Le dialogue de Kabila se complique

Le débat continue à faire rage dans l’univers politique congolais sur la tenue du Dialogue, évoqué pour la énième fois par le Président de la République, Joseph Kabila, à l’occasion du 55ème anniversaire de l’indépendance. Dans son allocution, il a lancé un nouvel appel aux absents à ses invitations, singulièrement aux tenants de l’opposition radicale, les exhortant à rejoindre le camp des partisans du Dialogue.

Concernant l’exigence de l’aile radicale de l’opposition relative à une médiation internationale, Kabila est resté formel : pas d’ingérence dans les affaires congolaises.

De son point de vue, 55 ans après l’indépendance, les Congolais sont capables de palabrer entre eux, sans témoins, et de laver leurs linges sales en famille.

La position du Chef de l’Etat contre une médiation internationale dans l’hypothèse de l’organisation d’un Dialogue entre forces politiques et sociales congolaises a provoqué des réactions diverses dans l’univers politique congolais, selon que l’on se trouve dans le camp de la Majorité ou celui de l’Opposition.

Alors qu’on pensait que la fête du 30 juin 2015 allait être un déclic pour le rapprochement entre protagonistes de la scène politique congolaise, les observateurs se rendent compte que le Dialogue inclusif réclamé par les uns et, rejeté par les autres, chemine vers l’impasse. Le principal obstacle à sa tenue se trouve être la divergence autour de la médiation. Mais il y a aussi un troisième front qui a mis une croix définitive sur tout Dialogue et exige que la CENI conduise le peuple congolais aux urnes, en commençant par la présidentielle et les législatives nationales, dans le délai constitutionnel.

Tshisekedi rappelle l’exigence d’une médiation internationale

A l’UDPS, on est d’accord avec Kabila sur la tenue d’un Dialogue, mais en posant comme préalable, une médiation internationale. Réagissant au discours du président Kabila prononcé à l’occasion de la commémoration du 55ème anniversaire de l’indépendance, son Secrétaire national chargé des Relations Extérieures, Félix Tshisekedi, a été tranchant : pas de médiation internationale…pas de Dialogue ! Intervenant sur les antennes de la radio Top Congo hier mercredi 01 juillet 2015, il a fait remarquer que le Dialogue découle de la volonté de la communauté internationale, conformément à l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba et à la Résolution 2098 des Nations Unies pour résoudre la crise politique née de la débâcle électorale du 28 novembre 2011.

A son avis, Joseph Kabila qui fait partie de la crise, ne peut pas être à la fois juge et partie. Il a rappelé que ce dernier avait convoqué, dans un passé récent, les Concertations nationales, qui avaient accouché d’une souris, en lieu et place du Dialogue exigé par la communauté internationale.

Les observateurs notent que Félix Tshisekedi n’a fait que s’aligner sur la position de son père, exprimée à partir de Bruxelles, en faveur d’un Dialogue à placer sous la médiation internationale, dans son message du 30 juin 2015 au peuple congolais. On signale qu’Etienne Tshisekedi a, une fois de plus, prévenu que s’il y a des agendas cachés destinés à favoriser un quelconque glissement de mandat présidentiel ou autre, le peuple prendra ses responsabilités.

Atundu soutient que l’Accord-cadre d’Addis-Abeba est muet

Du côté de la Majorité, on rejette en bloc la médiation internationale. Tout le monde adhère à la vision de l’« Autorité morale » qui préconise un dialogue entre Congolais, sans ingérences extérieures.

André Alain Atundu, contrairement à Félix Tshisekedi, estime que le Dialogue est une initiative du président de la République et non de la communauté internationale. Ce haut cadre de la Majorité affirme que la médiation internationale ne transparait nulle part dans l’Accord-cadre d’Addis-Abeba tant évoqué par l’Opposition. Par conséquent, ce texte étant muet sur cette question, il n’y a pas de raison que les Congolais se mettent sous la coupe d’un médiateur ou facilitateur étranger.

Mbikayi suggère une co-médiation Monsengwo-Marini

A l’opposition dite nationaliste, Steve Mbikayi suggère une co-médiation à animer par le cardinal Mgr Laurent Monsengwo et le chef de l’Eglise protestante, Mgr Marini Bodho. Il a ajouté que dans l’hypothèse où ces deux chefs religieux ne feraient pas l’unanimité, au lieu d’une médiation occidentale, les Congolais pourraient se tourner vers un médiateur africain, en la personne de l’ancien Président sénégalais et Secrétaire Général honoraire de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Abdou Diouf.

Kamerhe, Bazaiba, Fayulu, Sesanga, Vuemba, Bussa, Makila, Kiakwama… persistent et signent : priorité aux élections !

La position d’une autre frange importante de l’opposition regroupée au sein de la « Dynamique pour l’Unité d’Action » face à la nouvelle main tendue de Kabila est attendue dans les tout prochains jours. Mais les ténors de cette plate-forme politique, à savoir Vital Kamerhe, Eve Bazaiba, Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Claude Vuemba, Jean-Lucien Bussa, José Makila, Gilbert Kiakwama, …ont déjà tourné la page de ce Dialogue initié par le président de la République.

Ils persistent et signent que ce Dialogue est sans objet en plein processus électoral et que la priorité des priorités devrait être l’organisation des élections présidentielle et législatives dans le délai constitutionnel ( 27 novembre 2016). S’il y a une quelconque concertation à organiser entre partenaires politiques, elle devrait concerner la gouvernance électorale, dans le cadre de la tripartite CENI-Majorité-Opposition.

Il faut noter que le mardi 30 juin 2015, le MLC (Mouvement de Libération du Congo), par la voix de sa Secrétaire générale, Eve Bazaiba, a jugé inopportun un dialogue autour du processus électoral. Elle a répété que l’organisation des élections est une exigence constitutionnelle qui ne nécessite pas un conciliabule.

ERIC WEMBA

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