On s’en doute dès le départ, la fusée n’atteindra jamais les étoiles. Mais on n’en suit qu’avec plus de plaisir les mésaventures de cet «anti-Tintin» plongé«au cœur des ténèbres». Il se fait plumer dès l’aéroport (un classique à Kinshasa), traverse le pays dans des conditions rocambolesques avec une bande d’officiers brutaux, avant de tenter, en vain, de faire démarrer cette fusée maudite. Sans comprendre, jusqu’à la dernière minute, qu’il est une fois de plus en train de se faire avoir.

Mais le petit Blanc, maintes fois trompé, découvre aussi un pays encore marqué par les atrocités coloniales, lesquelles n’ont fait que précéder le long règne d’un dictateur soutenu par l’Occident. Dans une scène mémorable, un officier demande à notre jeune Allemand : «Votre grand chef, là, Hitler, pourquoi vous ne l’avez pas gardé ?» provoquant la réaction choquée du héros, déjà passablement secoué, à ce stade, par la folie ambiante. Mais c’est une réflexion qu’on entend parfois en Afrique, dans laquelle il faut voir le retour de boomerang de notre ignorance sur les monstres africains qui ont ruiné et aliéné leurs pays. «Papa Mobutu», dont l’image descendait chaque soir du ciel avant le journal télé, perdra peu à peu tous ses soutiens occidentaux après la fin de la guerre froide. Depuis, comme le suggère la toute première scène du livre, son empire est tombé en ruines. Mais ses rêves grandiloquents perdurent, enfouis quelque part dans la jungle.

Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro Mobutu dans l’espaceFuturopolis, 112 pp., 18 €.