Nord-Kivu: revoici les Rwandais!

Ce que l’on craignait depuis le mois dernier, après l’annonce par la commission mixte d’«experts» congolais et rwandais, du, début de l’opération de pose de nouvelles bornes frontalières au Nord-Kivu, est finalement arrivé. Un contingent de l’armée rwandaise, évalué à une centaine d’hommes, a traversé la frontière commune au niveau de la localité de Kasizi, dans le territoire de Nyiragongo. Selon le gouverneur de cette province, julien Paluku, des soldats rwandais ont été signalés au-delà d’un kilomètre en territoire congolais.

Des sources indépendantes parlent d’une incursion militaire opérée depuis le dimanche 19 avril 2015, tandis que l’Etat-major général des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) avance la date du mercredi 22 avril. Selon de nombreux autochtones, les « envahisseurs » campent toujours dans le territoire de Nyiragongo tandis que le gouverneur du Nord-Kivu soutient qu’ils se seraient retirés du périmètre qu’ils occupaient. Le précité a indiqué qu’une patrouille de l’armée congolaise a essuyé des tirs de la part de l’armée rwandaise dans le Parc de Virunga. Cet énième safari des troupes de Kigali au Nord-Kivu était prévisible.

En effet, la RDC a prêté elle-même le flanc à pareille situation en acceptant, depuis 2009, la proposition rwandaise consistant à revisiter la frontière commune, sous prétexte que la plupart des bornes implantées à l’époque coloniale ont disparu. Avec la rectification du tracé de la frontière, le Rwanda vient d’être placé en position favorable pour revendiquer aujourd’hui des villages, collines, plaines, rivières, champs, puits des minerais qu’il estime se trouver sur son territoire. Ainsi, au lieu de clarifier la situation frontalière, les nouvelles bornes agréées par la commission mixte d’ « experts » vient d’ouvrir une nouvelle page des conflits armés entre les deux pays.

Nyiragongo en RDC ou au Rwanda ?

Au mois de juin de l’année dernière, lorsque des escarmouches avaient été signalées entre les armées congolaise et rwandaise sur la colline de Kibumba, dans le territoire de Nyiragongo, et qu’un soldat congolais avait été pris en otage et exécuté froidement par les assaillants, les soldats rwandais soutenaient l’avoir surpris de l’autre côté de la frontière. S’agissant de l’infiltration militaire du moment, Kigali tient le même discours que par le passé, prétendant que la colline de Kasizi se trouve en territoire rwandais.

Bref, là où les officiels congolais parlent de violation de l’intégrité territoriale de la RDC à partir du territoire de Nyiragongo, leurs homologues rwandais estiment que leur armée opère à l’intérieur des frontières rwandaises.

On apprend que le Mécanisme conjoint de surveillance des frontières est saisi d’une plainte de Kinshasa contre Kigali. Le plus difficile va être, pour les «experts », de démontrer que les militaires rwandais ont réellement traversé la frontière commune. Leur travail risque de ne donner aucun résultat, dans l’hypothèse où les nouvelles bornes feraient défaut dans le secteur. Les Congolais ayant accepté eux-mêmes que la frontière commune puisse « bouger », devraient supporter les conséquences de leur « bonne foi ».

Si le Parlement avait été saisi

Comme signalé dans notre édition d’hier ainsi que dans nos livraisons antérieures, un carré restreint de concitoyens a décidé de « privatiser » le dossier de la révision de la frontière avec le Rwanda, à l’insu de la multitude et surtout des deux chambres du Parlement. Pendant six ans, soit de 2009 à 2015, ceux qui pensaient ne devoir rendre compte à personne en dehors de leur petit cercle d’initiés, ont choisi de remettre en cause, pour des raisons inavouées, les limites frontalières héritées de la colonisation et fixées lors de la Conférence internationale de Berlin, en 1885.

Présentement, Kinshasa se trouve devant le fait accompli, à savoir la poursuite de l’opération d’implantation de nouvelles bornes frontalières, porteuses de germes d’interminables conflits territoriaux avec Kigali. Le territoire de Nyiragongo ne constitue que, si l’on y prend garde, le point de départ d’un long feuilleton d’incursions militaires rwandaises à l’Est de la RDC et de querelles stériles autour du tracé de la frontière commun.

Par Kimp

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