Les « conflits » secrets entre Kabila et Sassou!

Est-il vrai que Denis Sassou Nguesso a pris la mouche contre Joseph Kabila parce qu’il a été piqué à vif à cause de la violation , par les éléments de la Gssp, la garde présidentielle, de la résidence de ses diplomates sise en plein quartier populeux de Kintambo Magasins le jour où des bandits armés se réclamant de l’ex-Dsp réfugiés à Brazzaville ont failli remettre en cause le fragile processus de paix en cours en République démocratique du Congo ? Répondre à cette question ne paraît pas aussi simple que ne l’est en vérité la complexité des motivations réelles du leader du Parti congolais du travail à Brazzaville.

Qui y a-t-il exactement entre Joseph Kabila et Denis Sassou Nguesso ? Poser cette question et chercher à y répondre hâtivement, c’est ramener un conflit vieux d’une quarantaine d’années à une dimension risible qui escamote d’un conflit dans lequel Joseph Kabila n’y est pour rien, à dire vrai. D’un conflit qui est né du temps où, à l’époque de Marien Ngouabi, Justin-Marie Bomboko, ministre des Affaires étrangères de Mobutu avait négocié et obtenu des autorités brazzavilloises la tête de Pierre Mulele. Promesse leur avait été pourtant formellement faite qu’il n’arriverait aucun malheur à Mulele. La suite a été tout autre, Kinshasa s’étant montré d’une barbarie inimaginable à l’endroit de l’infortuné fils du Bandundu. Les archives renseignent qu’à cette époque, un certain Denis Sassou Nguesso était alors super flic dans son pays !

Ceci n’est qu’un simple évocation de la douloureuse page de l’histoire des premiers soubresauts qui ont inauguré la brouille entre les deux rives du fleuves Congo vers la fin des années 60.

Jusqu’à sa mort dans des conditions abondamment détaillées par certains intervenants au cours de la Conférence nationale souveraine de l’ex-République populaire du Congo ( ) dont Me Jacques Okoko, Commissaire du Gouvernement au procès de l’assassinat de Ngouabi ;Oscar Ewolo, membre de la garde au palais présidentiel au moment où les tueurs du défunt Président s’étaient introduits au palais ;et Mamoyi, l’un des témoins à charge au procès, l’ancien Président Marien Ngouabi ne put réellement porter Mobutu et les siens dans son cœur. Et, sur le plan des faits, la brouille s’était installée pour une longue durée entre Kinshasa et Brazzaville. Malgré d’épisodiques embellies offertes par des visites officielles des deux Chefs d’Etat de part et d’autre du fleuve ponctuées des discours mielleux et des effusions en trompe-l’œil, rien ne put démontrer effectivement que les actes publics extériorisaient les ressentiments que se vouaient Mobutu et Ngouabi. D’autant plus que les deux personnalités obéissaient, l’un, au diktat de la Cia dont il était le chef de file en Afrique centrale et l’autre, un héraut inconditionnel du marxisme-léninisme.

A leur disparition de la scène politique, alors que le Mur de Berlin avait cessé d’exister et que la guerre froide avait pris fin longtemps avant, Brazzaville, reconvertie pourtant à la démocratie ne put se départir de sa logique de la haine à l’endroit de Kinshasa. Laurent-Désiré Kabila, socialiste bon teint aurait dû bénéficier d’une attention plus condescendante de la part de Sassou qui venait de ravir le pouvoir à Pascal Lissouba : rien n’y a fait ! Tellement la méfiance, indélébilement enracinée dans les cœurs des Brazzavillois depuis l’affaire Pierre Mulele continue à embrumer les cœurs sur la rive droite du fleuve Congo. Lors de la seconde guerre civile qui a éclaté à Brazzaville, la ville de Kinshasa essuya même des obus généreusement larguée sur la ville, sans que l’on sache réellement pour quelle raison LD Kabila.

devrait être mêlé à ces querelles de pouvoir entre Sassou d’une part, et le tandem Lisouba-Kolelas de l’autre. Et pourtant, si le tombeur de Mobutu l’avait voulu à cette époque, il n’aurait fait qu’une bouchée double de l’armée de Sassou. S’il s’était retenu, c’est certainement parce qu’à cette époque, les éléments des Faa de dos Santos se trouvaient sur le terrain des opérations de part et d’autre du fleuve, par un jeu d’alliances politiques de soutien aux deux régimes au pouvoir.

N’eut été ce paradoxal concours de circonstance, l’armée de l’Afdl se serait trouvée dans l’obligation de faire prévaloir sa capacité opérationnelle en terre étrangère. Comme l’ont fait et continue encore à le faire aujourd’hui les armées rwandaise et ougandaise en République démocratique du Congo. Si avait été réalisé, on ne parlerait plus aujourd’hui de ,la présence des ex-Dsp ni des ex-Faz à Brazzaville ; tout comme les relations entre Kinshasa et Brazzaville auraient subi un tournant autrement plus positif depuis lors.

Heureusement pour le pouvoir en face, la roue de la fortune lui a souri avec le revers subi par ses pires ennemis. Lissouba, Kolelas, Kombo Moungounga Nguila sont chassés du pouvoir certes, mais leurs vainqueurs d’hier ne connaissent pas des nuits paisibles, loin s’en faut !

Telle que se présente la situation politique interne en République du Congo, force est de reconnaître que l’on assiste à une longue veillée d’armes entre les parties en présence, même si l’on ne peut encore parler de bruits de bottes pour le moment.

Et pour cause ? En effet, les Ninjas de Bernard Kolelas et du pasteur Ntoumi, et les miliciens Nibolek (Niari, Bouenza et Lekoumou) n’ont pas encore dit leur dernier mot. En tous les cas, exclus du dialogue politique organisé il y a deux ans par Sassou, ils n’ont de cesse de se considérer comme des laissés pour compte. Combien de temps durera cette exclusion qui impatiente les uns et autant qu’elle rassure les autres ? Dieu seul sait.

Sassou qui s’effarouche, J. Kabila qui joue le tempo

Une certaine presse kinoise qui n’aime voir les fautes que du côté de Kinshasa au sujet de la difficulté cohabitation entre Sassou et Joseph Kabila raffole de titrer occasionnellement sur les accès de colère qui se sont emparés du Chef de l’Etat brazzavillois à l’occasion de la violation de la résidence des diplomates congolais située à Kintambo Magasins.

On aurait voulu que ce confrère eusse compris qu’entre Joseph Kabila et Sassou Nguesso, le premier a plus de raisons de fulminer que le second, dans la mesure où ce dernier a ouvert ses frontières à un commando venu attenter à la sécurité intérieure de notre pays, et qu’en d’autres circonstances, cela aurait indubitablement créé un « casus belli ». Qu’on imagine un peu dans quel état second pourrait se trouver Sassou s’il apprenait que Joseph Kabila, qui hébergerait 4.000 miliciens Ninjas quelque part à Kinshasa, aurait par inadvertance permis à un commando se réclamant de cette milice aux ordres de Kolelas a fait irruption à Brazzaville, semant la désolation ! Qu’on imagine donc un peu dans quel état d’esprit s’abandonnerait le maître de Brazzaville : entre peur-panique et colère. Assurément ! Qu’on imagine aussi Sassou apprenant que Bernard Kolelas a trouvé asile politique à Kinshasa, fatigué de séjourner en Afrique de l’Ouest : quel tollé, quelles insomnies de telles perspectives auraient provoqué en face ! Et pourtant, Joseph Kabila, esprit lucide décidément tourné vers une paix des cœurs sincère au-dessus du fleuve Congo, refuse de se laisser aller à des actes capables de déstabiliser un pouvoir qui ne tient que sur le fil d’un rasoir. Il suffirait de lui agiter le spectre de Kolelas ou de Pascal Lissouba, ou d’accueillir une poignée de Ninjas à Kinshasa, même en qualité de réfugiés non armés !

Nous y reviendrons dans une prochaine édition.

| MMC

 

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