D’où vient le terme « Kadhafis » en RDC?

La Libye avait son Mouammar, la RDC a ses « Khadafis », les deux ont un lien étroit avec le pétrole.

« Je suis Khadafi depuis 40 ans maintenant », « Je suis Khadafi, mais j’ignore d’où me vient ce nom», « Chez les Khadafis, on ne manque jamais de pétrole ! »…

Ces phrases insolites fréquemment entendues dans les rues de Lubumbashi, dans l’Est du Congo, peuvent donner l’illusion, à ceux qui ignorent le sort reservé à l’ancien dirigeant libyen, que ce dernier s’est réfugié sur le territoire congolais. Or, il n’en est rien, puisque le patronyme du chef libyen n’est autre que l’appelation utilisée pour désigner les vendeurs de carburant qui lorgnent les routes congolaises.

Tandis que l’ex-dirigeant était à la tête d’un pays qui détient les premières réserves en pétrole d’Afrique, les seconds vendent du carburant dans des bidons, aux conducteurs automobiles de Lubumbashi, localité du Katanga (Est de la RDC).

Aux abords des grandes artères de Lubumbashi, il est rare de parcourir mille mètres sans rencontrer un groupe de « Kadhafi »proposer du carburant dans les bidons de 1 à 20 litres mais presque tous ignorent d’où leurs viennent le surnom.

«J’ai 40 ans maintenant et ça fait 20 ans que je fais ce métier de Kadhafi, c’est comme ça qu’on nous appelle et moi je l’accepte sans pour autant chercher à savoir d’où vient cette appellation », explique à Anadolu Pitchou Kabeya, un revendeur de carburant.

« Tous mes collègues ont aussi ce surnom et même à la cité, quand on me demande ce que je fais pour survivre, je réponds toujours que je suis un Kadhafi, mais je ne sais pas pourquoi on nous appelle ainsi », avoue-t-il.

Un peu plus loin sur le boulevard Katuba se trouve Germain Kalenga, la soixantaine révolue. Lui, se souvient de l’époque où le surnom a émergé,  sans trop connaître les ficelles de l’histoire.

« Je me souviens c’était vers les années 80, à l’époque j’avais 30 ans, nous avions commencé à entendre à la radio des chansons hostiles au Président Kadhafi. Et les jeunes du Parti politique de feu Maréchal Mobutu, alors Président du Zaïre, nous disais vous, à partir d’aujourd’hui on vous appellera les « Kadhafi »,  sans trop nous expliquer pourquoi. Petit à petit le nom a pris de l’envol et aujourd’hui, il serait impossible qu’il en soit autrement.  C’est devenu notre culture, celui qui revend du carburant on l’appelle Kadhafi », raconte-t-il.

Dans les milieux intellectuels et politiques congolais, en revanche, on connait davantage l’histoire non anodine de cette appellation.

« Le terme a fait apparition en 1983, à l’époque de la guerre froide. Mobutu était soutenu par les américains et Kadhafi était pressenti au Zaïre comme pro-russe. Il y a eu conflit de leadership entre les deux Chefs d’Etat car chacun voulait s’imposer et être influent en Afrique et Mobutu ne voulait pas laisser Kadhafi qui prêchait le panafricanisme, venir avec son discours au Zaïre et même dans toute l’Afrique centrale, rapporte Cyrille Nawej, un « témoin de l’Histoire ».

«Mobutu a commencé une campagne sans merci contre Kadhafi. Il y a eu des marches de protestation organisées dans toute la République pour salir le nom de Kadhafi et pour prouver qu’il n’avait pas d’importance aux yeux des Zaïrois. Mobuto a ensuite donné à cette basse classe qui revend du carburant, le nom de Kadhafi et cela est resté jusqu’à aujourd’hui et personne ne peut le changer », ajoute-t-il.

Cependant, aujourd’hui le nom de Kadhafi a perdu sa connotation péjorative car, durant le règne de Laurent Désiré Kabila : «  le nom de Kadhafi a été rétabli », précise à Anaolu Jean Pierre Lusonge, Chercheur indépendant.

« Ce nom a eu beaucoup de considération en RDC parce que le Président Kadhafi était parmi ceux qui ont soutenu le régime de Kabila Père. Aujourd’hui, quand on parle de Kadhafi on fait allusion à la richesse de la Libye en pétrole et les conducteurs automobiles estiment que même s’ il y a carence de carburant dans les stations-service, chez les « Kadhafi » il n’en manque pas, un peu pour dire que le pétrole ne peut jamais s’épuiser en Libye », ironise-t-il.

Il semblerait que tant que le métier existera, le nom de Kadhafi perdurera.

AA/Lubumbashi/ Héritier Maila

 

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