En RDC, drôle de timing : alors que les ministres sont tous réunis ce mardi avec le président Joseph Kabila à l’occasion du 55e anniversaire de l’indépendance, un journal local a publié, lundi, un extrait de la « demande d’ouverture d’information judiciaire » déposée la semaine dernière par le conseiller spécial de M. Kabila pour la bonne gouvernance au procureur de la République. Dans ce document, l’actuel ministre des Transports, mais aussi de hauts fonctionnaires, tous proches du Premier ministre actuel Matata Ponyo, sont soupçonnés de fraudes ou de corruption.

Dans les documents rendus public par le journal C-News, pas de traces de la demande d’enquête pour fraude ou corruption formulée à l’encontre de quatre gouverneurs (du Katanga, du Sud Kivu, du Kasaï oriental et Kasaï occidental) tout comme de l’ex-directeur de cabinet de Joseph Kabila, Gustave Beya Siku. Ces noms figurent pourtant, selon plusieurs sources, dans la « demande d’ouverture d’information judiciaire » déposée mardi dernier par le conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de bonne gouvernance, Luzolo Bambi.

Mais l’extrait de la plainte publié lundi semble se concentrer uniquement sur les collaborateurs du Premier ministre Matata Ponyo. Car sont désignés comme responsables présumés de fraudes douanières ou fiscales, ou encore détournement de denier publics ou corruption presque tous les services de l’Etat qui gèrent les rentrées et les dépenses financières. La direction générale des impôts (DGI) par exemple, la direction générale des recettes administratives (DGRAD) : des hauts fonctionnaires des ministères des Finances et du Budget. Des portefeuilles sous la responsabilité de Matata Ponyo depuis 2010 en tant que ministre des Finances d’abord, puis en tant que chef du gouvernement depuis 2012.

Sont pointés du doigt également deux proches de Matata Ponyo : Patrice Kitebi, ex-ministre des Finances, et Justin Kalumba, l’actuel ministre des Transports. Les deux sont soupçonnés entre autres de surfacturation des travaux de rénovation de la piste d’atterrissage à Kinshasa. Onze millions de dollars auraient été dépensé pour payer les travaux d’excavation sur 400 mètres de la piste, à en croire le document publié dans la presse. Des accusations lourdes, « mais suffisamment documentées », estime le conseiller spécial de Joseph Kabila dans ce document, pour demander l’ouverture d’une instruction.

Lundi, aucune réaction des intéressés, mais ce grand ménage dans l’entourage de Joseph Kabila ne laisse personne indifférent. Certains se demandent déjà s’il ne s’agit pas là de règlements de comptes politiques à l’approche des élections. De son côté, le porte-parole du gouvernement Lambert Mendé a affirmé que rien ne permettait de confirmer l’authenticité de ce document publié par le journal C-News pour le moment.

via RFI