Voilà déjà cinq ans que disparaissaient, à la suite d’une banale convocation dans les locaux de la police kinoise, l’ardent défenseur des droits de l’homme, Floribert Chebeya et son chauffeur, Fidèle Bazana.  Et depuis ce fatidique 1er juin 2010, c’est la nuit et le brouillard.  Mais qui a donc tué l’icône Chebeya et son chauffeur ? Question à la fois tragique et lancinante, dont la réponse devait jaillir de la bouche du patron de la police John Numbi, auteur de cette convocation de malheur.  Toute la RDC et les ONG officiant dans ce pays savent que le héraut des droits de l’homme au Congo était l’enfant terrible qui donnait de l’urticaire au pouvoir de Kinshasa. Tous savent que cet homme, par son action, était la mauvaise conscience de Kabila.

Comment, dans une république normale, un homme de la facture de Chebeya, peut-il  être mis à mort à la suite d’une convocation officielle, sans qu’on puisse en identifier les assassins ?  Et comment une personne humaine comme le chauffeur,  Fidèle Bazana, qui a conduit son patron dans le désormais sinistre commissariat, peut-il disparaître à ce point comme par un tour de prestidigitation ? Même le plus doué des fakirs ne peut réussir à soustraire à jamais un homme du regard des spectateurs. En tout cas, ce triste anniversaire vient rappeler à la conscience humaine, que les régimes des républiques bananières ne reculent devant aucune barrière lorsqu’il s’agit de défendre la tranquillité de leur pouvoir.

 

Tant que Kabila et ses affidés seront au pouvoir,  il est vain de croire que la justice dissipera toutes les ténèbres qui entourent ces drames hautement politiques

Cette triste commémoration vient rappeler aussi le prix très élevé que paient les chevaliers intrépides des droits de l’homme sur le continent dont les fils et filles aspirent à la justice et à la liberté. Chebeya et Bazana ! L’évocation de ces noms renvoie à l’inextricable faisceau de mystères qui, telles des toiles d’araignées,  enveloppent Kinshasa et ses puissants du jour.  Sous les dalles des pouvoirs africains, il y a tant et tant de laideurs, de turpitudes que ceux qui les ont posées là, ne voudraient jamais se descotcher de leur fauteuil présidentiel.   C’est cela aussi qui explique, dans une large mesure, la problématique de l’alternance en Afrique.  Et plus longtemps ces messieurs restent au pouvoir, plus nombreuses seront ces dalles de la honte et des crimes.  Aujourd’hui, les mystères de  Kinshasa sont si nombreux et si épais que les assassinats de Chebeya et de Bazana ont toutes les chances de passer pour des banalités  aux yeux des bourreaux de la démocratie congolaise.

Et tant que Kabila et ses affidés seront au pouvoir,  il est vain de croire que la justice de ce pays dissipera toutes les ténèbres qui entourent ces drames hautement politiques. Vous avez dit“crimes et châtiments ” ?  Non, dans ce pays comme dans la plupart des Républiques du Gondwana,  crime rime avec impunité.

“Le Pays”