Les nuits blanches de Joseph Kabila

Après avoir renoncé à modifier la Constitution et la loi électorale ,le président congolais est enquête d’un consensus politique pour se maintenir au pouvoir après 2016.Mais la convocation d’un« dialogue national » pour apaiser le climat politique et discuter du calendrier électoral ne trouve pas de preneurs.

 

Joseph Kabila continue ses consultations en vue du dialogue national qu’il appelle de ses voeux. Mais pour l’instant, on ne se bouscule pas autour du Chef de l’Etat. Les principaux partis d’opposition ont décliné l’offre et veulent discuter du calendrier électoral, un des motifs de la crise politique, seulement avec la Commission électorale et non avec le président Kabila. Seuls quelques petits partis d’opposition et des alliés de la majorité présidentielle ont accepté d’être « consulté » par  Joseph Kabila. Causes de ce manque d’enthousiasme pour le dialogue national : un grand flou sur le contenu du rendez-vous. L’objectif du dialogue et ses contours restent jusqu’à aujourd’hui inconnus. Pourtant, derrière la volonté de dialogue et d’apaisement du climat politique voulus par le président congolais, se cache un dilemme difficile à résoudre.

Sortie « par le haut » ou « par le bas »

Au pouvoir depuis 2001 et après une longue période de transition politique, Joseph Kabila doit normalement quitter le pouvoir fin 2016, la Constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat consécutif. Seulement voilà, à seulement 43 ans, on peut difficilement imaginer que Joseph Kabila veuille quitter le pouvoir. C’est en tout cas ce que pense l’opposition qui tire la sonnette d’alarme depuis la réélection contestée du président congolais de novembre 2011. Depuis cette date, Joseph Kabila cherche la sortie. D’abord « par le haut », en essayant de se maintenir au pouvoir au-delà de 2016, mais aussi « par le bas », tentant d’anticiper son départ du pouvoir. Autant le dire tout de suite, le président Kabila privilégie encore la sortie « par le haut » en s’accrochant à son fauteuil. Mais plus le temps passe, plus les portes du pouvoir se ferment devant celui qui était encore, il y a 14 ans, le plus jeune chef d’Etat de la planète.

Des solutions qui s’éloignent

En un peu plus d’un an, la possibilité de modifier la Constitution pour pouvoir se représenter en 2016 s’est définitivement éloignée du président Kabila. Il y a tout d’abord eu la pression internationale : John Kerry à Kinshasa, puis François Hollande à Dakar ont vivement conseillé à Joseph Kabila de « respecter la Constitution » et donc de ne pas briguer un nouveau mandat. Il y  a ensuite eu la chute aussi inattendue que rapide du président Blaise Compaoré au Burkina Faso. Un président qui souhaitait, lui aussi, « tripatouiller » la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Une douche froide pour Kinshasa, qui cherche tout de même à jouer la montre en modifiant la loi électorale et lier l’élection présidentielle de 2016 à un recensement global de la population, qui prendrait au minimum… trois ans. Un tour de passe passe que la rue kinésie ne digère pas : trois jours d’émeutes dans la capitale, assortis d’une répression violente, ont raison du texte dont l’alinéa litigieux est rapidement amendé.

« Glissement » : la manière douce

Reste le calendrier. Si Joseph Kabila ne peut décemment jouer sur la Constitution et les textes, il peut encore « rallonger » son mandat en faisant traîner la mise en place des futures élections. Et dans cette stratégie du « glissement » du calendrier électoral, Joseph Kabila est plutôt bien parti. La Commission électorale (CENI) doit en effet organiser sept scrutins en moins de deux ans, sans fichier électoral fiable, sans moyens financiers suffisant et dans un flou institutionnel causé par un opportun redécoupage des provinces. Dans cette stratégie du « glissement », Joseph Kabila cherche donc rapidement un consensus politique autour de sa personne afin de pouvoir se maintenir au pouvoir, en dehors de tout cadre constitutionnel. Une première tentative de « gouvernement de cohésion national », issu des Concertations de 2013, n’a pas atteint son objectif, Josep Kabila cherche donc un nouveau consensus deux ans plus tard, avec la mise en place d’un « dialogue national ». La ficelle étant un peu grosse, aucun gros poisson n’a mordu à l’hameçon.

Transition-bis ?

Pour le moment, Joseph Kabila a pu s’entretenir avec les chefs religieux et quelques leaders politiques de second plan. Sans surprise, le Cardinal Laurent Monsengwo, très critique sur la présidence Kabila, a exigé « qu’on ne déborde pas sur les délais constitutionnels ». Des partis d’opposition plus « modestes » comme le PT de Steve Mbikayi, le RCD de Ruberwa ou Clément Kanku, prônent également « le respect de la Constitution », « un calendrier électoral consensuel », mais aussi « le report de certaines élections ». Même son de cloche de Ne Muamda Nsemi,  député de « Congo Pax » (ex-Bundu dia Kongo), qui en a profité pour qualifier de « travail bâclé », le calendrier de la CENI.  Avant de déclarer que « ces problèmes doivent d’abord être réglés avant d’aller aux élections. Peu importe le délai que ça pourra prendre ». En écoutant Ne Muamda Nsemi, on se demande en fait, si ce n’est pas cela que voulait entendre Joseph Kabila : un calendrier irréaliste que personne ne veut et dont la faute reposerait uniquement sur la CENI. Des prétextes qui amèneraient le président Kabila à repousser le calendrier électoral et ouvrirait la porte à une période de transition politique. Ce « glissement » conduirait alors Joseph Kabila « hors-mandat », et lui permettrait alors de se représenter à la  prochaine élection présidentielle, la période de transition « remettant les compteurs à zéro ».

Avertissement américain

On peut dire qu’avec cet appel au dialogue national, le président Kabila ne baisse pas les bras sur la possibilité de se maintenait au pouvoir après 2016. Peut-être finira-t-il par plier et par désigner un « dauphin » pour porter les couleurs de sa majorité politique, mais pour le moment, on en est encore loin, comme le montre ce dernier rappel à l’ordre de Tom Malinowski, secrétaire d’État américain adjoint à la Démocratie et aux droits de l’Homme. Pour ce haut responsable US, « le dialogue devrait uniquement être concentré sur les problèmes électoraux et ne pas servir de prétexte pour retarder les élections ». Et de conclure, faisant allusion à la crise burundaise :  « la limite des mandats est bonne pour la démocratie et la stabilité ». Le message est clair.

Par Christophe RIGAUD – Afrikarabia

 

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