Le Vice-premier ministre en charge de l’intérieur, Evariste Boshab, est encore revenu le samedi 18 avril 2015 à l’Assemblée nationale pour répondre aux préoccupations soulevées par les députés lors de la plénière du vendredi 17avril, consacrée à la question orale avec débat lui adressée par le député Christophe Lutundula, membre de la Majorité présidentielle. Ladite question portait sur la problématique de l’installation de nouvelles provinces et son incidence sur l’organisation des élections.

Dans sa réplique, Boshab a réaffirme la volonté sans équivoque du gouvernement d’organiser les élections dans les délais légaux. A ce sujet, il a rappelé qu’en vue de résorber les arriérés électoraux de 2006 et dans la perspective de l’organisation du 3ème cycle électoral, le gouvernement a présenté au Parlement plusieurs projets de lois en rapport avec les élections, lesquels ont été adoptés et promulgués, notamment la loi portant organisation et fonctionnement de la CENI et la loi portant organisation des élections provinciales, urbaines, municipales et locales.

Concernant la mobilisation des ressources pour l’organisation des élections, il a souligné que le gouvernement procède au décaissement régulier des crédits prévus au budget par la CENI. L’Abbé Malumalu l’a du reste reconnu dans ses dernières déclarations à la presse.

Abordant la question relative à l’installation de nouvelles provinces et son incidence sur l’organisation des élections, le patron de l’intérieur a assuré la représentation nationale que le processus déjà déclenché est irréversible. Il a fait savoir que le gouvernement s’est engagé à appliquer toutes les lois de la République, spécialement celle de programmation portant modalités d’installation de nouvelles provinces qui est en réalité une volonté du constituant depuis 2006. Evariste Boshab a déclaré que le gouvernement va s’acquitter de toutes’ ses obligations telles que prévues par les textes qui régissent la RDC.

Répondant à la question de l’honorable Baudouin Mayo qui a relevé au cours du débat la violation de l’article 5 alinéa 3 de la Constitution du fait que les élections prochaines ne prendront pas en compte plus de dix millions de nouveaux majeurs, dont l’âge varie entre 18 et 22 ans, le vice-premier ministre en charge de l’intérieur a fait remarquer que la CENI étant occupée à liquider les arriérés électoraux, pour lesquels les opérations d’enrôlement étaient déjà clôturées, l’exigence à ce jour d’un enrôlement de nouveaux majeurs non seulement ira à l’encontre des dispositions légales mais entraînerait ‘inévitablement une perturbation du calendrier électoral, et pourrait aboutir à ce fameux glissement dont tout le monde parle.

Parlant de la sécurisation des élections, Boshab a soutenu que le gouvernement a pris toutes les dispositions nécessaires pour assurer le déroulement paisible des élections.

En dépit de l’optimisme affiché par le vice-premier ministre en charge de l’intérieur, Christophe Lutundula, l’auteur de la question orale, s’est montré sceptique dans sa conclusion. Il a estimé qu’Evariste Boshab n’a pas abordé les aspects techniques de sa question en restant politique.
L’ancien vice-président de l’Assemblée nationale n’a pas caché son doute sur la capacité du gouvernement à soutenir le volet financier du découpage territorial. Selon lui, rien que la charge financière de’ 260 ministres provinciaux risque de faire imploser le budget national.
Lutundula a prévenu tous ceux qui tiraient à boulets rouges sur lui’ pendant le, débat qu’il n’était pas contre l’installation de nouvelles provinces mais qu’il était sûr et certain que financièrement, la situation risque de tourner rapidement au vinaigre.

«Si nous ne gérons pas à bon escient la décentralisation, le boomerang va nous revenir », a-t-il martelé, avant d’exprimer ses vives inquiétudes sur l’incidence financière de nouvelles provinces sur le Trésor public et la vie nationale, au risque de provoquer un cocktail insurrectionnel’ aux conséquences inimaginables.
Pour éviter, le péril en la demeure, le président du MSDD a proposé aux présidents des deux chambres du Parlement d’aller voir le président de la République pour la convocation d’une réunion interinstitutionnelle destinée à traiter cette question sensible, sans passion mais avec responsabilité.
Il faut noter que lors du débat, beaucoup de députés ont mis en cause la volonté du gouvernement de financer les élections. Bamporiki a démontré, chiffres à l’appui, que le pouvoir central n’a décaissé que 13% des crédits alloués aux élections depuis 2012.

Le député Sessanga a abondé dans le même sens, en fustigeant la non exécution du budget adopté à l’Assemblée nationale pour le processus électoral. L’élu de Luiza a accusé le gouvernement de préparer, un marasme politique avec la mise en place précipitée de nouvelles provinces, qui aura entre autres conséquences le glissement du calendrier électoral.

Pour sa part, Lokondo a fustigé l’installation précipitée et improvisée de 26 provinces. Comment le gouvernement qui n’a pas été en mesure de ‘rétrocéder les 40% prévus par la. Constitution aux 11 provinces existantes pourra-il le faire avec 26 provinces ? s’est-il interrogé. L’élu de Mbandaka a dit ne pas croire en la capacité du gouvernement d’installer les nouvelles provinces, dès lors qu’il, n’a pas été capable de décaisser 35 millions de dollars pour l’organisation de la CAN 2015 des moins d 23 ans. Les députés Shadari et Zacharie Babaswe de la Majorité ont reproché à Lutundula sa volte-face inattendue, lui qui fut dans le passé un chaud partisan du découpage territorial.

Par Eric WEMBA, Le Phare