Le vieux Tshisekedi se laissera-t-il rouler dans la farine ?

L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) de Etienne Tshisekedi a annoncé sa décision de participer au dialogue national proposé par le président Joseph Kabila en République Démocratique du Congo (RDC).

Ainsi, les opposants au régime Kabila ne sont plus sur la même longueur d’onde, quant à l’attitude à avoir face à cette offre de dialogue du camp présidentiel. Les autres membres influents de la plateforme de l’opposition refusent d’embarquer dans cette aventure. Vital Kamerhé l’a d’ailleurs rappelé : l’opposition dont il se réclame, considère que ce dialogue n’est ni plus ni moins qu’un marché de dupes. Et elle refuse d’y prendre part pour ne pas servir de faire-valoir au régime.

On ne peut s’empêcher de s’étonner du choix de l’UDPS

En effet, on est là dans un schéma classique des régimes qui tripatouillent les textes fondamentaux de leur pays pour permettre au président de prolonger son bail au sommet de l’Etat. Le pouvoir lève le lièvre en faisant comprendre qu’il envisage la modification de la Constitution. Ce qui a pour effet de susciter des tensions et des manifestations d’hostilité des opposants et de la société civile. Dès lors, et pour désamorcer la tension, le pouvoir propose un dialogue avec l’opposition tout en sachant que ce dialogue est mort-né, ce genre de discussions ayant très peu de chances d’aboutir à un compromis utile. L’objectif, c’est juste de jeter de la poudre aux yeux des observateurs et partenaires étrangers.

Puis, dès que l’échec programmé est consommé, les tenants du pouvoir déroulent la suite de leur plan, qui est celui de recourir à un référendum pour départager les protagonistes, compte tenu du fait qu’on est en face de positions inconciliables. C’était le plan du régime Compaoré au Burkina. Il aura fallu toute la vigilance de l’opposition politique et de certaines organisations de la société civile,  ainsi que la détermination des populations, pour le déjouer. C’est probablement la même stratégie qui est mise en route par les autorités de la RDC. Et c’est certainement conscients de cela que bien des opposants refusent de jouer le jeu du pouvoir Kabila. C’est pourquoi on ne peut s’empêcher de s’étonner du choix de l’UDPS. Jusque-là, Tshisekedi avait mis un point d’honneur à contester la légitimité de Kabila, réélu dans des conditions troubles en 2011. Difficile donc de comprendre qu’il accepte un dialogue proposé par Kabila, « l’illégitime ». En le faisant, Tshisekedi et son UDPS reconnaissent d’une manière ou d’une autre, le pouvoir de Kabila. En tout cas, venant de celui qui s’est autoproclamé président élu contre Kabila, cette acceptation de l’offre de dialogue faite par « l’usurpateur », surprend.

Tshisekedi est-il en passe de suivre les traces de Gilchrist Olympio au Togo ? On se souvient en effet que le vieil opposant à la famille Gnassingbé a fini par se compromettre avec Faure Gnassingbé, probablement  las d’espérer étrenner le pouvoir d’Etat. Une compromission de laquelle l’opposition togolaise sortira fortement affaiblie. Pire, elle continue d’en ressentir les effets aujourd’hui encore. Certes, en Afrique, la morale veut qu’on ne refuse pas une offre de dialogue. Mais, quand ce refus est dû au fait que les règles du jeu sont biaisées, au fait que les dés sont pipés, il faut bien se méfier. Le vieux Tshisekedi se laissera-t-il rouler dans la farine ? Ce n’est pas impossible.

Si Tshisekedi tombe dans l’escarcelle du pouvoir Kabila, ce sera une mauvaise nouvelle pour la démocratie en RDC

L’UDPS peut aller à la table du dialogue pour écouter et tirer ses propres conclusions. Mais, tout peut arriver. Car, la maladie et les déboires politiques aidant, le vieux à l’éternel borsalino pourrait, au soir de sa vie et aux prises avec la maladie, être tenté de négocier quelques faveurs avec le pouvoir. Qui sait d’ailleurs si le régime n’a pas donné un coup de main à Tshisekedi pour ses soins ? Rien ne dit donc que le vieil opposant n’a pas mis de l’eau dans son vin. Après tout, Tshisekedi n’a-t-il pas été Premier ministre du dictateur Mobutu Sésé Séko ?

C’est dire à quel point tout est possible au cours de ce dialogue. Et si Tshisekedi tombe dans l’escarcelle du pouvoir Kabila, ce sera une mauvaise nouvelle pour la démocratie en RDC. On sait que cet opposant a une grande capacité de mobilisation. S’il venait à abdiquer, il ne rendrait pas service à l’opposition, encore moins à la démocratie dans son pays. Il faut donc espérer qu’il ne tombe pas dans le piège du régime Kabila.

Le chef de l’Etat de la RDC, on le sait, ne ménagera aucun effort pour fragiliser l’opposition et s’ouvrir un boulevard pour un nouveau bail à la tête de l’Etat. Aussi les opposants politiques et la société civile devront-ils s’organiser pour ne pas lui laisser la moindre opportunité de parvenir à ses fins.

Il est vrai que l’avenir politique de Joseph Kabila dépend pour beaucoup de ce qui se joue actuellement au Burundi. Si la communauté internationale (mise à part Bruxelles), continue à avoir la même attitude vis-à-vis de Nkurunziza, il faudra alors célébrer les obsèques de la démocratie dans la région. Car, si NKurunziza réussit à imposer sa présence au sommet de l’Etat envers et contre toutes les lois de son pays en massacrant notamment son peuple, Joseph Kabila, Denis Sassou NGuesso et autres ne s’en priveront pas quand viendra leur tour. La communauté internationale doit donc se réveiller. Mais, il est vrai aussi que l’avenir de Kabila dépend également de la détermination et de la capacité des populations de son pays, elles-mêmes, à ne pas se laisser faire. C’est aussi pour cela que la société civile et les partis d’opposition qui se démarquent du dialogue annoncé, doivent travailler à resserrer les rangs, à poursuivre la mobilisation en vue de parer à toute éventualité.

« Le Pays »

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