Emilie se sait lesbienne depuis l’âge de 12 ans. A 24 ans, elle dit assumer sa sexualité. Une seule chose la préoccupe : la peine qu’elle fera à sa mère quand celle-ci découvrira son orientation sexuelle. Rencontre.

Casquette vissée sur la tête, jean “taille basse”, polo, baskets aux pieds et ordinateur sur les genoux, Emilie lit tranquillement dans un coin de la terrasse. Après une première hésitation, nous décidons de l’aborder. A cœur ouvert, elle se livre à nous : “Je mène une vie de lesbienne depuis 12 ans. Cela a commencé quand j’étais au lycée. J’avais alors 12 ans. Des filles de mon école s’intéressaient à moi. Les relations amoureuses fille-fille me font du bien. Je m’y sens très à l’aise, n’en déplaise à mes détracteurs“, reprend-elle.

Emilie a toutefois l’air dépitée et perdue dans ses pensées : “La société dans laquelle nous vivons ne nous permet pas de nous exprimer. Très vite, ces choses sont assimilées à la sorcellerie, aux mauvais esprits, voire à la maladie mentale. C’est frustrant…

Etudiante en droit, Emilie n’est cependant pas prête à prendre part ouvertement au combat contre l’homophobie, cette hostilité, explicite ou non, envers des individus dont les préférences amoureuses et sexuelles concernent des individus de même sexe. “Il ne faut pas rêver ! C’est un problème de  culture. Je n’ai pas envie de me faire tuer en marchant dans les rues de Kinshasa !” Emilie n’aime pas non plus suivre les débats actuels à l’échelle internationale sur le mariage pour tous : “Chez nous, ce n’est pas demain la veille ! L’hétérosexualité est tacitement la seule norme. Je ne veux pas vraiment me nourrir de faux espoirs, sachant que je ne vivrais peut-être jamais dans ce pays…
Comme tant d’autres de sa communauté, son souhait est donc de s’exiler avec sa copine vers des horizons plus tolérants. En attendant, l’ambiance homophobe dans laquelle elle baigne (injures, propos méprisants, condamnations morales, attitudes compassionnelles) ne l’empêche pas de vivre et de s’épanouir dans sa sexualité. Sa seule crainte : que sa maman sombre dans la déprime le jour où elle découvrira son orientation sexuelle. “Aucune maman chez nous ne peut accepter que sa fille soit lesbienne ou son garçon gay. Je sais que je ferai très mal à ma mère le jour où elle apprendra la vérité. Des gens lui disent, mon look à la garçon me trahit, mais quand elle me pose la question, je nie, je me fâche et le débat est clos“, confie Emilie.
Elle a cependant un projet pour rendre sa joie à sa mère : faire un bébé. Elle l’envisageait pour ses 25 ans, mais y a renoncé en attendant des jours meilleurs. Née dans une famille de plus de 10 enfants dont le père, parti refaire sa vie ailleurs, ne s’est jamais occupé, Emilie a été témoin de la violence exercée par son père sur sa mère, victime de viols, d’agressions, d’abus de pouvoirs, etc… Autant de maux sur lesquels la société congolaise a fermé les yeux… “Depuis, j’ai un dégoût pour les hommes“, affirme-t-elle. Ses traits se durcissent alors, l’air bagarreuse, le regard méfiant de ceux qui en ont déjà trop vu.

 

17 MAI 2013
Mise à jour 17.05.2013 à 15:43

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