Ambroise Boimbo, l’homme qui a « humilié le Roi des Belges » au Congo

Le Congo belge. Lors de la parade mettant en scène le jeune roi et le futur président Joseph Kasa-Vubu, cet ancien combattant devenu électricien commis l’impensable en prenant l’épée royale dans la voiture décapotable qui les conduisait.

Avant de développer sur ce qui pourrait passer pour un fait divers anecdotique, il est nécéssaire d’effectuer une mise en contexte historique. Le Congo se distingue des autres pays africains du fait qu’il ne fut pas une colonie de l’état belge mais une propriété personnelle du roi belge Léopold II. Celui-ci envoya un journaliste et explorateur britannique, Henri Morgan Stanley, en expédition pour lui tailler une part de “ce magnifique gâteau africain”. C’est ainsi qu’après avoir convaincu plus de 400 chefs tribaux d’abandonner leur souveraineté, Stanley acquit pour l’enrichissement personnel du roi belge, un territoire équivalant à 75 fois la taille de la Belgique.

Après donc 75 longues années d’exploitation intense du sol, du sous-sol et des hommes du Congo, le roi Baudoin vint “offrir” l’indépendance aux braves congolais sans oublier de déclarer devant le peuple que l’indépendance ainsi octroyée est le fruit du génie politique de son oncle Léopold II, pourtant responsable de la mort de 5 à 15 millions de congolais. C’est dans ce contexte insultant pour la dignité humaine que Ambroise défie l’autorité ainsi établie comme pour crier haut et fort: “Non, nous ne recevons pas la liberté, nous la prenons”.

Le fait que Ambroise Boimbo ait été vite maîtrisé est anecdotique car ce qui demeure, c’est le pouvoir symbolique de ce geste, immortalisé par le photographe allemand Robert Lebeck. Pour beaucoup de congolais, la déclaration d’indépendance ne s’est pas faite par les discours du 30 juin 1960 mais par le vol de l’épée le 29 juin 1960.

Après son arrestation, Ambroise Boimbo déclare à la police :

« En tant qu’ancien militaire, on nous a appris que le pouvoir d’un chef réside en son bâton de commandement, ou à son épée. Alors que nous venions d’obtenir notre indépendance, je ne comprenais pas comment le roi des belges, qui n’était plus notre roi, venait parader chez nous avec son épée, comme s’il était encore le commandant en chef de notre armée. C’est pour le signifier au monde entier que je lui ai arraché son épée.  Je ne voulais lui faire aucun mal »

Ambroise Boimbo est mort en 1989 et est resté dans l’anonymat jusqu’à ce que, à l’occasion du cinquantenaire des indépendances, une équipe de journalistes belges enquête sur son identité et retrouve sa sépulture.

 

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