26 provinces, Rumble in the jungle!

De six provinces à l’indépendance, la RDC va passer à 26 provinces cinquante-quatre ans après. Cela était prévu dans la constitution adoptée en 2006. Le Président Kabila s’en souvient neuf ans plus tard en promulguant cette semaine la loi qui entérine le redécoupage administratif du pays. Est-ce sa recette de l’imbroglio ?

Opération trop tard ?

C’est soit une mise en place tardive soit une manipulation politicienne censée brouiller les cartes électorales de l’an prochain. Qu’à cela ne tienne, la dernière ligne droite du second mandat présidentiel de Joseph Kabila est saturée.

L’agenda prévoit de redélimiter les provinces en quatre mois, d’organiser ensuite les premières élections locales et municipales de l’histoire du pays.

L’idée cependant louable de rendre plus effectif l’administration des provinces se heurte au temps imparti à cette œuvre titanesque. C’est ce qui rend la promesse d’élections législatives, sénatoriales et présidentielles qui se profilent à l’horizon dur à avaler. Bienvenue dans Rumble in the jungle 2.

Rumble in the jungle 2

Tel un digne remake du combat d’Ali et Foreman à Kinshasa, l’activité politique intense et laborieuse dans laquelle nous plonge la direction des affaires au sommet de l’état engloutira un budget énorme.

Comme le combat du siècle, les douze travaux d’Hercules auxquels souscrit Joseph Kabila non seulement sentent le roussi, mais s’allongeront à jamais dans le temps, du moins dans leurs conséquences. Ce qui est sur, l’opposition et les autres forces vives ont d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme, ce cirque politique – redécoupage administratif, élections expérimentales et j’en passe, iront au-delà de 2016.

Le cirque de Mobutu en 1974, en signant deux chèques poids lourds pour Mohamed Ali et George Foreman, d’autres dorures pour James Brown, Myriam Makeba et les autres hôtes de marques, avait sonné le glas de la croissance du Zaïre. Celui de Kabila avec l’avènement en fin de mandat des nouvelles provinces – qu’on appellera bientôt provincettes – et une multitude d’élections à organiser avec les moyens de bord annonce éboulements diluviens et tourments sans nom pour le premier matin de 2017.

Comparaison est raison

Le royaume du Maroc a réorganisé son territoire en trois temps dans un processus amorcé en 1959 et dallé progressivement jusqu’en 1997 et 1999 ; en tenant compte de l’évolution de la population et du transfert des compétences.

En France, la division du territoire métropolitain remonte, pour les départements, les cantons et les communes, à 1789, pour les arrondissements à 1800. Les régions sont plus récentes : elles sont apparues dans les années 1950, elles ont évolué du statut de regroupements administratifs de départements à celui de collectivités territoriales. Ces exemples éclaireront notre lanterne sur le très difficile redécoupage territorial qui doit prendre le temps en compte ainsi que la superstructure de Karl Marx, c’est-à-dire institutions politiques, lois, pensée, etc.

L’avenir nous donnera raison

Pourquoi, se demande-t-on, le Président Kabila a-t-il attendu la fin de son mandat pour promulguer une loi sur une question aussi grave ? Quels semblent être les pertes et profits de cette opération risquée qui va contre tout pronostic ?

Les réponses à ces questions ne seront jamais décisives, seule l’expérience apportera la sagesse aux quatre vents de la république sur le plus osé coup de pinceau de la présidence de Joseph Kabila. Dans l’idéal, le président de la république a agi conformément à la constitution en vigueur ; dans la pratique cependant, l’acte dernier du maitre croise un pays tellement grabataire que chaque soubresaut empêtre davantage. Mais qu’à cela ne tienne, ce chemin de traverse à onze mois de l’élection présidentielle semble curieusement suspecte. Attendons voir, car peut-être, dira Werrason, l’avenir nous donnera raison.

Christian Bokoli

Pour direct.cd

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