Encore ! Les jupes et les jambes des filles n’arrêtent pas de faire des remous. Cette fois, ce n’est pas en France mais en Algérie que le sujet inquiète. Une campagne de “pureté”, finement intitulée “Sois un homme” (parce que jouer sur la fibre virile peut toujours fonctionner ?) encourage les hommes algériens à ne pas laisser “leurs femmes” sortir dans une tenue qu’ils jugeraient indécente.

L’opération “Ne laisse pas tes femmes sortir avec une tenue osée” a été lancée début mai par des internautes conservateurs sur Facebook, en réaction à un incident survenu à la fac de droit d’Alger, lorsqu’un agent de sécurité a empêché une étudiante de passer le concours d’avocats parce qu’il jugeait sa robe trop courte. Elle a finalement cédé et a dû acheter un pantalon pour pouvoir passer.

L’étudiante, qui va porter plainte, avait témoigné de sa mésaventure sur TSA Algérie. Le recteur de l’université, Mohamed Tahar Hadjar – nommé depuis ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche – a quant à lui donné raison à l’agent de sécurité, arguant que le règlement “exige une tenue décente, aussi bien pour les filles que pour les garçons”. Pour lui, “il n’y a aucune discrimination”. Affaire close.

Une page Facebook “Ma dignité n’est pas dans la longueur de ma jupe” a rapidement été créée. En quelques jours, 15 000 personnes ont suivi la page et ont partagé des photos de leurs jambes. La réalisatrice Sofia Djama témoigne de sa démarche sur Les Observateurs de France 24. Pour elle, la page de soutien qu’elle a créée est “comme un aveu d’échec, le corps de la femme devient un champ de bataille quand la situation d’un pays est désastreuse. A force de rester silencieuses, on perd nos petits acquis et la condition de la femme dans l’espace public régresse. Aujourd’hui, la violence verbale est quotidienne et normalisée. C’est hyper violent de marcher dans la capitale, à Alger, en jupe ou en pantalon.”

Aujourd’hui, selon le site Algérie focus, la campagne “Sois un homme” “prend une ampleur inquiétante”. Les motifs avancés pour cette action ? “La nécessité que chaque homme impose à sa femme, sa mère et ses sœurs la pudeur en leur dictant le port de tenues amples et longues, “qui dissimulent leur féminité, afin de lutter contre le phénomène du harcèlement sexuel.” Ce qui leur semble urgent à l’approche de l’été, époque pendant laquelle les femmes semblent avoir tendance à moins se couvrir.

Que font ces activistes pour lutter contre le harcèlement ? Ils s’échangent donc des photos du slogan de la campagne, noté sur des feuilles…

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Parmi les photos postées, on trouve aussi un “bon” père de famille de la ville de Blida qui pose, avec celles qui semblent être ses quatre toutes jeunes filles, voilées, tenant un panneau reprenant le slogan de la campagne.

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Selon CNN arabic, de nombreux cheikhs se sont aussi prononcés en faveur de l’initiative. Comme Monhim Abdel Samad Qoweider, imam d’une mosquée à Borj el Bahri, dans la banlieue d’Alger, qui estime que les habits doivent prouver la moralité des personnes, l’indécence étant le contraire de la beauté.

Le caricaturiste algérien Dilem tourne en ridicule “le débat qui anime la société algérienne”.

Le site d’information Algérie focus interroge : “Est-ce réellement par ce moyen que nous allons en finir avec ce fléau ?” “Pourquoi ces jeunes ne mènent-ils pas une campagne contre les harceleurs qui, au lieu de suivre les préceptes de l’islam ‘en baissant leur regard au passage des femmes’, préfèrent les déshabiller du regard, les insulter et les agresser ?” Et de rappeler que “le problème ne vient pas de la tenue que porte la femme, car celles qui sont voilées sont également ciblées par ce fléau.”

D’ailleurs, dans la vidéo “Une fille dans les rues d’Alger”, réalisée en novembre sur le même modèle que celle de New York, on voit une jeune fille arpenter les rues de la capitale et subir insultes et drague très lourde par des passants – qu’elle soit voilée ou pas.