Emissaire de Kabila: la mise au point de Kamerhe

Dans un communiqué daté du mardi 5 mai 2015, Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), donne quelques détails sur le « contenu du message » dont était porteur l’ »émissaire du Président de la République ».

L’homme n’est pas nommément cité dans ledit communiqué. Quatre jours après les entrevues successives, samedi 02 mai, entre l’administrateur général de l’Agence nationale de renseignements, Kalev Mutond, et les dirigeants de l’UDPS, de l’UNC et du MLC, on commence à entrevoir quelques « éclaircies ». En fait, pour sauver la face, « Joseph Kabila » – drapé dans son orgueil – dit répondre aux « demandes de dialogue » émanant des forces de l’opposition. Accord-Cadre d’Addis Abeba? Aucune allusion. Il laisse aux représentants des forces de l’opposition le soin de déterminer le « format » de ce dialogue et le moment idéal pour ce faire. Vous avez dit, marché de dupes?

Dans son communiqué, le président de l’UNC paraît décidé à jouer à fond la carte de la transparence. Vital Kamerhe est apparemment conscient de la « nervosité » qui règne au sein de l’opinion depuis l’annonce de cette démarche. Une opinion qui redoute une entourloupette.

A tort ou à raison, d’aucuns suspectent « Joseph Kabila » de caresser l’espoir de débaucher quelques opposants impécunieux, à la recherche d’un poste. But : mettre sur pied un « gouvernement de transition » d’une durée de trois ans. Bonjour le « glissement »!

Ouvrons la parenthèse. En tout cas, depuis le 24 avril 1990 date du retour au pluralisme idéologique, les professionnels zaïro-congolais de la politique ont démontré que le « Changement » claironné depuis 25 ans n’a jamais été qu’un slogan creux. Il suffit de voir le comportement de ceux qui ont accédé à la « mangeoire ». En chaque progressiste ou nationaliste autoproclamé, sommeille en réalité, un conservateur. Il va sans dire que chaque Congolais doit procéder à son auto-révolution culturelle avant de changer le Congo et le monde. Fermons la parenthèse.

Après l’entrevue avec le patron de l’ANR, Vital Kamerhe a convoqué immédiatement une « réunion extraordinaire » de la direction politique de son parti. C’était le samedi 2 et le lundi 4 mai. Il a rendu compte de l’entretien avant de donner ses « avis et considérations » sur le « contenu » du message dont était porteur le missus dominici du « raïs ».

Le communiqué de l’UNC résume le message transmis par Kalev en trois points. Primo : le président de la République a entendu de nombreuses demandes de dialogue. Secundo: Quel sera le format de ce dialogue et à quel moment se tiendrait-il? Enfin : Quels sont les termes de référence de ce dialogue?

Après « débat et délibération », la direction politique de l’UNC propose la tenue des concertations impliquant « l’ensemble » de l’opposition politique « afin de préserver l’unité de l’opposition ». La direction de l’UNC a pris ensuite l’engagement de « se rallier » à la position qu’aura arrêtée l’ensemble de l’opposition sur les questions soulevées par l’émissaire de « Joseph Kabila ». « Enfin, l’UNC réaffirme son attachement à la Constitution, au respect des droits de l’Homme ainsi que sa foi en l’avènement d’une société véritablement démocratique en RDC », conclut le communiqué.

En mettant l’accent sur son « attachement à la Constitution », la direction politique de l’UNC a manifestement compris le « piège » tendu. Dans une opinion intitulée « L’urgence de l’Etat de droit en Afrique » paru dans le quotidien français « Le Figaro » daté du mardi 5 mai 2015, le journaliste Renaud Girard écrit notamment : « (…), le président Joseph Kabila cherche tous les artifices pour ne pas respecter sa Constitution et prolonger en 2016 son pouvoir au-delà de ses deux mandats ». « Il a tort », a-t-il souligné.

Vital Kamerhe qui connaît mieux que quiconque l’acteur « Joseph Kabila » et le système qu’il incarne – pour avoir appartenu jadis à la mouvance kabiliste – paraît conscient d’un fait : « Joseph Kabila » n’a que faire de « dialogue ». L’homme n’a jamais cru qu’à la force ainsi qu’à la ruse. Le président sortant bouillonne d’une seule ambition. Celle consistant à rester calife à la place du calife après le 19 décembre 2016.

Connaissant la vénalité du personnel politique congolais, « Joseph Kabila » doit se frotter les mains. Cette vocation tardive d’homme de dialogue n’est qu’un marché de dupes. Une occasion de débaucher quelques personnalités en quête « de quoi manger » pour former un « gouvernement de transition ».

Certains membres de l’opposition soutiennent que le dialogue à organiser est à insérer dans l’esprit et la lettre de l’Accord-Cadre de paix signé le 24 février 2013 à Addis Abeba. Continuer et approfondir la réforme du secteur de sécurité, en particulier l’armée et la police, consolider l’autorité de l’Etat à l’Est, effectuer des progrès en matière de décentralisation, promouvoir la réconciliation nationale, la tolérance et la démocratisation sont notamment les engagements pris par « Joseph Kabila » en signant cette convention de la capitale éthiopienne.

A la lumière du communiqué de l’UNC, il est patent que Kalev Mutond prend la posture de l’envoyé du « grand seigneur ». Celui-ci ne fait que répondre aux « demandes de dialogue » exprimées ici et là. Aucune allusion à l’Accord-Cadre d’Addis. D’où le scepticisme qu’affichent quelques opposants lucides sur le « sérieux » de la mission confiée à Kalev. « Kalev Mutond est un électron libre. Il entretient des relations exécrables avec les autres grands manitous du clan kabiliste, commente un chef d’un parti de l’opposition. Il tente, sans succès, d’occuper le fauteuil laissé par Augustin Katumba Mwanke. Il fait croire à Kabila qu’il peut obtenir la décrispation du climat politique ». « La majorité présidentielle est devenue une sorte de panier à crabes, enchaîne un autre. Depuis la disparition de Katumba, la MP souffre d’un déficit de leadership. Kalev joue sa propre carte. Les forces de l’opposition doivent, à travers ce dialogue, réaffirmer leur ferme attachement à l’alternance démocratique et à l’intérêt général et non négocier pour les intérêts de quelques uns ». « Kalev Mutond est l’homme qui brime les opposants avec son complice le procureur général de la République Flory Kabange Numbi, conclut notre interlocuteur. Il n’est pas crédible pour une telle démarche ».

Il faut espérer que les autres formations politiques veilleront à jouer carte sur table à l’instar de la direction politique de l’UNC. Une chose paraît sûre : l’opinion congolaise est en état de « vigilance maximale ». « Aucun Congolais digne de ce nom ne souhaite voir Joseph Kabila à la tête du pays après l’expiration de son mandat le 19 décembre 2016 », assène un activiste politique.

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