Discrimé et peu considéré chez nous, Christian Baby Yumbi a trouvé au Congo une terre où ses qualités et ses compétences sont enfin reconnues. Il y a trois ans, il a quitté notre pays pour s’installer dans son pays d’origine. Un choix qu’il ne regrette absolument pas. Il a raconté son histoire.

Comme j’avais une belle voiture, la police m’arrêtait souvent et me demandait si j’étais joueur de foot ou vendeur de drogue

Christian Baby Yumbi

A Kinshasa, Christian Baby Yumbi est à la tête d’une affaire florissante. Vingt personnes travaillent pour lui, il a remporté plusieurs prix internationaux pour ses compétences culinaires et il veut ériger une école pour former les jeunes chefs.
En 2006, il avait pourtant été élu “meilleur jeune chef de Bruxelles”. La réussite était tout de même au rendez-vous, puisque le chef Yumbi imaginait des plats pour Delhaize.

“Je suis noir et africain: impossible de réussir”
Né en 1976 et titulaire d’un master de l’École Ritz Escoffier de Paris, le chef a fait ses premiers pas en cuisine en Belgique. Étudiant à Bruxelles, “Je nettoyais les assiettes pour financer mes études”, raconte-t-il.

M. Yumbi affirme avoir tenté sans succès de se faire une place dans de grands restaurants belges. “J’avais atteint un bon niveau, dit-il, mais il m’était presque impossible de devenir chef parce j’étais noir et africain. (…) Déstabilisé, frustré, froissé, j’avais du mal à survivre”.

Il y a trois ans, Christian choisit alors de quitter notre pays. La crise et le racisme ambiant ont eu raison de son grand rêve, celui de devenir un chef unanimement salué.

Bilingue et marié à une Belge
“Je suis allé en Europe par la force des choses. Malgré les efforts fournis – j’ai étudié, j’ai créé mon business, épousé une Belge, je parlais néerlandais – je me sentais toujours étranger. Le comble c’est que comme j’avais une belle voiture, la police m’arrêtait souvent et me demandait si j’étais joueur de football ou vendeur de drogue”, se souvient-il.

De retour à Lubumbashi, deuxième ville de l’ex-Congo belge dont il est originaire, il y implante rapidement “Re-Source”, son restaurant. Les difficultés d’approvisionnement dans une ville où “tout produit alimentaire est importé” de la Zambie voisine, finissent par jouer en faveur d’un déménagement vers Kinshasa.

© afp.
Succès à Kinshasa
En avril 2012, “Re-Source” renaît dans le quartier riche de la Gombe, où la grande majorité des restaurants reconnus est tenue par des expatriés. Loyer élevé, tracasseries fiscales et administratives, absence de main-d’œuvre qualifiée: autant de défis qu’il énumère mais qui ne le découragent pas.

“Ce qui importe le plus pour moi, c’est le plaisir de mes clients, lorsqu’ils dégustent par exemple un plat de légumes à sucer, à croquer ou à boire”, explique M. Yumbi, en travaillant debout dans la cuisine ouverte sur la piscine et le petit jardin de son restaurant “Re-Source” à Kinshasa.

Dans un pays où la grande majorité de la population peine à manger à sa faim, le choix des aliments est bien souvent peu varié et d’abord dicté en fonction de leur vertu roborative. A l’inverse, M. Yumbi innove à partir des produits locaux avec des créations légères.

Discret et réservé, le chef “accueille lui-même, cuisine et sert les clients”, témoigne une habituée du restaurant, qui apprécie les petits beignets au gingembre, très parfumés, servis en apéritif.

“Avec notre cuisine congolaise moderne, chaque produit garde son goût” original, dit M. Yumbi, tout en apprêtant des épinards. Les feuilles vertes – très consommées au Congo – sont préparées seules, sans excès d’huile, et peu cuites, à l’inverse de ce que ferait n’importe quelle ménagère.

Star chef 2014
Sélectionné par la chaîne africaine A+ (Groupe Canal+) pour représenter la RDC au concours “Star chef” 2014, il prend cela comme une chance et se donne à fond.

“La préparation, le choix des produits, la cuisson ou encore la présentation des plats, rien n’était fait au hasard. Je devais faire les choses le plus juste possible” pour retenir l’attention du jury, se souvient-il.

Et cela marche : il triomphe finalement face à onze autres concurrents et gagne 10 millions de francs CFA (15.245 euros), qu’il consacre à la rénovation de son restaurant et à la création d’une “pépinière” destinée à former de futurs cuisiniers.

A la tête de vingt employés, M. Yumbi se sent aujourd’hui “plus épanoui, plus libre au Congo” que partout ailleurs.