Quand le « viol » devient un « business » à Kinshasa

La semaine passée, nous vous annoncions l’arrestation, puis l’incarcération à la prison centrale de Kinshasa, de Fiston Mafinga, mieux connu sous son nom de scène Saï-Saï. De sa cellule au CPRK, ce comédien ne cesse de clamer son innocence. Il est victime, répète-t-il à qui veut l’entendre, d’une machination savamment montée. Nous ne pouvons en dire plus, étant donné que l’affaire est entre les mains de la Justice qui se prononcera le moment venu. 

Avant lui, Esobe et Evoloko Joker avaient, par le passé, connu l’intimité de cette maison carcérale pour les mêmes raisons. La sortie en fanfare d’Evoloko avait d’ailleurs scandalisé la nation.

Mais ces faits ne sont connus que parce que les personnes incriminées sont des célébrités. Le nombre réel de femmes et filles, même des gamines, violées chaque jour, est incalculable. C’est un comportement incompréhensible, au regard des diverses cultures des différentes populations qui peuplent le bassin du Congo.

Car même dans celles d’entre elles qui sont connues pour une certaine permissivité dans les mœurs, c’est toujours par consentement que les personnes se livrent à des besoins charnels. On a beau remonter l’histoire, aucun des peuples de ce bassin n’a encore encouragé de quelque manière que ce soit la prise par force d’une femme. Et c’est encore pire lorsqu’il s’agit d’une mineure.

Mais cela ne veut pas dire qu’aucun cas de viol n’avait déjà été enregistré dans la sous-région. Comme partout ailleurs dans le monde, on trouve toujours des dépravés et des pernicieux.

Le viol, dans toutes ses formes, est dans toutes les bouches en RDC depuis que ce pays est entré dans un cycle de violences qui tarde à dire son dernier mot. Dans sa partie Est, en effet, le viol est une véritable arme de guerre. Mais ce mal horrible s’étend malheureusement dans toute la République. Même les sociétés qui étaient respectées pour leur observance stricte des mœurs donnent, malheureusement, l’impression d’entrer dans la danse et de s’y complaire.

Le viol n’a plus de couleur, et moins encore d’âge. Ce ne sont plus seulement les rebelles qui violent des septuagénaires, car il y a aujourd’hui environ une année, notre Journal avait fait écho d’une femme de 70 ans qui s’était fait violer à Lukala, dans le Bas-Congo, par un jeune homme dans la vingtaine. Le choc avait été si violent que la pauvre femme avait succombé quelques temps plus tard.

Ce ne sont plus seulement les rebelles qui violentent des gamines dont certaines sont encore au berceau, car il y a juste trois mois (nous en avons fait écho dans notre édition d’hier) un autre jeune homme, à Boma, est allé violer un bébé de 15 mois !

Motivations diverses

Pourquoi arrive-t-il aux hommes de violer des femmes ? Loin d’être banale, la question mérite d’être posée. Car, à tous points de vue, le viol est un acte anormal, unanimement condamnable, et qui ne peut bénéficier d’aucune circonstance atténuante. Et pourtant, de plus en plus d’individus s’adonnent à cette ignoble pratique. Il doit bien y avoir une explication !

Nous l’avions dit, le viol est utilisé comme arme de guerre dans des régions en feu. En s’y adonnant, les combattants poursuivent plusieurs objectifs : tuer (souvent) la victime ; humilier celle-ci, mais également tous les siens, voire tout un pays ; décimer une population par la transmission volontaire des MST ; et enfin assouvir des bas instincts.

L’extrême timidité est aussi une source de frustration qui conduit à ce trouble de comportement. Les individus trop renfermés sur eux-mêmes en arrivent à extérioriser leurs frustrations par des actions étranges, comme justement le viol.

Les pratiques fétichistes ou magiques sont aussi une cause de viols, surtout lorsque cet acte odieux est pratiqué sur des enfants de quelques mois ou années.

La complicité de certains policiers

Il ya juste 10 jours, Simplice (le prénom est d’emprunt), habitant la Commune de N’djili, a eu des problèmes sérieux avec la Police. Et pour cause ? Sa copine, dont il avait décidé de se séparer, est allée se plaindre à la Police, prétextant que son désormais ex-soupirant l’avait fait avorter. Simplice fut donc appréhendé. Malgré ses dénégations et le rapport formel du médecin-légiste, l’OPJ décida de le garder en détention, exigeant une forte amende avant de le relâcher.

C’est vrai qu’il ne s’agit pas de viol dans cette histoire. Mais le comportement de plusieurs Officiers de police judiciaire dans ce genre de situation est pratiquement le même. Seul l’argent les intéresse. Les violeurs sont donc très vite remis en liberté dès qu’ils paient ces OPJ. Cela décourage les éventuels plaignants, en même temps qu’il encourage les violeurs.

Le jeune bomatracien, violeur du bébé de 15 mois, avait bel et bien été arrêté, mais remis curieusement en liberté après qu’il a mouillé la barbe de l’OPJ. Fébrilement recherché suite à l’état dégradant de la gamine, il reste à ce jour introuvable.

Il faut donc une sensibilisation du côté de la Police, et absolument des mesures fortes, exceptionnelles, pour les violeurs. Le viol d’une gamine n’est d’ailleurs pas très différent d’un assassinat. Car c’est toute la vie de la fille qui est détruite. Même si elle réussit à se remettre physiquement, les traumatismes accompagneront toute sa vie.

Viols incités

Je me souviens d’un film américain intitulé  » Les accusés  » qui pose un véritable cas de conscience. Ce très bon film raconte l’histoire d’une fille, bien majeure, qui avait été violée dans un pub (débit public de boisson) par un groupe de jeunes gens. C’était donc un viol collectif. Mais le hic était que la fille avait porté une tenue provocante, véritable pousse-au-viol : un pantalon moulant et qui coupait presqu’en deux son postérieur, et un pull qui exposait ses seins.

Les jeunes gens, qui jouaient au billard, s’étaient tout de suite laissés impressionner par les merveilleuses formes de la fille. Ce qui les poussa à la suivre dans les toilettes. Au très mouvementé procès qui s’en était suivi, les avocats des jeunes gens avaient brandi la provocation de la fille, se demandant qui, de la fille ou des garçons, était finalement victime.

Un lien, qui n’est peut-être pas mathématique, peut en effet facilement être établi entre la brusque montée des cas des viols à Kinshasa et la légèreté avec laquelle les kinoises s’habillent de plus en plus.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette dépravation dans la tenue des filles à Kinshasa ? Il y a même à déplorer cette sorte de complicité car les mesures prises ne sont exécutées que pendant quelques heures. Pourquoi ces filles exposent-elles au grand jour leurs parties intimes ? Dans quel but le font-elles ? Que se passe-t-il dans la tête d’une fille au moment où elle est en train de porter une jupe mini, un pantalon qui expose une bonne partie de ses fesses ou une courte chemise qui laisse nue une bonne partie de son ventre ? Qu’est-ce qu’elle se dit en ce moment-là ? Dans la lutte contre les violences sexuelles dans toutes leurs formes, ne doit-on pas s’intéresser à cet aspect des choses ?

Dans trois jours, ce sera la Saint Valentin, l’occasion toute dorée pour ceux qui raffolent des meurs légères de narguer encore la société. On ne sait pas encore si le Gouvernement de la République gardera sa fermeté, saluée par toutes les bonnes mœurs, qui avait banalisé cette inutile  » fête  » l’année passée, ou s’il se laissera faire comme on l’avait regretté dans les Gouvernements précédents. Il fallait faire un tour, ces années-là, dans les coins chauds de la ville de Kinshasa comme le célèbre boulevard Kimbuta. On se croirait dans ces villes pernicieuses dont parle la Bible, et dont l’une a prêté son nom aux pratiques bestiales.

De l’arnaque en l’air

Certains parents poussent ou envoient carrément leurs filles provoquer ceux des gens fortunés qui fréquentent certains milieux où l’on peut facilement les trouver. Pour des raisons tout à fait politiciennes, certaines organisations n’hésitent pas à employer cette méthode. Si Saï-Saï a raison, il n’est pas le premier à être tombé dans les mailles de ces rapaces.

Ce n’est peut-être pas un réseau organisé, mais de plus en plus des gens s’adonnent à ce sport d’un genre nouveau, encouragés par la gestion calamiteuse de ces dossiers par la Justice. Ainsi, les gens friqués deviennent la cible de ces arnaqueurs.

C’est conscient de la gravité de la situation que le Chef de l’Etat avait désigné une Conseillère spéciale chargée des violences sexuelles. Malheureusement, la grande majorité des cas de viols n’atteignent pas cette autorité.

Dans les quartiers reculés de la capitale, là où se commettent surtout ces cas, les gens ne savent pas où se plaindre. Ils savent qu’à la police, le coupable sera à coup sûr relâché, pour peu qu’il paie quelque chose. Il arrive même que le responsable se mette à jouer les bons offices, en demandant aux parents de la victime  » d’arranger ça à l’amiable « .

Il serait judicieux que des bureaux locaux de cette institution soient créés dans les communes afin que les victimes s’y rendent directement. L’avantage sera que les victimes ne se sentiront plus abandonnées car sûres désormais d’être entendues. Cela découragera, à coup sûr, les potentiels violeurs.

Les coins chauds de la ville

Comme toute grande ville, en dehors peut-être de celles où l’islam impose sa loi, Kinshasa, cette mégapole de plusieurs millions d’habitants, a plusieurs coins chauds, des quartiers d’ambiance comme on les appelle. Il se passe des choses incroyables dans certains de ces coins. En effet, les filles qui se prostituent ont de plus en plus du mal à trouver des clients. Ah oui, la crise n’épargne personne.

Alors, exactement comme plusieurs travailleurs volent là où ils travaillent afin de compenser, tant soit peu, leurs maigres émoluments, elles également ont trouvé une astuce pour pallier à la criante insuffisance des clients. La chose avait commencé au Quartier 1, dans la Commune de N’djili, à l’époque où cet endroit avait miraculeusement été transformé en foire de débauche et de beuverie.

Il y avait toujours plein de prostituées sous les eucalyptus. Elles observaient les passants et en cueillaient les malchanceux. Les victimes étaient bien ciblées par ces filles qui n’étaient du tout connes. C’était toujours des messieurs avec une certaine allure. Malheur, surtout, à ceux que l’envie de pisser prenait à cet endroit. Car une des filles arrivait, se saisissait avec une force remarquable de son pantalon, et criait soit au violeur, soit au malhonnête qui refusait de la payer après avoir été servi.

Immédiatement après les premiers cris, des policiers se pointaient. Travaillant en véritable complicité avec elles, ils sommaient le pauvre homme à payer la victime, sans oublier  » l’amende « . En cas de refus, ou si l’homme n’avait rien sur lui, ils l’amenaient sans ménagement au sous-commissariat, qui était juste à côté. Il va évidemment sans dire qu’on ne tenait jamais compte de la défense de la victime. Il faut vraiment saluer l’autorité qui, cette fois-là, avait pris l’autoritaire mesure de fermer cette sorte de kermesse.

Aujourd’hui encore, cette jungle se vit dans certains coins de la ville comme la Place Ste Thérèse. Il faut être extrêmement prudent s’il vous arrive de passer seul, nuitamment, dans ce coin sombre, derrière ces bars alignés. Car des dizaines de prostituées sont là en permanence, en très petite tenue, en quête d’éventuels clients. Mais si ceux-ci ne viennent pas, elles les attirent de force.

Là il n’y a pas un commissariat de police. Mais cela ne vous protège nullement. Car dès que la fille hausse le ton, toutes ses congénères, mais également des jeunes garçons, rappliquent, venant à son secours. C’est un véritable réseau qui ressemble à du proxénétisme. Souvent, la victime est tellement ridicule qu’elle préfère donner ce qu’elle a que poursuivre le scandale.

Mais il y a des tenaces qui ne se laissent pas faire. Au commissariat, s’ils ont la chance de trouver un bon officier, ils sont tirés d’affaire. Mais comment le savoir d’avance ? Un sage de l’antiquité a écrit :  » Méfiez-vous du vieux lion qui montre ses dents. Car vous ne savez pas s’il rit ou s’il est affamé. Mais il est plus prudent de supposer qu’il a faim « .

Pour ces filles qui traquent les hommes fortunés, pour ceux qui les envoient et pour les OPJ irresponsables, le viol et tout ce qui s’y apparente sont devenus un véritable fond de commerce.

Jean-Claude Ntuala

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