Mathieu Ngudjolo en danger à Kinshasa?

Mathieu Ngudjolo est de retour au pays après sept ans d’absence. Les autorités néerlandaises ont expulsé lundi 11 mai vers la République démocratique du Congo l’ancien chef rebelle que la Cour pénale internationale (CPI) avait acquitté en 2012, avant de confirmer son jugement en appel en 2015. Le retour aurait été discret. « C’est passé inaperçu : mes services (…) n’ont pas été informés de son retour. Si c’était sensible, on aurait pris des dispositions », raconte Georges Tabora, directeur de l’aéroport international de Kinshasa.

A son arrivée, le colonel Ngudjolo a été « accueilli » par les services de sécurité, « ce qui est la règle, dans ce genre de cas, pour toutes les personnes en uniforme », souligne Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais. Il a « demandé au gouvernement de le prendre en charge pendant sept jours à l’hôtel, avant d’aller en Ituri » – sa région natale, dans le nord-est du pays – et les autorités ont accepté sa requête, précise Lambert Mende.

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Un proche de l’officier qui a requis l’anonymat et dit avoir passé toute la soirée de mardi avec Mathieu Ngudjolo assure que celui-ci « a une bonne sécurité. Il est à l’aise et il va bien ».

Mathieu Ngudjolo, 44 ans, a été l’un des chefs des Forces nationalistes et intégrationnistes (FNI), principalement actives dans les années 2000 en Ituri, un district riche en or de la province Orientale qui attire les groupes armés. En 2008 – peu après qu’il a été nommé colonel d’armée, un grade obtenu contre la signature d’un accord de paix – Kinshasa l’a transféré à la CPI, qui l’accusait d’avoir dirigé en février 2003 une attaque contre le village de Bogoro, où plus de 200 personnes ont été tuées sur une base ethnique.

Après la confirmation de son acquittement le 27 février, faute de preuves, Mathieu Ngudjolo s’est dit en danger pour avoir mis en cause de hauts responsables congolais dans l’attaque. Mais sa demande d’asile aux Pays-Bas a été rejetée. « Nous attendons, tout comme d’autres observateurs, des autorités congolaises qu’elles garantissent le bien-être et la sécurité de Mathieu Ngudjolo », a déclaré Géraldine Mattioli-Zeltner, directrice de plaidoyer du programme Justice internationale à Human Rights Watch.

« Risque de mettre l’Ituri en feu »

Pour l’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj), basée à Kinshasa, l’affaire Ngudjolo est désormais classée. En revanche, « nous souhaitons que la CPI reprenne ses enquêtes sur les personnes qui ont joué le rôle le plus important sur lesdits crimes. Germain Katanga, jugé en tant que complice, a lui été condamné, ce qui suppose que, réellement, il y a des auteurs principaux. Ce sont eux qu’il faut rechercher, et eux qu’il faut juger », plaide Me Georges Kapiamba, président de l’Acaj.

Junior Safari, directeur exécutif de l’Association congolaise pour le respect des droits humains (ACRDH), basée à Kisangani, capitale de la province Orientale, souligne pour sa part que « l’acquittement de Ngudjolo par la CPI ne veut pas dire qu’il est innocent dans les crimes commis en Ituri » mais que « faute d’éléments suffisants de preuve que l’accusation devait produire(…) ce bourreau a eu gain de cause », laissant les « victimes (…) dans une impasse terrible ».

Malgré tout, Junior Safari estime que Mathieu Ngudjolo ne devrait plus comparaître pour les accusations jugées à la CPI. Et en cas de procès sur une autre base, il souhaite que Kinshasa garantisse « le respect des standards internationaux en matière de procès équitable », ainsi que la sécurité de l’accusé, « au risque de mettre à nouveau l’Ituri en feu ». Ce district souffre déjà d’un regain de violences imputées aux Forces révolutionnaires patriotiques de l’Ituri (FPRI), l’autre milice accusée d’avoir participé – sur ordres de Germain Katanga, condamné à 12 ans de prison par la CPI – aux massacres de Bogoro.

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