Décriée par les uns, adulées par les autres, la diaspora est le lieu de tous les fantasmes et un enjeu politique de taille compte tenu des élections générales à venir. Combattants, mikilistes, ngundistes, infirmières, banquiers, ingénieurs, chauffeurs de taxi, ils ont quitté la RDC mais ne l’ont jamais oubliée. Retour sur une diaspora qui ne demande qu’à contribuer au développement de son pays (ou presque).

C’est quoi la diaspora ?

Par diaspora, il faut entendre des communautés (ou des individus) éloignées de leur pays d’origine. La diaspora suppose donc une séparation de la mère patrie et la survivance d’un sentiment d’appartenance à cette dernière : par exemple, les Congolais de l’étranger peuvent se reconnaître par leurs langues natales, la musique congolaise, leurs traditions ou leur amour des Léopards.

Des confins des steppes asiatiques aux espaces gelés de l’arctique, la diaspora congolaise est présente sur les cinq continents et notamment en Europe. En 2010, le nombre officiel de migrants congolais était estimé à 208.600. Ce chiffre n’inclut pas les sans-papiers et les personnes naturalisées.

La relation entre le Congo et la diaspora pourrait se résumer en un terme : transfert. Il s’agit de transfert d’argent et de biens, de savoir et de savoir-faire.

Combien pèse la diaspora congolaise ?

Près de 120 millions d’africains ont reçus 60 milliards de dollars envoyés par 30 millions d’émigrés africains selon la Banque mondiale soit plus que l’aide publique au développement (56 milliards de dollars en 2014) et les investissements directs étrangers (50 milliards de dollars de 2014).

En Afrique, moins de 100 opérateurs de transfert d’argent représentent 90% des prestataires de service. Le marché des transferts d’argent est dominé par Western Union et MoneyGram qui en contrôlent 50% notamment grâce à des accords d’exclusivité avec leurs distributeurs (banques, points de versement,…). Les commissions sont de l’ordre de 12,4 % en moyenne.

Il existe peu d’études quantitatives sur les transferts de fonds des migrants congolais. Quand on ajoute à cela les transferts informels, les calculs se compliquent. Cependant, un profil sommaire peut être dressé.

Selon une étude de 2013 (Migrations africaines : le codéveloppement en question, 2013), 80% des migrants congolais interrogés passent par une agence de transferts comme Western Union ou MoneyGram et envoient en moyenne moins de 100 $ par mois. Les transferts ne se limitent pas à l’argent. Vêtements et cosmétiques sont les biens les plus envoyés, suivis de l’électro-ménager, les téléphones et les véhicules. Cependant, ces différentes études restent des estimations puisqu’il n’existe pas de statistiques nationales en la matière. Pour les transferts entre la Belgique et la RDC, ils sont évalués en moyenne à 11 millions de dollars par an par les canaux officiels. Il est en effet difficile de comptabiliser les transferts manuels, par compensation.

Parfois, la diaspora s’organise pour investir comme le Club du Congo. Né en Belgique, ce fonds d’investissement se définit comme : « (…) un club d’investissement dont la Mission est de promouvoir le développement économique de ses membres, congolais d’origine ou de nationalité, ainsi que leur émancipation sociale au sein de la Communauté internationale dont ils font partie ».

Comment capitaliser les fonds envoyés par de la diaspora ?

Il faut d’abord souligner que les flux financiers générés par les migrants sont privés. Et même si ces fonds dépassent l’aide publique au développement, ils sont essentiellement destinés à la consommation de ceux qui sont restés au pays et peu ou pas à l’investissement. Cet argent échappe donc à l’Etat et à la mise en œuvre de politiques publiques de développement.

La problématique est de transformer des fonds privés destinés à la consommation en capital d’investissement public. Plusieurs solutions sont possibles. Génération Congo, un think tank congolais, préconise dans le cadre des relations belgo-congolaises de : « Collaborer dans la mise en œuvre de canaux de financement innovants en RDC, notamment un marché des capitaux, mobilisation de l’épargne de la diaspora, fonds de financement de PME » (recommandation 9). Cela permettrait à la diaspora à travers un marché régulé et transparent de pouvoir placer son épargne. Les sommes n’ont pas besoin d’être colossales mais régulières et contribueraient à galvaniser le tissu économique notamment par le financement des PME.

Une deuxième stratégie consisterait pour l’Etat à devenir acteur dans le marché des transferts soit en créant un opérateur de transferts soit en prenant des participations dans les acteurs présents sur le marché. Si la première hypothèse nécessite un investissement assez important en temps et en argent de l’Etat, le deuxième permettrait à l’Etat de bénéficier en partie de la manne financière. Cependant, pour être intéressante, cette participation devrait s’accompagner d’une diminution de la fiscalité dans ce secteur avec obligation pour les opérateurs de répercuter les prix sur les transferts. En effet, les prix sont en moyenne de 12,4% du montant envoyé en Afrique alors qu’ils sont de 8% pour le reste du monde. Il faut espérer qu’une diminution du prix à 5% du montant envoyé augmenterait de manière mécanique le volume de transfert soit par des montants plus élevés soit par des envois plus fréquents.

La création d’un ministère des Congolais de l’étranger le 6 décembre 2014 montre l’intérêt de l’Etat pour la diaspora. Certes les enjeux sont aussi politiques qu’économiques, il n’en demeure pas moins que la nation congolaise pour se construire à besoin de tous ses fils et filles.

Madimba Kadima-Nzuj

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