De nombreux observateurs avertis craignent que la plainte déposée au Parquet Général serve à régler des comptes à des adversaires politiques potentiels avant l’échéance électorale de 2016

A en croire le Professeur Luzolo Bambi Lesa, Conseiller Spécial à la Présidence de la République chargé des questions ayant trait à la bonne gouvernance, à la lutte contre la corruption, au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, Joseph Kabila a déposé, mardi dernier par son entremise au Parquet Général de la République, la première plainte de l’Etat Congolais contre des auteurs présumés de corruption, de détournement de derniers publics et de tant d’autres forfaits graves qui préjudicient le pays dans différents domaines en accentuant la fracture sociale.

Cette plainte porte sur les faits répréhensibles ci-après : importation frauduleuse de billets de banque en devises fortes (opération de blanchiment de capitaux) dans laquelle des banques commerciales et des particuliers se compromettent gravement ; les transferts frauduleux de fonds à l’étranger au profit des entreprises ou des particuliers exerçant leurs activités en RDC (fuite de capitaux) ; les fraudes et autres us comparables dans le chef notamment des agences en douane, de responsables de la douane et de services des impôts et, enfin, les faits de détournements de deniers publics et de corruption en particulier, les principaux concernés étant de hauts fonctionnaires de l’administration publique, de personnalité politique de haut rang et des particuliers issus de différents horizons économiques et sociaux !

Le Conseiller spécial Luzolo Bambi Lesa était tenu à livrer l’information de la présidence à la face du monde sans citer les noms de personnes concernées par cette première plainte de Joseph Kabila au nom de l’Etat congolais. Mais les personnes qui se reconnaissent s’organisent sans doute en conséquence pour présenter leurs moyens de défense et parer à toute éventualité.

Des interrogations demeurent

Des statistiques fiables disponibles indiquent que la RDC occupe la 154e place sur les 174 pays figurant à l’échelle de comparaison des nations gangrenées par la corruption de par le monde et que l’état de upérisation dans lequel vivent ses populations dans les villes et campagnes a déjà atteint la côte d’alerte maximale !

Mais de nombreux observateurs nationaux et étrangers craignent que l’initiative de Joseph Kabila de s’attaquer à l’immense montagne de crises perpétrées contre son pays pendant plus d’une décennie soit arrivée trop tard !
D’autres encore redoutent qu’elle ne serve qu’à régler des comptes à des adversaires politiques potentiels avant l’échéance électorale 2016.

Surtout quand on sait que des voix discordantes ont été enregistrées au sein de l’actuelle Majorité présidentielle à propos des acrobaties initiées par le pouvoir à travers le Parlement, la CENI ou les consultations en cours pour ouvrir la voie à un glissement ou permettre à l’actuel Chef de l’Etat de solliciter un nouveau suffrage, alors qu’il en est à son second et dernier mandat.

Maintenant que la plainte est déposée entre les mains du Procureur Général de la République, l’opinion nationale et internationale attend désormais un procès en règle, mais aussi et surtout des sanctions exemplaires à l’endroit des coupables pour mettre fin à l’impunité. Même si ces coupables appartenaient au cercle restreint des proches de l’actuel Chef de l’Etat ou de ses protégés.

Il y a lieu cependant de relever que les services pénitentiaires du pays risquent de manquer de places pour loger les personnes qui seront reconnues coupables au terme de ce procès, tellement le nombre de présumés corrupteurs, de corrompus et autres torpilleurs de l’Etat dépasse tout entendement !

En effet, dans toutes les catégories sociales du pays des milliers de concitoyens tombent sous la couverture de la plainte introduite par Joseph Kabila auprès du Procureur Général de la République.

Par où ce dernier pourrait commencer pour frapper avec plus de chances de punir les vrais corrupteurs et corrompus ? Est-ce dans les rangs des ministres et chefs de corps constitués ? Est-ce dans ceux des plus proches collaborateurs de Kabila ? Est-ce parmi des hommes d’affaires nationaux et étrangers très influents ? Est-ce dans le groupe de petits citoyens ? Voilà autant de questions pour lesquelles les Congolais attendent des réponses rassurantes.

Par Kambale Mutogherwa