A Kinshasa: Shégué un jour, Kuluna pour toujours!

Indéniablement, le mot « shégué »* rappelle celui du révolutionnaire Che Guevara qui fit trembler le monde dans les années 60. En RD Congo, ses « homonymes », les « shégués » qui se sont mutés en phénomène « Kuluna » commencent également à faire trembler le pays mais naturellement pas pour les même raisons.

Tristement célèbres, ces jadis « enfants des rues» s’illustrent de plus en plus dans des actes de violence urbaine, à Kinshasa et dans les autres villes du pays. L’inquiétude s’installe dans toutes les couches de la population : chez les politiciens, religieux, commerçants, étudiants, ménagères…

Selon Olivier Nkanga, sociologue congolais vivant à Rabat, il faut comprendre le phénomène des enfants des rues comme « une des conséquences négatives de l’urbanisation dans les pays en voie de développement ». Il cite les travaux de Gilbert Blardone dans son ouvrage  » l’environnement sociopolitique, croissance démographique et urbanisation » écrit en 1972.

Au fil des années, les « shégués » sont devenu un véritable groupe social, légitimé entre autres par des chanteurs congolais. Plus leur nombre augmente plus le potentiel du danger qu’ils représentent devient perceptible, et aujourd’hui on parle même du phénomène « Kuluna ». Armés d’armes banches, formant une véritable armée et larvée de rivalités en son sein même, ces Kuluna constituent un problème majeur pour la société congolais. Cette mutation est réelle, il est donc plus qu’urgent de s’attaquer à la racine du problème. Les acteurs de terrains préconisent une action sociale de prévention, et de gestion forte et durable dans le temps. La presse congolaise fait, chaque semaine, écho des violences urbaines dont sont responsables les Kuluna.

2001 sera l’année où la mutation atteindra son paroxysme. Kinshasa se souviendra à jamais de ce jour où, un Shégué perdra la vie lors d’une altercation avec un policier. La réponse des Shégués ne se fera pas attendre, ils sèmeront la pagaille au centre ville de Kinshasa.

Novembre 2004, des shégués de Mbuji Mayi, la ville minière du Kasaï, attaquent des chercheurs diamants. Ceux-ci ne se laisseront pas faire et il y eut un affrontement à l’arme blanche. Selon la presse, 23 shégués seront gravement blessés.

Octobre 2005, le chanteur JB Mpiana se fait voler son sac, alors qu’il est tombé dans un piège au moment où il tentait de s’interposer dans une fausse bagarre de shégués, en plein centre ville de Kinshasa. Un mois, plus tôt, les shégués avaient poussé le cynisme en agressant les fidèles de l’Eglise Dieu Vivant au stade Tata Raphaël de Kinshasa, pendant les funérailles du pasteur Jacques Sikatenda, arrachant bijoux, téléphones portables et espèces.

Décembre 2005, un shégué passe un commerçant à tabac en plein marché central de Kinshasa et opère un vol à son étalage. Les commerçants du marché central réagissent aussitôt en s’en prennent au shégué en question. Une fois de plus, ce fut l’escalade de la violence entre les commerçants excédés et les marginaux de la rue. L’intervention musclée de la police ne fera pas dans le détail ; environ 500 shégués seront arrêtés par la suite. La plupart seront libérés quelques jours plus tard grâce aux pressions des organismes de droits de l’homme.

Janvier 2006, c’est à Kisangani, au nord de la RDC, que les shégués vont terroriser le propriétaire de la boulangerie «  Kona Baker » au point de le menacer à l’arme blanche et de vouloir mettre à sac la boulangerie. Les marginaux reprochaient au boulanger de les avoir réveillés bruyamment alors qu’ils squattaient la devanture de l’établissement, vers 7 h du matin.
Dans ce déchaînement de violence la police apparaît, une fois de plus, comme le seul recours immédiat pour contenir le fléau. Ces enfants, exclus, chosifiés, diabolisés, marginalisés (à tord ou à raison), constituent une sorte de bombe à retardement qu’il faut désamorcer.
Mais comment??? A vous la parole !

* D’une source à une autre l’origine du Mot Shégué diffère. Selon une autre, il dérive du mot « shengen » ; lors que l’Union Européenne avait introduit le Visa Shengen, beaucoup de sans-papiers congolais en profitaient pour pouvoir circuler en fuyant la police d’un pays à l’autre. (Assez crédible)

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