Frictions diplomatiques autour du financement des élections en RDC

La question du financement des élections en République démocratique du Congo (RDC) complique de nouveau les relations entre la communauté internationale et Kinshasa, alors qu’une partie de l’opposition rejette le « dialogue national » recherché par le président Joseph Kabila en vue d’obtenir un consensus sur le calendrier électoral.

La RDC se prépare pour une série d’élections: quatre scrutins au suffrage direct (et plusieurs autres, indirects) censés démarrer en octobre pour s’achever par la présidentielle en novembre 2016.

Le pays traverse une crise politique depuis la réélection de M. Kabila en 2011 à l’issue d’élections marquées par des fraudes massives. Le climat politique est particulièrement tendu depuis le début de l’année et les violences meurtrières qui ont accompagné l’examen de la nouvelle loi électorale au Parlement.

L’insistance avec laquelle les Occidentaux demandent à M. Kabila de quitter le pouvoir fin 2016 est également très mal perçue par Kinshasa et entraîne régulièrement des frictions diplomatiques.

La Constitution interdit au président Kabila, au pouvoir depuis 2001, de se représenter. L’opposition dans son ensemble et une partie de la majorité soupçonnent le chef de l’État de chercher à tout faire pour se maintenir à son poste au-delà de la fin de son second quinquennat.

Kabila pour un troisième mandat ? 

Début juin, M. Kabila a entamé des consultations politiques en vue de la tenue d’un « dialogue national » destiné à obtenir un consensus sur les élections. D’une manière générale, l’opposition apparaît réticente à engager le dialogue, craignant une manoeuvre pour retarder les élections.

Jeudi, le président a reçu les chefs de missions diplomatiques accrédités à Kinshasa. Lors de cette réunion, les représentants de l’Union européenne et des Nations unies ont dit au président que l’ONU et l’UE comptaient limiter leur soutien, sous conditions, à la présidentielle et aux législatives de 2016.

Selon des sources diplomatiques, le chef de la Mission de l’ONU au Congo (Monusco), Martin Kobler, et l’ambassadeur de l’UE ont recommandé au président de mettre l’accent sur ces deux scrutins, quitte à organiser après novembre 2016 les autres élections censées avoir lieu avant cette date.

« Le gouvernement s’inscrit en faux contre l’idée selon laquelle il existerait des élections plus importantes que d’autres« , a réagi le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, dans un communiqué. « La matière électorale relève de la souveraineté d’un peuple« , a-t-il ajouté.

L’UE et les États-Unis ont dit à plusieurs reprises être prêts à soutenir financièrement le processus électoral en RDC mais tardent à débloquer des fonds.

L’organisation des élections, un enjeu stratégique primordial

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) évalue le coût des élections de 2015 et 2016 à 1,2 milliard de dollars. Des hommes politiques de l’opposition comme de la majorité ont mis en garde contre le fait que l’État congolais, qui dispose d’un budget d’environ neuf milliards de dollars pour 2015, n’avait pas les ressources pour assumer seul une telle charge.

Certains opposants craignent que la tenue des élections locales, provinciales et sénatoriales avant la présidentielle et les législatives de 2016 ne consomme tous les fonds disponibles et n’entraîne un report de ces deux derniers scrutins.

Plusieurs hommes politiques, diplomates ou analystes, s’inquiètent également de la capacité du pays à organiser, sans soutien logistique extérieur, les scrutins prévus, dans un pays grand comme 80 fois la Belgique et largement dépourvu d’infrastructures.

D’autres déplorent que la Céni ait exclu de fait des listes électorales des provinciales et locales tous les jeunes devenus majeurs depuis 2011.

Vendredi, au sortir d’une réunion avec la Céni, le directeur de la division des Affaires politiques de la Monusco, Ray Torres, a rappelé que l’ONU ne fournirait un soutien logistique et technique à la RDC que si elle juge « crédible » l’ensemble du processus électoral.

Début juin, le cercle de réflexion International Crisis Group (ICG) a invité la communauté internationale a ne « pas commettre les mêmes erreurs qu’en 2011« , mais à « se tenir prête à retirer son soutien si le processus électoral est biaisé« .

A l’époque, l’ONU avait apporté un soutien logistique important aux élections, notamment en acheminant le matériel de vote en de nombreux points du pays.
Belga

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire