter l’Est. Le remplacement du chef d’état-major de l’armée de terre, il y a un an, et de plusieurs officiers, la suspension de certains militaires corrompus, la réorganisation du commandement opérationnel, l’équipement des troupes, la bancarisation des soldes des soldats (autrefois, leurs officiers supérieurs mettaient la main sur leurs traitements), attestent de progrès. Mais, il reste beaucoup pour faire des 100.000 soldats des FARDC une force loyaliste, moderne et professionnelle.

 

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