Depuis une dizaine d’années, des prostituées européennes et des asiatiques ont fait leur apparition sur le continent africain. Notamment des Chinoises, accusées de casser les prix.

Souvent décriée pour embaucher exclusivement ses expatriés sur ses chantiers africains, la Chine semble avoir poussé cet entre-soi encore plus loin. Depuis une dizaine d’années – ce qui coïncide avec l’arrivée massive de milliers d’ouvriers chinois -, de nombreuses professionnelles du sexe venant de l’empire du Milieu ont fait leur apparition dans les principales capitales du continent.

Ces jeunes femmes arrivent le plus souvent par groupes de cinq à vingt, sans se fixer dans un pays en particulier. Mobiles, elles se déplacent au gré des contrats juteux remportés par les entreprises multinationales. « Depuis quelque temps, les Chinoises installées au Cameroun migrent vers la Guinée équatoriale pour y trouver des compatriotes, mais aussi des expatriés d’autres nationalités », explique le Camerounais Basile Ndjio, docteur en anthropologie sociale et culturelle.

Il estime entre 300 et 700 le nombre de prostituées chinoises présentes à Douala. Ces nouvelles venues ciblent toutes les couches de la société, et adaptent leurs tarifs en fonction du client et du lieu où elles exercent. De 3 euros la passe pour une prostitution de rue, le prix peut grimper jusqu’à 70 euros pour un expatrié occidental. Les Camerounaises y voient une concurrence déloyale…

Autre lieu, autres moeurs. À Bamako, où la prostitution n’est pas interdite, les « bars chinois » sont bien connus pour proposer les tarifs les plus bas de la capitale malienne, une passe se négociant autour de 5 000 F CFA (7,60 euros). Mais il ne faut pas se méprendre : si le troquet est tenu par un ressortissant chinois, les « fées », elles, sont africaines. Et si, comme partout, les Chinoises ont fait leur apparition, les filles les plus recherchées ont la peau blanche et viennent pour la plupart d’Ukraine.

Ces escort-girls exercent le plus souvent en marge d’une activité salariée, faisant les beaux jours des établissements de nuit, notamment le Byblos et l’Appaloosa, qui se disputent leurs contrats. Ceux-ci, d’une durée qui n’excède pas six mois, comprennent une clause de non-concurrence empêchant les jeunes femmes d’aller travailler ailleurs au Mali, même à leur terme. Après quoi, soit elles rentrent chez elles, soit elles se rendent dans d’autres pays, notamment les Émirats arabes unis.

Durcir les conditions d’obtention d’un visa

« Elles sont payées environ 400 dollars [autour de 310 euros] par mois pour inciter les clients à consommer. Leur présence attire des gens prêts à dépenser beaucoup d’argent. Les patrons ne se préoccupent pas de ce qu’elles font à côté. Pour nous, il n’y a pas de proxénétisme », explique un officier de police.

Néanmoins, les mesures prises par la Direction de la police nationale pour durcir les conditions d’obtention d’un visa pour les Russes et les Ukrainiens s’inscriraient dans la lutte contre la traite d’êtres humains, sans que cela soit clairement affirmé. Car une étrange ambiguïté entoure le statut des femmes ukrainiennes. Bien qu’elles soient installées depuis longtemps au Mali, la brigade des moeurs assure n’en avoir jamais entendu parler… Circulez, il n’y a rien à voir.

Bamako’s connection

La Brigade des moeurs malienne a recensé, de début 2013 au premier trimestre de 2014, 128 travailleuses du sexe déclarées par les tenanciers d’établissements (bars, discothèques, restaurants, hôtels…) où elles exercent à Bamako. Un chiffre stable par rapport aux années précédentes, et sûrement en dessous de la réalité. Les Maliennes ne constituent que 5 % à 6 % de cet ensemble.

La nationalité nigériane est la plus représentée, suivie par les nationalités guinéenne, ivoirienne, camerounaise, sénégalaise, béninoise, sierra-léonaise et marocaine. Les femmes du royaume chérifien, très prisées, proposent les tarifs les plus élevés de la capitale. Si une partie des Nigérianes émigrent pour se prostituer en toute conscience, d’autres sont abusées par la promesse d’un travail dans la coiffure ou la restauration… avant d’être contraintes à la prostitution.